HORLOGERIE. L'amour a ses limites et Philippe Vuillemin, à la tête de la dernière manufacture d'horloges comtoises de Franche-Comté, vient sans doute de les atteindre.

En octobre 2010, alors qu'il reprenait l'entreprise horlogère SERAMM, fondée en 1969 à Châtillon-le-Duc (Doubs), le dirigeant de la Manufacture Vuillemin, aujourd'hui âgé de 47 ans, y croyait pourtant à fond.

Un sérieux contact avec l'horloger suisse Vincent Calabrese, séduit par le mouvement Vuillemin au dernier salon de Bâle, pourrait bientôt lui faire franchir la frontière.

Selon lui, le "made in France" en horlogerie n'a plus aucun sens. Seul compte le "Swiss made".

Alors que s'est-il passé en un an et demi ? D'où lui vient cette rage autant que cette amertume ? «J'ai repris une boîte qui partait en vrille. J'ai bien redressé la barre, mais j'ai atteint la limite», confie cet ancien grossiste en horlogerie.

Le départ fut fulgurant. Affable, l'homme connaît son métier qu'il a appris en sillonnant les routes de France, pendant 20 ans, pour vendre les produits comtois horlogers.

Un dur labeur sur lequel il ne rechigne pas. Mieux, il en profite pour tisser un réseau et un beau carnet d'adresses. C'est ainsi qu'il collabore avec la société SERAMM, jusqu'à la reprendre il y a moins de 2 ans.

«J'étais seul sur les rangs» dit-il et sans lui, cette manufacture, dernière en France dans son domaine, aurait pu disparaître.

Aussitôt le nouveau chef d'entreprise s'attelle à la tâche : 96 % du mouvement sont réalisés par les trois salariés, tandis que l'habillage en bois est sous-traité à l'entreprise Horloge comtoise Converset à Héricourt.

Du 100 % made in Franche-Comté, qui lui vaut d'être estampillé du label  Entreprises du patrimoine vivant, marque d'excellence qui distingue les entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels.

Philippe Vuillemin lance par ailleurs une nouvelle gamme design "finition squelette" et aux couleurs vives remarquée par l'horloger suisse Vincent Calabrese qui entend les remodeler «à sa façon : il va faire les roues en plaqué or, changer le balancier plexi sur la face avant...»

Du haut de gamme en perspective fonctionnant grâce au mouvement Vuillemin, que l'horloger suisse a d'ailleurs présenté lors du salon mondial de l'horlogerie à Bâle en mars.

«Il est trop tôt pour en connaître les retours», explique le Franc-Comtois, «mais c'est sûr que si ça marchait, ce serait une belle bouffée d'air».

Le made in France face au Swiss made

Une bouffée d'air qu'il a hâte de pouvoir happer, car, en attendant, sa situation reste critique. «J'ai repris ici sans aucun fonds si ce n'est un prêt d'honneur de 20 000 € du conseil général. De quoi me donner un peu de trésorerie pour le démarrage, mais aujourd'hui, c'est très tendu».

Philippe Vuillemin, qui ne communique pas son chiffre d'affaires, a pourtant multiplié les initiatives : un magasin de vente direct, un site internet (www.manufacture-horloges-comtoises.com) et, depuis quelques semaines, ses produits sont en vente à la boutique du Musée du Temps à Besançon.

Hors de question cependant d'abandonner cette manufacture qui lui tient tant à coeur. «Mon rêve serait de m'installer en Suisse», dit l'horloger, «car là-bas, les charges sont de 20 % contre 74 % en France. Là-bas, on vous aide pour votre installation : ici, mon bail est de 4000 € par mois pour les 600 m2 de locaux. Là-bas, on embauche facilement...»

L'idée lui trotte dans la tête depuis un moment et si, par bonheur, sa collaboration avec Calabrese devait déboucher, Philippe Vuillemin ne cache pas qu'il fera tout pour hâter son déménagement.

Son départ signifierait aussi la fin de la dernière manufacture d'horloges comtoises de France... «Peu importe '' ajoute-t-il, «actuellement il est hors de question pour moi d'aller au salon de Bâle, je passerais pour un péquenot ! Quant au salon de Villepinte, je n'ai pas les moyens d'y aller... Si j'étais en Suisse, là je pourrais causer avec les Chinois, les Russes. De toute façon, le made in France en horlogerie, ça ne veut plus rien dire. Seul compte le Swiss made... »

1 commentaire(s) pour cet article
  1. S.A.R.L. Horloges ODOdit :

    Le contenu de votre article n'appelle pas, de notre part, de commentaires particuliers, à l'exception toutefois d'une petite mise au point concernant la position de SERAMM en tant que "dernière manufacture d'horloges comtoises de France". Cette affirmation, depuis longtemps ressassée par les dirigeants successifs de Seramm (maison parfaitement honorable au demeurant), est en grande partie inexacte. En effet, la Société ODO fabrique toujours, à Morbier (berceau de l'horloge comtoise), et vraisemblablement en plus grande quantité, des mécanismes aussi parfaitement comtois que ceux de son confrère bisontin. Depuis le jour où ODO a décidé de sous-traiter (en Franche-Comté) les opérations de décolletage et d'emboutissage, ce dernier a abondamment fait valoir qu'il était seul "manufacturier". C'est là un détail d'appellation sur lequel nous ne débattrons pas, mais sa façon de le présenter tendrait à accréditer que nulle autre société ne fabrique le célèbre mécanisme comtois, ce qui n'est évidemment pas le cas. Nous ignorons donc si notre société mérite ou non l'appellation de "manufacture", mais il est clair qu'elle effectue elle-même toutes les opérations proprement horlogères que sont les taillages de roues, pignons et crémaillères, les pivotages, redressages, sertissages, rivetages, et bien entendu tous les assemblages et réglages qui aboutissent à un produit fini dont la renommée n'est plus à faire. Mr Jacques BAILLY-BASIN Gérant de la Société Horloges ODO

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