Un an et demi après sa reprise par la Franciade, la maison de foie gras alsacienne est à nouveau en ordre de marche avec une stratégie différenciée pour chacune de ses deux marques. Edouard Artzner renforce sa position "premium" et Feyel, vendue en grande distribution, étend sa gamme aux plats cuisinés.

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L'usine de foie gras de Schiltigheim est remontée à 80 salariés.

 

En 2017, la maison Feyel & Artzner, une institution dans le paysage agroalimentaire alsacien depuis 200 ans, a vacillé mais n’est pas tombée. Placée en redressement judiciaire en mai, l’entreprise a été reprise en juillet par la SAS Franciade, holding de gestion financière et immobilière dirigée par Claudine Roposte.

Seule l’usine de production de foie gras à Schiltigheim a été reprise par Franciade. La boutique au centre-ville de Strasbourg est passée aux mains de la Salpa (Société alsacienne de participations agroalimentaires) et le domaine du Moulin de Dusenbach à Ribeauvillé a été repris par le domaine viticole de la Ville de Colmar.

L’usine de foie gras, passée de 98 à 70 salariés, a depuis procédé à de nouvelles embauches et emploie actuellement 80 personnes. En 2018, le chiffre d’affaires devrait atteindre de 15 millions d’€ et d’ici à trois ans, l’objectif est fixé à 20 millions, chiffre que l’entreprise réalisait en 2016.

Pour y parvenir, Claudine Roposte a établi une stratégie basée sur la valorisation des produits et sur la diversification afin de « désaisonnaliser » le chiffre d’affaires. L’ancien dirigeant, Jean Schwebel avait acquis en 2008 le domaine viticole du Moulin de Dusenbach dans cette perspective, mais il avait échoué à créer une synergie entre vins et foies gras. C’est d’ailleurs cette acquisition et plusieurs épisodes de grippes aviaires qui avaient entraîné les difficultés financières du groupe.

 

 

BPALCdecembre

 

 

La diversification choisie par Claudine Roposte reste dans la production alimentaire. A partir du premier semestre 2019, la marque Feyel, vendue en grande distribution dans le Grand Est et en région parisienne, sera affichée sur une gamme de plats cuisinés du terroir alsacien (bouchées à la reine, mijoté de canard, rosbeef de cheval, etc.). Ces plats en portion de 500 g seront vendus en libre service au rayon boucherie.

Concernant la marque Edouard Artzner vendue aux professionnels des métiers de bouche, dans les épiceries fines, les corners gourmands des grands magasins et les boutiques duty-free des aéroports, l’objectif est de la faire monter en gamme. Dès 2019, un nouveau packaging, avec un nouveau visuel mais la même identité graphique, doit l’aider à s’implanter plus largement sur le territoire national.

 

« Nous sommes très présents dans le Grand Est et à Paris, mais nous souhaitons devenir plus visibles dans d’autres métropoles de France via les épiceries fines », prévient Patricia Houdebert, la directrice marketing et communication de l’entreprise.


Mouvements antispécistes

 

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La marque Artzner est destinée aux métiers de bouche et magasins spécifiques.

 

Feyel & Artzner souhaite également reconquérir des parts de marché à l’export. Aujourd’hui, les ventes à l’international représentent 30% du chiffre d’affaires, l’objectif est d’atteindre 35%. En 2019, le principal pays ciblé demeure la Russie : malgré l’embargo alimentaire russe imposé aux pays occidentaux, la maison alsacienne de foie gras a obtenu l’agrément pour vendre ses produits. Elle a également l’ambition de reconquérir le Japon et vise le marché chinois avec des produits comme les rillettes de canard, car l’introduction de matières alimentaires crues est interdite en Chine.

L’entreprise exporte aussi en Suisse, en Allemagne, au Benelux, à Singapour, à Hong Kong, au Canada, au Mexique, au Chili, au Brésil et un peu en Australie. « Le marché européen est devenu plus compliqué que le grand export car le mouvement antispéciste [ les végans ] a pris de l’ampleur en Angleterre, en Suisse et en Allemagne ; dans ce pays, vous ne trouvez plus de foie gras en grande distribution car les rayons sont systématiquement saccagés », précise Claudine Roposte.

 

En France, ce type de mouvement n’a pas eu d’impact sur les ventes car le foie gras reste un produit festif qui fait partie du patrimoine culinaire.

 

 

LCRDijon

 


En cette fin d’année, la société est davantage préoccupée par le mouvement des gilets jaunes. « Nous avons des soucis de livraison. Si le mouvement se poursuit, notre activité va être durement touchée », souligne la dirigeante.

Surtout que Feyel & Artzner réalise 70% de son chiffre d’affaires entre novembre et décembre. Pour la première fois cette année, jusqu’au 31 décembre, la PME alsacienne vend les produits Edouard Artzner à Saint-Germain-des-Prés à Paris avec six autres entreprises familiales régionales dans une boutique éphémère baptisée « Saveurs Effects ». Une boutique de Noël a également été inaugurée à l’entrée de l’usine de Schiltigheim. Elle est ouverte jusqu’au 22 décembre.

 


Qui est Claudine Roposte ?

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Claudine Roposte, 57 ans est diplômée d’une maîtrise de gestion à Paris Dauphine. Après deux ans aux États-Unis pour les boulangeries Paul, elle intègre l’entreprise familiale Roger Roposte, spécialisée dans les tartes flambées et produits traiteur, en tant que contrôleuse de gestion.
En 1994, elle crée l’Alsacienne de pâtes ménagères (APM) à Hoerdt. Cette entreprise qui produit des pâtes à tartes en MDD  (marque de distributeurs) est cédée aux cadres dirigeants et à deux fonds d’investissement en 2010.
En juillet 2017, Claudine Roposte reprend l’unité industrielle de Feyel & Artzner via la SAS Franciade, holding de gestion financière et immobilière.

 

Photos fournies par l'entreprise.

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