Nombreuses sont les petites entreprises à souffrir de la crise du Covid-19 dans le Grand Est. Parmi elles, les start-up sont encore plus fragiles et doivent surveiller de très près leur trésorerie. Pour le moment, l’incubateur alsacien Semia ne déplore aucun dépôt de bilan dans ses rangs, mais si la reprise économique tarde trop, l’écosystème des start-up sera fragilisé. Deux exemples opposés : Baguette Box qui livre le pain à domicile a vu son activité dopée, Sport Managing a dû stopper la commercialisation de son application d'évaluation des compétences des sportifs.



« Nous nous sommes vite mis en ordre de marche pour leur donner les outils nécessaires à affronter la crise », affirme Stéphane Chauffriat, le directeur de Semia. Dès le début du confinement, l’incubateur strasbourgeois et l’ensemble du réseau des incubateurs du Grand Est ont dans un premier temps rédigé un guide rassemblant l’ensemble des dispositifs d’aide et de soutien à destination des start-up. On y retrouve les aides gouvernementales (plan de soutien spécifique aux start-up du 24 mars) et les aides que la Région Grand Est a mis en place avec Bpifrance comme le prêt rebond à taux zéro.
Baptisé « survival kit », ce document est mis à jour régulièrement, en fonction de l’évolution des dispositifs. Les chargés d’affaires Semia ont également demandé aux entreprises qu’ils accompagnent de réviser leur plan de trésorerie à 12 mois en démarrant au 1er avril.

 

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Dans un second temps, le réseau des incubateurs du Grand Est a sondé les start-up sur leur état de santé et leurs besoins financiers. Toutes ne sont pas impactées en même temps et de la même façon. En fonction de cette remontée d’informations, la Région Grand Est prendra éventuellement des mesures spécifiques aux start-up. « Selon le diagnostic, on verra s’il existe un trou dans la raquette dans les dispositifs d’aides », annonce Stéphane Chauffriat.
Parmi les entreprises incubées en Alsace, aucune n’est en défaillance pour le moment. « Dans notre portefeuille, nous avons beaucoup de projets jeunes, donc qui n’ont pas beaucoup de charges. Dans ce type de profil, les entreprises seront simplement contraintes de décaler leur projet et les puissances publiques peuvent les aider à tenir financièrement. Paradoxalement, ce sont celles qui sont les plus éloignées du marché qui s’en sortiront le mieux », analyse le directeur.

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Maurice Heitz, fondateur de Baguette Box : « Pour mon entreprise, la crise actuelle est malheureusement positive. »

Baguette Box, un développement plus rapide que prévu


Le secteur d’activité et la cible de marché seront aussi déterminants : les start-up dans le domaine de la santé et de l’alimentaire ont le vent en poupe et certaines verront même dans cette crise un effet booster.
C’est le cas par exemple de Baguette Box. Cette entreprise créée en février 2019 à Wasselone, près de Saverne (Bas-Rhin) propose un service de livraison de pains et viennoiseries à domicile.
Un abonnement de 4,90 € par mois permet au client de recevoir une boîte à pain en résine alimentaire recyclée et d’être livré chez lui, entre 4h et 6h du matin, des articles qu’il a commandé la veille sur Internet.
La marchandise est facturée au même prix qu’à la boulangerie. Aujourd’hui, Baguette Box compte déjà 10 salariés, une centaine de livreurs et couvre une bonne partie du Bas-Rhin, toujours dans des secteurs péri-urbains.

 

 

 



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Depuis le début du confinement, le volumes des commandes a doublé et le service est de plus en plus sollicité par les communes. Baguette Box a ouvert plus de 15 nouvelles zones en un mois. « Pour mon entreprise, la crise actuelle est paradoxalement positive. Nous nous développons beaucoup plus vite que prévu », explique Maurice Heitz. Dès cette année, le dirigeant fondateur de l’entreprise va développer son concept en franchise dans toute la France.


Sport Managing interrompu en plein début de commercialisation

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Arnaud Muller, dirigeant de Sport Managing, interrompu dans la commercialisation d'une application d'évaluation des compétences des sportifs.

Mais pour d’autres jeunes pousses, le tableau est moins idyllique. Sport Managing basée à Bergheim près de Colmar, a dû repousser la date de commercialisation de son application numérique qui était prévue le 1er mai. Elle apporte aux clubs sportifs les moyens d’évaluer les compétences de leurs joueurs et d’améliorer leur formation. Or, depuis la mi-mars, le monde du sport est à l’arrêt complet et les clubs risquent d’être confrontés à des problèmes budgétaires. 
Pour le moment, aucun des quatre salariés de Sport Managing qu’Arnaud Muller a fondé en 2018, n’est au chômage partiel et l’entreprise n’a sollicité aucune aide publique. Les voyants sont au vert au niveau de la trésorerie car la start-up haut-rhinoise a pu contracter un prêt juste avant le début du confinement. « Mais nous ne pourrons pas tenir éternellement. Si nous n’arrivons pas à commercialiser l’application d’ici le mois de juillet, la situation va devenir très délicate », prévient Arnaud Muller. 

Les start-up alsaciennes semblent pouvoir résister à la crise, mais seulement à court terme. Si elle s’installe dans la durée, toutes ne pourront pas faire face. C’est la crainte exprimée par Stéphane Chauffriat : « Si le redémarrage de l’économie est poussif, si la reprise se fait attendre neuf mois, il y aura des dommages collatéraux dans l’univers des start-up… »

Photos fournies par les entreprises.

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