L’Alsace, grosse destination touristique dans le Grand Est, a accueilli moitié moins de visiteurs cet été. Le tourisme urbain, à Strasbourg, comme à Metz en Moselle, a été fortement pénalisé. L’arrière-saison n’est pas partie pour compenser. L’inquiétude se fait forte avec l’incertitude sur les marchés de Noël, gros pourvoyeur d’activité pour les acteurs de l’hôtellerie-restauration et du commerce. Mais le tourisme régional veut faire montre de résilience.


Le tourisme dans le Grand Est n’est évidemment pas sorti indemne de la crise du Covid-19. Les indicateurs sont presque tous à la baisse au moment de dresser le bilan de l’été : seulement 50 % de la clientèle habituelle en Alsace, un taux d’occupation des hôtels tombé à 50 % dans l’agglomération de Strasbourg au lieu de 80 %, deux fois moins de visiteurs à la cathédrale de Strasbourg, moins 61 % de passagers pour les bateaux-mouche de Batorama dans la capitale alsacienne,  moins 30 % à 40 % de touristes à Metz, une situation majoritaire de recul aussi en Champagne, etc.

L’arrière-saison n’est pas partie pour compenser. Au contraire, l’inquiétude se fait forte. Selon l’enquête menée par l’Agence Régionale du Tourisme (ART), 53 % des prestataires d’activités de loisirs n’enregistraient pas de réservation pour septembre alors que le mois était déjà bien entamé au moment où ils étaient interrogés et les hôtels faisaient valoir pour ce même mois un taux d’annulation des réservations de 43 %. A présent, c’est l’incertitude sur les marchés de Noël qui pèse négativement. Qu’ils se tiennent mais dans des formats revus comme à Strasbourg, ou qu’ils soient annulés, d’ores et déjà… ou si la situation sanitaire venait à se compliquer.

 

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Mais le tourisme régional veut faire montre de résilience, et s’appliquer l’adage faisons d’un problème une opportunité. Les élus et responsables techniques souhaitent saisir l’occasion pour rebondir, et en fait pousser les pions vers un tourisme « autre », comme ils s’y attèlent depuis quelques années. Ce tourisme différent serait « smart », à deux titres : « environnemental en contribuant à la préservation des ressources naturelles, et digital pour un pilotage agile », déclare Olivier Midière, nouveau directeur général de l’ART (Agence Régionale de Tourisme) du Grand Est depuis cet été.

 

Une destination qui devienne naturelle pour les Français

 

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Sans surprise, le tourisme a cet été profité aux espaces naturels. En photo, les boucles de la Meuse, dans les Ardennes. ©

 
« C’est un tourisme qui mise sur la montée en gamme, plutôt que sur la masse : aménager de gîtes de standing, doper l’offre hôtelière en milieu rural et en lui faisant gagner des étoiles, etc. », explicite Jean Rottner, le président de Région. La feuille de route invite aussi à relire la géographie de la clientèle. L’Alsace en particulier (Strasbourg, Colmar…) a pu capitaliser sur une clientèle lointaine, asiatique, nord-américaine, qui a bien sûr fait défaut cette année et risque fort encore de devoir déclarer forfait dans le futur.
C’est donc vers les 70 % de clientèle française de l’été 2020 et vers les frontaliers proches que l’action souhaite se concentrer. « Parmi ces Français, les trois-quarts étaient originaires du Grand Est, ils ont ainsi découvert ou redécouvert leur région dans les circonstances particulières de cette année », complète Marie-Reine Fischer, présidente de l’ART.



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Mais Jean Rottner voit un peu plus loin : « J’aimerais que l’Est devienne une destination naturelle pour les Français en général et notamment les Franciliens. Le « réflexe Vosges » fonctionne déjà, il faut le déployer plus largement à la région », explique-t-il.
Il s’est d’ailleurs consolidé en cette année de crise sanitaire. Le tourisme de nature, de montagne, durable, a tiré les marrons du feu.
Tout a en effet été loin d’être négatif cet été parmi les indicateurs du tourisme grandestien : les sites en lien avec la nature (parcs animaliers, parcs naturels, lacs…) ont enregistré une hausse de fréquentation de 30 %, l’hôtellerie 4 et 5 étoiles à la campagne a maintenu des taux d’occupation de 70 à 90 % et le massif vosgien recense une augmentation globale de 12 % de fréquentation.

Pour capitaliser sur ses atouts, le président de la région invite à ne pas jouer petit bras dans les campagnes de communication et autres actions de promotion. « Arrêtons de faire des complexes par rapport à des régions étiquetées plus touristiques. Allons-y franco ! »

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L'incertitude pèse sur le maintien des marchés de Noël. En photo, celui de Strasbourg, place Kléber, pour l'instant maintenu mais étendu à tout le centre-ville pour conserver autant d'exposants. © Istock

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