L’ennoblisseur textile Crouvezier Développement à Gérardmer (Vosges) s'adapte à la concurrence des pays à bas coût en investissant dans l'impression numérique. Et, depuis septembre 2021, dans un atelier de couture qui lui permet de fabriquer de A à Z de très petites séries : sacs en tissu, housses de couette, nappes, etc.


Le goût pour le « Fabriqué en France » et les appels à réindustrialiser l’Hexagone ne fonctionnent pas comme une baguette magique dans le textile. A Gérardmer (Vosges), Crouvezier Développement mise avant tout sur son inventivité pour avancer dans un environnement hyperconcurrentiel.

Séverine Crouvezier, la gérante de cette manufacture séculaire, lutte pour préserver la rentabilité de ses opérations de blanchiment et d’ennoblissement. Elle explique la spécificité de son métier en le comparant à celui d’un prestataire de services « auquel les groupes hôteliers ou hospitaliers confient un tissu que nous traitons, puis relivrons prêt à être confectionné. »
Dans le détail, ces traitements consistent en l’application d’une couche protectrice (enduction), l’impression, mais aussi la teinture, le contre-collage ou encore l’application d’apprêts chimiques ou mécaniques destinés à conférer aux tissus un aspect, un toucher ou une fonctionnalité.

 

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En compétition avec les pays à bas coûts, la PME vosgienne conserve sa raison d’être pour répondre aux demandes en petites séries et commandes urgentes. Au même titre que ses consœurs Blanchiment Parmentelat et Doridant également basées à Gérardmer. Mais la présidente de Crouvezier Développement confie sa lassitude « de batailler au centime d’euro du mètre, alors que la révision des meilleures techniques disponibles en Europe va nous contraindre à investir dans un traitement secondaire des eaux de lavage au niveau de la sortie de notre station d’épuration. »


L’agilité offerte par l’impression numérique

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La manufacture Crouvezier réalise différents traitements d’ennoblissement des textiles : application d’une couche protectrice, impression, teinture, etc.


L’entreprise de 47 salariés se porte bien. Son chiffre d’affaires 2021 s’élève à 7,9 millions d’€, en hausse de plus de 15%. Mais elle a une conscience aigüe de la nécessité de préparer l’avenir en misant sur son agilité. Pour ce faire, elle s’appuie une machine d’impression numérique capable de traiter des supports cellulosiques et polyesters jusqu’à 3,2 mètres de largeur.
L’outil qui a mobilisé un investissement de 2 millions d’€ il y a quelques années, autorise la fabrication de très petites séries, sans minimum de commande, là où les lignes d'impression traditionnelle à cylindres rotatifs exigent 500 mètres minimum de commande.

« La vogue du Made in France incite les créateurs à se lancer dans la vente en ligne de produits textiles. Il s’agit par exemple de peintres souhaitant réaliser des ventes additionnelles en reproduisant leurs œuvres sur des coussins, des housses de couette, etc. Grâce à l’impression numérique, nous sommes en mesure de répondre aux attentes de ces indépendants », détaille Séverine Crouvezier.

 

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L’activité d’impression numérique est chapeautée par la filiale Up’Textile, créée en 2015. Le chiffre d’affaires de la jeune société de six salariés a doublé en deux ans grâce notamment à la demande de masques antiprojections personnalisés et approche désormais un million d’€. En septembre, la dirigeante a franchi un cap supplémentaire en adossant à Up’Textile un atelier de confection employant trois couturières. 

Ces dernières sont embauchées par l’entreprise d’insertion locale Pro’C.D. Le recrutement de couturiers et couturières apparait comme un enjeu fort pour la filière, ainsi qu’en témoigne le programme de formation sur mesure (399 heures) construit par le Syndicat textile de l’Est, en partenariat avec Pôle emploi et l’organisme de formation professionnelle Greta.

Passionnée par les évolutions de son métier, Séverine Crouvezier planche par ailleurs en recherche et développement sur les teintures végétales, en partenariat avec la société Green’ing (Hérault), spécialiste des couleurs naturelles. « Nous nous intéressons au châtaignier, à la fleur de réséda, à la garance racine [ plante dont les racines contiennent un colorant rouge, Ndlr ], l’indigotier [ arbuste dont le feuilles donnent le bleu indigo, Ndlr ]. »
Car explique la dirigeante, «  la problématique réside dans la reproductibilité des coloris, la résistance au lavage, la résistance à la lumière. Il n’est pas certain qu’industriellement cela fonctionne, mais nous menons en ce moment des essais en interne ! »

Qui est Séverine Crouvezier 

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Ingénieure diplômée d’AgroSup Dijon, elle incarne la sixième génération de dirigeants familiaux à la tête de Crouvezier Développement, une saga débutée en 1860 dans les activités de blanchiment. Investie dans son entreprise, Séverine Crouvezier l’est également dans sa filière puisque la dirigeante de 44 ans contribue à la révision du BREF européen textile (Best available techniques reference documents), un document de 1.100 pages décrivant les meilleures techniques disponibles dans son secteur.
Elle fait aussi partie du groupe de travail français animé par l’Institut Français du Textile et de l’Habillement (I.F.T.H), l’Institut national pour la maîtrise des risques industriels et environnementaux (Ineris) et le ministère de la Transition écologique. Une nouvelle version du BREF textile devrait être publiée en 2022.

Photos fournies par l'entreprise

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