Strasbourg accueille du 3 au 13 juin, une originale opération de mécénat collectif qui fait côtoyer dans la rue, l’art et l’industrie. Portée par l’association Industrie & Territoires qui compte 150 membres, entreprises régionales, collectivités locales et particuliers, #LIM, nom de code de la manifestation L’Industrie Magnifique, déploie sur les espaces publics, 30 œuvres monumentales financées par 35 entreprises mécènes. Trois entreprises témoignent de l’intérêt de l’événement, la seconde édition depuis 2018.
• Les squelettes de découpe de LadecMetal inspire le sculpteur Daniel Depoutot

Joël Voltz démontre que le mécénat n’est pas que l’apanage des grands groupes. Le dirigeant de la petite entreprise de découpage laser qui emploie 15 salariés, a été bluffé par la première édition, en 2018, qu’il avait visitée. La mutualisation des coûts, grâce au portage de l’événement par l’association Industrie & Territoires, l’a mis en confiance. Cependant, c’est la connaissance, ancienne, du sculpteur Daniel Depoutot, strasbourgeois d’adoption, qui a déclenché sa participation. « Son travail sur le détournement des matériaux correspond bien à notre activité et l’image qu’on souhaite diffuser », explique le gérant de Ladecmetal.
Pour donner naissance à la sculpture « Eros et Tétanos », exposée sur le parvis du Palais de justice, l’industriel de Epfig, dans le Bas-Rhin (chiffre d’affaires de l’ordre de 4 millions d’€) est associé à deux autres PME dont les compétences complémentaires étaient nécessaires à l’accompagnement de la tour de métal érigée par l’artiste : Sigma Solutions Modulaires, spécialiste de la location et vente de bâtiments modulaires, containers maritimes et toilettes autonomes, et le créateur d’événements Acte 5.
Une opération chronophage, mais accessible à une entreprise de sa taille, témoigne le chef d’entreprise Défiscalisation déduite, elle aura coûté à LadecMetal, environ 5.000 €. Un bon retour sur investissement au regard de l’image positive et dynamique que l’entreprise pense véhiculer auprès de ses clients. C’est aussi une belle opération de communication interne, estime Joël Voltz : « Le personnel est fier du résultat. »
Le soutien à l’activité artistique est aussi un acte cher au chef d’entreprise : « L’art est important dans la vie ; et si des mécènes ne soutiennent pas les artistes, ils ont beaucoup de mal à vivre. » Le dirigeant estime aussi que le réseau formé avec la trentaine d’autres entreprises mécènes de l’événement peut constituer un bon carnet d’adresses par le business.

• Tanneries Haas accroche des nuages en cuir près de la flèche de la cathédrale

C’est le cuir que Tanneries Haas traite et transforme pour la maroquinerie, la chaussure, la sellerie et l’habillement qui constitue la matière première de l’oeuvre de la plasticienne Bénédicte Bach. Jean-Christophe Muller, le directeur général de l’entreprise de Eichhoffen (chiffre d’affaires de 35 millions d’€, 120 salariés), participe à sa seconde édition, avec la même artiste. « Dans un métier comme le nôtre qui n’a pas bonne réputation dans le grand public, nous offrons une belle image et le travail d’exploration de la matière avec l’artiste fut très enrichissant », commente t-il.
Pour sa seconde participation, Jean-Christophe Muller a choisi d’impliquer à fond les salariés de l’entreprise. Une quinzaine de volontaires ont travaillé de concert avec l’artiste depuis le début de l’année dernière, avec une interruption de 6 mois à cause de la crise sanitaire, en partie sur leur temps de travail, pour l’autre en dehors. « Ce sont eux qui ont fabriqué les cuirs et le service R&D a travaillé sur la matière pour obtenir le rendu voulu par l’artiste », raconte t-il. Les salariés ont aussi participé à la logistique : comment suspendre les pièces de cuir dans la rue, les transporter… « Cela leur a permis de faire autre chose avec la matière qu’ils travaillent tous les jours. »
Quant au coût de l’opération, le dirigeant estime que la possibilité de défiscaliser rend la question caduque. La vie de la « Portée Aux Nues » ne s’arrêtera pas au lendemain du 13 juin (fin de l’événement). Elle est destinée à partir au siège de sa maison-mère Chanel.

• Les vieux tamis de l'entreprise Colin inspirent la statue d'une épice transgène

L’industrie Magnifique a séduit Eric Colin, le dirigeant de l’entreprise familiale d’épices et ingrédients culinaires par sa démonstration de réunir deux mondes éloignés, l’art et l’industrie. Cette dernière, regrette t-il, a une mauvaise image auprès du grand public. Le beau, pense t-il, devrait transparaître dans tout ce que l’on fait : « Je préfère aider à créer une oeuvre d’art que n’importe quelle association sportive. »
L’action de mécénat – une première qui n’aurait pas eu lieu sans l’impulsion de l’association Industrie & Territoires – est aussi, raconte t-il, une histoire de famille. Sa soeur Christine Colin qui travailla un temps dans l’entreprise qu’avait créé leur père Georges, n’avait jamais fait de statue dans sa carrière de peintre plasticienne. Un groupe de travail réunissant l’artiste et des salariés volontaires débouche sur une interprétation des vieux tamis en fer qu’utilisait autrefois l’entreprise pour trier les épices.
Pour commencer, l’artiste a animé des séances de création avec une dizaine d’employés volontaires. Les petites maquettes réalisées ont inspiré l’oeuvre finale, exposée sur le quai des Bateliers proche de la Grande Ile. Baptisée Perpiba, une épice transgenre issue du mariage de trois épices d’Occident, d’Afrique et d’Asie – le persil (PER), le piment (PI) et la badiane (BA) –, poursuivra sa vie dans le nouveau Centre d’Innovation Culinaire de Groupe Colin à Wingersheim-les-Quatre-Bans, au nord de Strasbourg. Le budget consacré est de l’ordre de 30.000 €, défiscalisation déduite.

Détails des oeuvres et leurs mécènes, et de leur lieu d’exposition sur le site de L'Industrie Magnifique.
Photos fournies par les entreprises sauf indication contraire.























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