Le spécialiste de la préfabrication d’ossatures bois a terminé, fin mai, d'emménager dans ses locaux d’Etalans reconstruits à côté de ceux entièrement ravagés par un incendie en juillet dernier. Avec le nouveau site déjà programmé au préalable à Autechaux et entré en service en septembre 2022, la PME se réorganise pour répondre aux marchés de masse des grandes entreprises du bâtiment, rendant marginal son positionnement traditionnel sur la maison individuelle.
Avec son physique de deuxième ligne de rugby, on devine Dominique Charmoille apte à surmonter toutes les épreuves possibles et imaginables. Mais celle dont il se remet n’a pas été des moindres, à titre personnel et collectif : voir partir en cendres l’œuvre de 12 ans de vie d’entrepreneur, à savoir les ateliers de sa société Charm’Ossature à Etalans (Doubs). Quatre heures d'un incendie ravageur ont suffi à les réduire à néant, en juillet dernier.
Dès lors, ce n’est pas sans émotion que le dirigeant a pu boucler, fin mai, la reconstruction de l’outil de production sur le même site dans la zone d'activités de la Croix de Pierre. Cette résurrection a été consacrée par l'emménagement, au début de la semaine dernière, des services support, après celui des opérateurs qui a été bouclé en mars.
Les 9.000 m2 de locaux pour la production, les études, les fonctions administratives et le stockage incarnent ainsi un nouveau départ pour Charm’Ossature. L’expression est d’autant moins galvaudée qu’elle signale un virage stratégique de la PME du Doubs : le spécialiste de l’ossature bois tourne très largement le dos à la construction pour la maison individuelle, afin de se recentrer sur la construction préfabriquée, « hors site », pour le compte des grandes entreprises du bâtiment (Bouygues, Vinci…). Ceci en « cotraitance » avec ces acteurs, avant tout du béton, qui recherchent les prestataires experts des structures bois pour la réalisation d’immeubles tertiaires, de logements collectifs, d’équipements publics, de bâtiments de santé, etc. et de plus en plus aussi pour la rénovation, par exemple celle des parcs immobiliers des bailleurs sociaux.

« Ce n’est pas l’incendie qui a fait l’évolution, celle-ci suivait déjà son cours », précise Dominique Charmoille. Elle repose en effet sur un second pilier : la création d’un autre atelier de 6.000 m2 presque « jumeau » à Autechaux (Doubs). Ce projet était programmé bien avant le sinistre et a été mis en service en septembre 2022.
Cette double reconfiguration a représenté un investissement de 15 millions d’€ : 6 millions à Autechaux financés par l’entreprise avec l'aide de l'Ademe, et 9 millions à Etalans qui ont été pris en charge par les assurances. Elle procure au total à Charm’Ossature une capacité de fabrication de 120.000 m2 par an de murs à ossature bois « bruts », avant la réservation d’une partie de ces surfaces pour l'intégration des fenêtres, de l’isolation ou encore du bardage.
Un tel dimensionnement place d’emblée la PME parmi les quelques rares acteurs de la construction bois de profil « industriel » dans l’Est, et même à l’échelle de la France entière.
Profil industriel, dans les équipements et la main d’œuvre

C’est donc là le pari, bien réfléchi de Dominique Charmoille. Le dirigeant est convaincu que le marché de la maison individuelle en bois entre dans une période durable de difficultés et que l’avenir se situe dans les grands projets, de construction neuve et de rénovation. « La maison individuelle tombe à 2 % de part dans notre activité », appuie-t-il. « Alors que les exigences de la RE (règlementation environnementale) 2020 et la hausse qui en est induite du recours aux matériaux biosourcés amènent les gros donneurs d’ordre à rechercher des sociétés de notre profil de constructeurs « hors site », en « filière sèche ». Nous avons senti le vent tourner à la fin du Covid et avons œuvré pour être prêts parmi les premiers à pouvoir en exploiter les opportunités à grande échelle. »
De fait, le nouveau site d’Etalans évoque davantage une unité de mécanique qu’un atelier de menuiserie, avec ses ponts roulants jusqu’à 3,2 tonnes de capacité et ses machines de transformation de dernière technologie, comme celle de découpe automatisée. Ces équipements se succèdent dans un vaste hall de 180 mètres de long, 31 mètres de large et 10 de haut – les mêmes dimensions sont reproduites à Autechaux, exception faite de la longueur un peu inférieure, de 140 m - où s’affairent des salariés qui clouent, collent, assemblent, les yeux rivés aussi sur des écrans surveillant le temps de fabrication.
La matière entrante vient cependant rappeler dans quelle filière naturelle l'entreprise évolue. Les bois (sapin, épicéa, mélèze, plus marginalement le douglas) proviennent de l'Hexagone, conformément au label Bois de France décroché en mai, et principalement des Vosges et du Jura après leur transformation par les fournisseurs locaux tels Syscobois et Pro Lignum dans le Doubs.

Dominique Charmoille le reconnaît, l’intégralité des 37 salariés (l'effectif au moment de l’incendie) n’a pas participé à la mutation. Sept sont partis voir ailleurs, notamment des menuisiers. Pour les remplacer et augmenter les effectifs, Charm’Ossature recherche des profils variés, qui peuvent venir du le monde industriel ou, plus généralement, mériter le qualificatif de « bon bricoleur… ou bonne bricoleuse, le métier se féminise en même temps qu’il connaît une mutation », souligne le gérant.
La PME atteint à présent le cap des 50 salariés et elle prévoit de grimper encore jusqu’à 60 voire 70 collaborateurs dans les prochains mois. Car son chiffre d’affaires est promis à forte croissance : 10 millions d’€ dans les deux ans, contre 5 millions d’€ avant l’incendie et la création du second site. « Nous n’avons pas le choix : doubler l’outil de production implique de doubler le chiffre d’affaires », résume Dominique Charmoille.
Le carnet de commandes, justement, est fort garni, de marchés pour le logement et locaux de l’Armée via le groupe Bouygues par exemple. « On n’aurait pas pu s’arrêter un an », confie le dirigeant.

La « résurrection » de Charm’Ossature à Etalans s’est concrétisée et accélérée grâce à une mobilisation générale de toute la chaîne des partenaires. Les clients ont accepté un différé de livraisons, les fournisseurs ont mis les bouchées doubles comme Weisrock Vosges qui a réalisé les fermes de charpente de l'atelier refait à neuf. Les pouvoirs publics ont mis en place une « task force » autour du sous-préfet de Pontarlier afin d’assurer la prise en charge du coût de reconstruction par les assurances, faciliter les démarches administratives, étaler dans le temps le paiement des charges sociales et fiscales et, au cas où elle aurait été nécessaire, organiser l’instauration du chômage partiel qui a finalement été évitée. Pendant les travaux à Etalans, Charm’Ossature a pu poursuivre son activité dans des locaux mis à disposition par un industriel à une trentaine de kilomètres, le décolleteur Bourquin à Amancey, et des entreprises du secteur lui ont prêté des machines.




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