MÉTALLURGIE/BOURGOGNE. Après avoir subi un très dur sinistre industriel en 2006, le courage et la très forte mobilisation des salariés du fabricant de chemins de câbles ont convaincu son actionnaire italien de reconstruire l’usine sur place.

La forte baisse du marché des chemins de câbles contraint aujourd’hui la direction française du groupe transalpin à réaliser un plan social sur un nombre limité à six postes (10% de l'effectif) et réparti dans tous les services.

Souvenons nous que…

 

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A 5h30 du matin ce mercredi 8 mars 2006, Jean-Albert Rondy dort à poings fermés. Son téléphone le réveille en sursaut et l’ancien patron de la société Mavil, demeuré consultant de ce fabricant de chemins de câbles revendu en 1999 au spécialiste italien de matériel électrique Gewiss, se demande qui peut bien l’importuner à pareille heure.

 

L’interlocuteur n’est autre que le directeur de l’époque du site de Liernais (Côte-d’Or), qui lui annonce que le toit de l’usine vient de d’effondrer.

- « Y a-t-il des victimes ? »

- « Non, fort heureusement aucune, l’équipe du matin n’avait pas encore pris son travail. » 

- « J’arrive. »

 

Adepte des grosses cylindrées allemandes, Jean-Albert Rondy n’a sans doute jamais mis aussi peu de temps pour parcourir les 300 kilomètres qui séparent son domicile en région parisienne de Liernais, commune de 620 habitants où l’unité de production s’est implantée sur une quarantaine d’hectares dans les années 60.

 

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Le toit de l'usine n'a pas résisté au poids de la neige.

 

Un autre homme se rend également au plus vite sur les lieux et rappelle des causes de la catastrophe. Il s’agit de Pierre Poillot, président de la communauté de communes de Liernais et actuel conseiller départemental du canton d’Arnay-le-Duc. « Pas moins de 70 centimètres de neige sont tombés le week-end précédent puis, de fortes pluies ont suivi, la toiture du bâtiment n’a pas résisté sous le poids. »

 

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Une partie des 10 000 m2 tombe durant la nuit, l’autre vers 8h30 du matin. Joël Bourgeois, responsable des ressources humaines l’a échappé belle. Il venait de mettre en sécurité le personnel présent et vérifiait dans les ateliers qu’aucun n’avait été oublié.

 

« On aurait cru une avalanche, tellement le bruit était assourdissant. » Après la stupeur et la consternation, l’inquiétude gagne vite les visages des salariés accourus en nombre. L’usine emploie cette année-là pas moins d'une centaine de personnes, dont un tiers de la commune et presque tous les autres des environs. « Tout le monde pensait que c’était fichu et que jamais les Italiens ne reconstruiraient », évoque Dominique Héry, maire de Liernais.

 

Un esprit « Charlie » avant l’heure

 

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Gewiss fabrique des chemins de câbles. ©Traces Écrites.

 

Les représentants des actionnaires transalpins sont là dès 14 heures et mesurent l’ampleur des dégâts. La zone logistique est totalement sinistrée et une partie du parc de machines recouvert par les décombres. Fort heureusement, la plupart des équipements protégés par miracle restent utilisables à condition de vite les abriter d’une pluie tenace.

 

C’est à ce moment qu’un déclic s’opère. Durant les premiers jours de chômage technique, les salariés sauvent non-stop ce qui peut l’être. Des locaux de stockage sont trouvés sur la ville d’Autun (Saône-et-Loire), à une trentaine de kilomètres, et la production reprend deux semaines plus tard sous des bâches.

 

Tenu informé au jour le jour, Dominico Bosatelli, président fondateur de Gewiss, dont le siège est à Bergame (Italie), n’en revient pas. « Mais certains travaillent presque dehors », s’exclame-t-il. Pareil courage et une telle mobilisation méritaient bien d’être récompensés.

 

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« Deux mois plus tard, le dirigeant transalpin - il a plus de 80 ans - nous assure vouloir reconstruire sur place », se félicite encore Joël Bourgeois. La décision doit aussi à l’implication très forte de François Patriat, encore quelques mois président du conseil régional de Bourgogne.

 

Venu sur place dès le lendemain et plusieurs fois ensuite, il engage 1,25 million d’€ d’aides à l’immobilier et à l’achat de nouvelles machines, et le conseil général de la Côte-d’Or abonde de 750 000 €. « J’aurais aimé que le député concerné et le préfet viennent au moins prendre des nouvelles », peste encore François Patriat.

 

Le 5 juin 2008, la nouvelle usine de 22 245 m2 est inaugurée. L’investissement atteint les 19 millions d’€. Marcel Masson, le nouveau directeur général de Gewiss France, nommé en janvier dernier, sait qu’il a un paquebot à faire mieux tourner. Pour peu que le secteur de la construction reprenne, les chemins de câbles à fil ou en tôle, faits à Liernais, ont un bel avenir.

 

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©Traces Écrites.

 

N’équipent-ils pas le stade de France sur une longueur de 147 kilomètres ? « Nous réfléchissons à les rendre encore plus pratiques à la pose et aux normes d’autres pays », indique Jean-François Scherrer, le directeur industriel. Une stratégie qui plait au dirigeant de la filiale française dont l’ambition, tous produits confondus, consiste à plus que doubler d’ici cinq ans le chiffre d’affaires de 30,3 millions d’€ actuellement.

 

Reste la dure réalité de la conjoncture qui contraint l’entreprise à réaliser un plan social. Il se limite à six postes affectant presque tous les services. Les chemins de câbles Mavil - nom conservé comme marque - a vu son marché baisser de 120 millions d’€ à moins de 95 millions. Un nouveau défi à relever pour les salariés...

 

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©Traces Écrites.

 

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3 commentaire(s) pour cet article
  1. NEAULTdit :

    35 ans de service, on licencie les uns et on décore les autres, MERCI GEWISS pas très joli ça

  2. NEAULTdit :

    LICENCIE, voilà comment j'ai été remercié après 35 ans de service de maintenance, voilà comment on ma remercié pour mon implication dans la reconstruction. Alors surtout ne faites pas d'éloge de ces nouveaux dirigeants qui espèrent remonter le chiffre d'affaire à grand coup de licenciements pour faire toujours autant de bénéfice. C'est tellement facile ou cela cache une certaine incompétence. Le directeur industriel est arrivé en janvier, embauché lui. Et oui on paye les cadres en virant les ouvriers comme des chiens. Début juillet, 6 ouvriers concernés. Convoqué par le d r h on a été invité à rentrer chez nous le jour même et prié d'y rester en attendant la procédure de licenciement. Voila comment on respecte le personnel chez GEWISS

  3. Cencedit :

    C'est une mobilisation spontanée qui prouve que les salariés sont responsables et impliqués dans cette entreprise. Félicitations aussi à Mr Patriat pour son engagement. Meilleures salutations, M. Cence. Dir Ekoscan

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