Le Groupe Soufflet possède sa propre salle des marchés où des traders font le commerce de céréales et de produits laitiers dans le monde entier.
Le Groupe Soufflet possède sa propre salle des marchés où des traders font le commerce de céréales et de produits laitiers dans le monde entier.

AGRO-INDUSTRIE. Quelques jours seulement après avoir annoncé le rachat d’une petite entreprise de négoce agricole basée dans la Vienne, le Groupe Soufflet devient l’actionnaire majoritaire d’une société presque aussi grosse que lui, le mosellan Neuhauser, l’un des leaders de la boulangerie industrielle en Europe.

Le géant aubois de l’agro-industrie réalise une opération historique pour lui. Elle lui permet d’entrer de plain-pied dans la seconde transformation des produits agricoles.

Ce tournant stratégique en fait un groupe dorénavant totalement intégré, de l’amont à l’aval de la filière.

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La dernière fois que Soufflet s’est “attaqué” à aussi gros que lui, c’était en 1994 lorsqu’il a racheté le groupe Pantin, une acquisition qui lui a permis de devenir le premier meunier européen.

Vingt ans plus tard, la multinationale auboise réédite l’exploit en prenant le contrôle du groupe mosellan Neuhauser, l’un des leaders européens de la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie, dont elle détenait déjà près de 15 % des parts depuis 2011. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué.

Les deux sociétés présentent un certain nombre de similitudes.

Leur date de naissance tout d’abord - à l’orée du XXe siècle -, ainsi que leur origine modeste - un petit commerce de grain, une boulangerie de village - et leur caractère familial. Leur taille, aussi : 3 000 collaborateurs du côté de Neuhauser, 4 000 chez Soufflet.

La part du chiffre d’affaires réalisé à l’export et à l’étranger, enfin : la moitié ou un peu plus pour le Lorrain comme pour le Champenois.

Ce sont donc deux poids lourds de la filière agricole française qui se marieront courant juillet 2014, l’Autorité de la concurrence ayant déjà donné sa bénédiction à cette union.

« Pour Alfred Neuhauser, il s’agit d’assurer la pérennité de son entreprise, explique le directeur marketing et communication du Groupe Soufflet, Thierry Berger. Pour Jean-Michel Soufflet, ce rachat est un prolongement naturel de l’activité du groupe et un moyen d’offrir des débouchés importants à nos produits agricoles et de première transformation. »

L’entreprise a son siège social et plusieurs installations sur les quais de Seine à Nogent-sur-Seine, en particulier la plus grande malterie du monde. ©D.Vogel.
L’entreprise a son siège social et plusieurs installations sur les quais de Seine à Nogent-sur-Seine, en particulier la plus grande malterie du monde. ©D.Vogel.

5 milliards d’€

Soufflet a en effet bâti son empire sur la collecte, le négoce et la première transformation des céréales : le blé en farine et l’orge en malt par exemple.

Il est aujourd’hui le premier collecteur privé européen de céréales (privé par opposition aux coopératives) avec près de 4,5 millions de tonnes en France et plus de 1 million de tonnes à l’international.

Egalement l’un des tout premiers meuniers européens et le premier malteur mondial (ex æquo avec le Rémois Malteurop).

Avec un chiffre d’affaires approchant les 5 milliards d’€ en 2013, Soufflet est devenu une entreprise internationale présente dans seize pays, en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

Il possède 42 usines dans le monde, dont une malterie au Brésil qu’il s’apprête à agrandir, mais ne possède aucune terre en propre.

Quinze mille agriculteurs sont ses clients et fournisseurs en France.

De nouveaux enzymes

Menant de front croissance externe et développement interne, Soufflet est présent sur d’autres marchés, comme la préparation et le conditionnement de riz (de Camargue notamment) et de légumes secs, la vente d’ingrédients pour la panification ou la distribution de produits pour la filière vitivinicole et les espaces verts.

Le groupe aubois mène parallèlement d’importants programmes de recherche pour la production et la commercialisation d’enzymes et de levains destinés à l’industrie alimentaire et à la production de biocarburants.

Il possède ses propres laboratoires et sa propre halle technologique.

Gagné peu à peu par le gigantisme, il est resté néanmoins fidèle à ses racines, puisque son siège est toujours situé dans le berceau familial, à Nogent-sur-Seine. Sur près de 3 000 salariés en France, 900 sont présents dans l’Aube, dont 700 à Nogent.

Michel le père et Jean-Michel le fils incarnent les 3e et 4e générations de cette saga familiale qui a débuté en 1900.
Michel le père et Jean-Michel le fils incarnent les 3e et 4e générations de cette saga familiale qui a débuté en 1900.

Qui sont les Soufflet ?

L’actuel président du Groupe Soufflet, Jean-Michel Soufflet, est l’arrière-petit-fils des fondateurs. Âgé aujourd’hui de 56 ans, il a succédé en 2001 à son père Michel, 83 ans, qui avait lui-même succédé à son propre père, Jean en 1957.

Dévoué corps et âme à son entreprise, Michel Soufflet préside encore le conseil de surveillance.

L’un et l’autre cultivent modestie et discrétion à l’égard de cette incontestable réussite familiale.

Michel Soufflet a gardé son âme d’autodidacte, tandis que Jean-Michel Soufflet, qui a commencé pratiquement au bas de l’échelle, au moulin de Dienville dans l’Aube, préfère se voir dans la peau d’un « challenger » plutôt que dans celle d’un « leader ».

Une façon sans doute de faire avancer l’entreprise. Photos fournies par Groupe Soufflet.
1 commentaire(s) pour cet article
  1. Jean-Pierre VIVETdit :

    Informations qui m'intéressent d'autant plus que l'un de mes fils est l'un des 7000 collaborateurs de Soufflet et très attaché à cette entreprise.

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