Implanté aux confins de la Moselle et de l’Alsace, le sous-traitant de l’aéronautique Leach International Europe mobilise une partie de son investissement de 5,5 millions d’€ pour automatiser ses procédés. Ce fabricant d’équipements de commutation électrique entend ainsi soulager sa main d’œuvre exclusivement féminine de certaines tâches répétitives. Pour y parvenir, il puise une source d'inspiration dans l'horlogerie suisse qui présente des similitudes avec son process.


Les épaules couvertes de blouses blanches ou bleues, les yeux rivés dans les oculaires d’un microscope électronique, les salariées de Leach International Europe (LIE) à Sarralbe, en Moselle, se concentrent sur de minutieuses opérations de soudage, d’ajustage et d’assemblage de micro-pièces. Cette filiale de l’Américain TransDigm emploie 170 femmes en production dans ses ateliers situés aux confins de la Moselle et de l’Alsace, et à quelques encâblures de la frontière allemande.

Son activité de fabrication de relais et de contacteurs, des composants de commutation électrique de haute technicité, exige en effet une extrême dextérité. L’investissement de 5,5 millions d’€ planifié en 2023 par ce sous-traitant de l’aérospatial, de la défense et du ferroviaire vise notamment à réduire la pénibilité de certaines tâches pour les opératrices.

Au mois de juin, le premier d’une série de trois robots collaboratifs va se voir confier le chargement d’un poste de marquage au laser. En août, c’est une machine de fabrication suisse qui va automatiser l’assemblage quotidien de 2.500 sous-ensembles requérant la pose de blocs céramiques et de rivets métalliques. Ces éléments sont actuellement manipulés, au moyen de pincettes.

 

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« Historiquement nos procédés sont extrêmement manuels. Ils exigent une grande dextérité. C’est donc assez naturellement que nous nous sommes tournés vers l’horlogerie suisse pour nous inspirer de leurs méthodes et automatiser certaines tâches simples et répétitives », détaille Jean-Emmanuel Metz, directeur des ventes de LIE pour l’Europe de l’ouest.

L’entreprise imagine également des solutions innovantes en puisant dans les technologies de l’industrie 4.0. Avec le soutien de France Relance, elle installe actuellement un logiciel de pilotage de la production. Il y a deux ans, l’acquisition de cinq imprimantes 3D a permis de créer des éléments sur-mesure améliorant l’ergonomie de certains postes de travail, en relation avec la Médecine du travail et le service de prévention et de santé mosellan Agestra.

 

Collaboration avec le CEA Tech à Metz

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Leach International Europe, filiale du groupe américain TransDigm, est basé à Sarralbe. © Leach International Europe / Pierre Pommereau


Le pari de l’automatisation vise aussi à améliorer la compétitivité, admet Michel Imhoff, vice-président en charge des opérations de LIE, car « l’entreprise évolue sur un marché extrêmement concurrentiel. » L’acceptation du projet par le personnel, condition de sa réussite, est facilitée par l’amélioration de la conjoncture, après les difficiles années Covid.

L’arrêt des liaisons aériennes, à l’aube de la pandémie, avait contraint Leach International Europe à se séparer de 51 salariés à Sarralbe, par rupture conventionnelle collective. « Notre diversification dans le ferroviaire (23% du chiffre d’affaires) et la défense (27%), nous a cependant aidés à maintenir le cap », note Jean-Emmanuel Metz. Le bureau de recherche-et-développement de LIE a réduit quelque peu ses effectifs, mais il conserve un total conséquent d'une soixantaine de personnes.

Il forme le centre névralgique de l’entreprise. C’est ici qu’ont été mis au point, dans les années 2000, les cœurs primaire et secondaire de l’avion de transport militaire d’Airbus, l’A400M, autrement dit ses systèmes de distribution du courant. Actuellement, trois des ingénieurs de LIE sont détachés pour 18 mois sur le site de Metz du CEA Tech, la branche de recherche technologique du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives. Ils y planchent sur les systèmes électriques des futurs avions à zéro émission de carbone.

 

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« L’avion de demain verra son niveau de courant électrique augmenter de manière spectaculaire, d'un facteur cinq à dix. Le CEA Tech travaille sur la mesure de ces courants », note Jean-Emmanuel Metz.

Préparer l’avenir implique aussi pour l’entreprise d’attirer dans l’est de la Moselle les ingénieurs formés à Metz ou Strasbourg. Pour y parvenir, Fabien Meier, directeur des ressources humaines de Leach International Europe, met en avant la large palette de métiers exercés sur le site : électromécanicien, qualiticien, développeur informatique, etc. « Cette grande variété, associée à la forte valeur ajoutée de nos produits, demeure un atout pour conserver nos salariés. D’ailleurs, notre turn-over est inférieur à 1% », conclut-il. 

 

Comment est organisé Leach International Europe ?

LIE est une filiale de TransDigm, un groupe américain de 14.400 salariés. Cette entité européenne de 510 personnes a son siège à Sarralbe, où elle compte l'un de deux sites de production en France avec Niort (Deux-Sèvres). L'unité en Moselle fabrique les composants, tandis que son homologue dans l'Ouest de la France les assemble pour former des équipements de haute technicité. Touché par un incendie en 2019, le site de Niort a été totalement reconstruit, moyennant un investissement de 10 millions d’€. LIE chapeaute aussi une usine en Chine exploitée dans le cadre d’une joint-venture. Après avoir réalisé un chiffre d’affaires de 154 millions d’€ à la clôture de son dernier exercice le 30 septembre 2022, l’entreprise anticipe une nouvelle hausse de son activité de 15 % en 2022-2023.

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