RÉINDUSTRIALISATION. Dès sa première année, le plan de revitalisation du Sud-Alsace autour de Mulhouse (Haut-Rhin) a dépassé son objectif de 221 emplois à créer.

Sa  particularité : il  regroupe en une seule convention les obligations de création de postes de six grandes entreprises en compensation des licenciements collectifs dans leurs établissements locaux.

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Une fois n'est pas coutume. Le plan de revitalisation du Sud-Alsace autour de Mulhouse (Haut-Rhin) a dépassé son objectif d'emplois.

Les six groupes concernés dont PSA pour sa filiale Peugeot Scooters et Faurecia (1) ont placé leur contribution financière dans une enveloppe commune de 987 700 € et ils ont signé à l’automne 2011 une convention unique plutôt que six textes qui auraient pu aboutir au choix d’autant de consultants différents, source de doublons.

Le prestataire commun est public, puisque l’appel d’offres a désigné la CCI Sud-Alsace-Mulhouse.

La chambre consulaire a versé une subvention de 2 500 € par emploi. Elle s’est associée à la Sodiv, société alsacienne de développement qui octroie des prêts participatifs - des emprunts au taux réduit de 2 % sans caution ni garantie qui ouvrent la porte vers des prêts bancaires classiques -, ainsi qu’à la plate-forme d’initiative locale (PFIL) Sud-Alsace, qui délivre des prêts d'honneur à taux zéro aux créateurs.

Avec ces partenaires complémentaires, l’effet de levier est porté à 2 millions d’€.

Prévu sur deux ans, le plan a débouché dès le terme de sa première année sur 295 créations d’emplois «nettes et en CDI», soit davantage que l’objectif de 221.

Pour l’instant, on recense 166 embauches effectives, mais il n’y a pas de raison de douter de leur pleine réalisation, selon Christian Noll, chef de projet à la CCI : «Le  décalage est tout à fait normal car les embauches s’étalent dans le temps. Les dernières se feront, malgré la conjoncture défavorable. Ce sera notre mission dans la deuxième année de suivre le bon déroulé des choses», souligne-t-il.

Les emplois se répartissent entre 60 entreprises, dont huit créations et 57% de sociétés de moins de 10 salariés.

Cette typologie est en phase avec le profil du territoire concerné (arrondissements de Mulhouse, Thann et Altkirch) très orienté TPE, puisque 12 000 entreprises sur 13 650 sont des moins de 10 salariés. En conséquence, chaque création d’emploi résulte d’un travail de fourmi.

Les trois-quarts des embauches déjà bouclées concernent des postes de production et 35 % bénéficient aux plus de 45 ans.

Les aides, un petit matelas de sécurité

Ces emplois auraient-ils été créés sans les aides ? Très probablement, n’ont pas caché les PME bénéficiaires, invitées à témoigner lors d’une conférence de presse la semaine dernière à la sous-préfecture de Mulhouse.

«Dans la conjoncture que l’on vit, il serait insensé de créer un poste pour le simple fait de décrocher une aide», a souligné Hubert Arnould, dirigeant de Hameca (mécanique et usinage) à Richwiller qui a procédé à 7 embauches pour arriver à un effectif de 30 salariés.

Son confrère Gérald Simon de Selmoni à Altkirch (7 embauches dont 3 encore à venir pour arriver à 34 salariés) a trouvé le bon qualificatif : ces aides sont «sécurisatrices».

«Je les vois comme un coup de pouce à la pérennisation d’un nouvel emploi dans le contexte économique incertain. Elles apportent un petit matelas de sécurité s’il manque temporairement quelques heures de charge sur ce nouveau poste».

Le bilan fait un mécontent : Paul Mumbach, le maire de Dannemarie. L’élu assure avoir découvert l’existence du plan par la presse,  à l’occasion de son bilan d’un an. Et il constate qu’aucun des emplois ne s’est créé sur le site de l’usine de moteurs de Peugeot Scooters de sa commune, alors que la fermeture de l’établissement a déclenché la participation de PSA au dispositif.

La mutualisation du plan entre plusieurs entreprises serait-elle alors une façon de noyer le poisson ? Paul Mumbach a tendance à le penser. « A aucun moment dans les discussions sur la revitalisation du site, il n’a été fait mention de ce dispositif. C’est navrant, c’est même hallucinant ! Le risque, c’est que Peugeot nous dise qu’il fait sa B.A. et qu’on en reste donc là, avec pour nous une friche sur les bras ».

Peugeot Scooters s’efforce de rassurer. Son directeur général Pierre-Louis Colin fait état de «deux ou trois dossiers particulièrement sérieux et avancés» qui auraient toutes les chances de se concrétiser, «plus en 2012», mais début 2013, dans le premier trimestre.

Le dirigeant n’en dira pas plus : une première piste elle aussi très avancée dans l’assemblage de petits hélicoptères avait capoté cet été, la raison étant attribuée à des fuites dans la presse qui avaient échaudé en Lorraine, le territoire de l’investisseur potentiel.

«Nous gardons la propriété du site, Dannemarie ne deviendra pas une friche», assure Pierre-Louis Colin.  A voir le nombre d’emplois qui sera recréé sur place. Ceux qui sont partis sont au nombre de 141, tous reclassés, pour deux-tiers en interne PSA (Sochaux, Mulhouse et une trentaine à l’usine de scooters de Mandeure), et pour l’autre tiers en externe.

(1) Les autres groupes concernés sont Metso, PPC (Potasse et  produits chimiques), Wärtsilä et Trelleborg.

Crédit photos : Christian Robischon et Peugeot Scooters.

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