De la sous-traitance industrielle à la distribution de mobilier de jardin, la PME familiale de Lons-le-Saunier a su intelligemment diversifier ses activités. Tout en maintenant son leadership dans la fabrication de son produit phare : le rideau de porte en lanières de plastique.


Se réinventer pour durer.
Tel pourrait être l’adage de Jean-Luc, Hugo et Aurélie Morel, les trois cousins à la tête de la société familiale du même nom, créée en 1937 à Lons-le-Saunier, la ville préfecture du Jura, par leur grand-père. Edmond. Tourneur sur bois, celui-ci a commencé par fabriquer des rideaux de porte en enfilant des olives de buis sur du fil métallique galvanisé.

Ces articles haut de gamme figurent toujours au répertoire de l’entreprise (lire ci-dessous). Morel a toutefois élargi sa palette d’activités, d’abord avec un objet culte de l’été : le rideau de porte en lanières de plastique souple et coloré. Elle en est même devenue l’unique fabricant français depuis une quarantaine d’années. « Les modèles brun-beige et multicolores ont longtemps été nos best-sellers », se souvient Jean-Luc Morel, le président.

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Aujourd’hui, 80 à 100.000 exemplaires de ces rideaux premiers prix, vendus autour de 12 € en grande surface, sont produits chaque année dans le Jura : « Nous avons réussi à suffisamment automatiser le process pour être compétitif par rapport aux importations », souligne le dirigeant.

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Le process de Morel repose sur l'extrusion plastique, pour la transformation de granulés en tubes, lanières et profilés. © Laurent Cheviet


Le process, c’est l’extrusion des matières plastiques.
Développé dans les années 1970, ce savoir-faire a permis à Morel de se doter d’une activité complémentaire de sous-traitance industrielle. Ses quinze lignes d’extrusion transforment 1.000 tonnes de granulés par an en tubes, lanières et profilés pour environ 300 clients. La liste des donneurs d’ordre comprend des références aussi diverses que les jouets Smoby, les Signaux Girod (signalisation routière) ou les véhicules frigorifiques Lamberet.

« Nous travaillons beaucoup sur des pièces de niche et des petites séries, voire des prototypes », précise Hugo Morel, le directeur du département extrusion, dont l’activité représente 50 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, établi à un peu moins de 9 millions d’€ en 2022. Mais la PME familiale a aussi d’autres cordes à son arc… Le catalogue Morel, propose en effet une large gamme de rideaux de porte « fabriqués ailleurs » (en Asie principalement) à base de macramé, bambou peint, coquillages ou fanes de maïs tressé.

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La PME travaille sur des produits de niche, voire des prototypes.  © Laurent Cheviet
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  Elle hérite son savoir-faire de son fondateur tourneur sur vois, Edmond Morel, en 1937.  © Laurent Cheviet


Importateur et distributeur, Morel s’est encore diversifié il y a une quinzaine d’années avec la création de la marque de mobilier de jardin Jardi-Line
. Celle-ci commercialise notamment des voiles d’ombrage – dont des produits brevetés équipés de leds et de brumisateur – et des lanières d’occultation, à clipser sur les grillages, également produites à Lons-le-Saunier.

 

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Alors qu’elle ne compte que 32 salariés, la petite entreprise a donc su développer des compétences dans trois domaines : l’industrie, le commerce et le sourcing. Sur ce dernier point, elle souhaiterait encore progresser. « On aimerait rapprocher géographiquement nos fournisseurs pour se désengager de la Chine et réduire notre bilan carbone, annonce Jean-Luc Morel. On essaie vraiment de s’améliorer sur l’origine de nos produits et sur les matières en développant le recours au plastique biosourcé et recyclé. » À près de 90 ans, Morel n’a pas fini de se réinventer.

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 Rideaux en perles de buis produits à Lons-le-Saunier (Jura). © Laurent Cheviet

 

Pénurie de buis

Si les derniers rideaux en olives de buis Morel ont été accrochés dans un hôtel de Dubaï, cet article emblématique n’est aujourd’hui plus disponible. La raison : Daniel Raquin, le tourneur de Corveissiat (Ain), qui fabrique les petits cylindres de bois blond pour la PME jurassienne, manque de matière première. Les ravages de la pyrale du buis, une chenille qui boulotte les feuilles de l’arbuste, et la raréfaction des cueilleurs expliqueraient cette pénurie.

 

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Aurélie, Hugo (au milieu) de Jean-Luc Morel, les trois cousins à la tête de l'entreprise familiale dont ils portent le nom. © Laurent Cheviet

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