Dans un partenariat avec le fabricant suédois d’équipements Epiroc, le spécialiste des résines de consolidation des mines Weber Mining à Rouhling (Moselle) qui avait renoncé de prospecter en Ukraine il y a déjà un an et demi, cherche à se libérer de sa forte dépendance à l’exploitation du charbon, appelée à être réduite au niveau mondial malgré un horizon incertain.
Les résines produites par Weber Mining à Rouhling (Moselle) n’iront pas consolider les mines de charbon du Donbass, à l’est de l’Ukraine. En raison de l’instabilité grandissante de la région, l’entreprise avait déjà renoncé il y a un an et demi à commercialiser ses solutions sur cet état aujourd’hui en guerre. « Les houillères du Donbass sont convoitées par les Russes car elles se situent près de grands bassins de consommation, alors que les mines de charbon russes sont localisées en Sibérie », éclaire Franck Weber, le président de Weber Mining.
L’entreprise a bâti sa prospérité dans les mines de charbon de Lorraine dont l’exploitation s’est définitivement arrêtée en 2004. Sa technologie a été utilisée afin de consolider les galeries souterraines, en substitution des soutènements en bois ou en béton projeté, plus complexes à mettre en œuvre. Dans les ateliers de Weber Mining, les résines sont combinées à différents additifs dans de grands réacteurs, puis conditionnées dans des bidons de 25 litres ou des cuves de 1.000 litres.
Le site de Rouhling assure la préparation de 6.000 tonnes par an de trois grandes familles de résines : silicate, polyuréthane et polyester. Celles-ci seront mêlées « au fond » à une autre substance, avec un catalyseur via des pompes d’injection également assemblées par Weber Mining. La capacité du mélange à s’étendre sous forme de mousse atteint 30 à 50 fois le volume initial du produit ! Les applications sont multiples : remplir des vides, colmater des arrivées d’eau, lutter contre les feux de mines, etc.
Les solutions de Weber Mining sont exportées aux quatre coins du monde par l’intermédiaire de cinq filiales de distribution implantées en Australie, Pologne, Mexique, Afrique du Sud et Turquie. Il en résulte que la PME n’emploie que 12 salariés sur son site de production de Rouhling sur un total de 40 collaborateurs.
Autre particularité, la grande majorité du chiffre d’affaires de 15 millions d’€ en 2021 est réalisée dans l’exploitation des mines de charbon. Le reste se partage entre les travaux publics, à l’instar du tunnel Lyon-Turin et les mines de minerais métallifères creusées dans de la roche dure. « Nous préparons dès maintenant l’après-charbon en orientant notre stratégie vers les mines souterraines de roches dures. Notre objectif à cinq ans serait d’abaisser la part de notre activité pour les houillères à 40% », poursuit le président.
Deux brevets en 2020 et 2021

Le marché décroché récemment auprès d’Epiroc devrait l’y aider. Le fabricant suédois d'équipements miniers a développé un engin de boulonnage doté du système d'injection de résine automatique augmentant la productivité et la sécurité de l’exploitation souterraine. « Cette boulonneuse insère de manière automatique une tige dans la roche. Cet ancrage est ensuite entouré d'un coulis de liaison destiné à le souder au roc. La résine polyester que nous avons développé spécialement pour cette application a été préférée à celles de nos concurrents BASF, Minova et DSI Underground. Mais, elle nous a demandé un important travail de recherche et développement, car nous ne travaillions jusqu’à présent pas ce type de résines » détaille Jean-Luc Schmitter, le directeur technique.
Dans son virage technologique, l’entreprise a été accompagnée par Ferrorail International Technology. Le directeur général de cette société de consulting luxembourgeoise, Fabrice Ferstler, explique qu’auparavant les mousses expansées de Weber Mining venaient remplir des veines ou de grandes cavités sur lesquelles ne s’exerçaient pas d’importantes contraintes de charge, dans une optique préventive : « Dans les mines profondes, les roches lâchent d’un coup. Face à la libération brutale d’une charge, nous cherchons davantage une capacité d’élongation, sans rupture. Nous avons donc de cefait raisonner en énergie ». Pour protéger son innovation, Weber Mining a déposé deux brevets en 2020 et 2021, un sur la résine, un autre sur son matériel d’application.
Qui est Franck Weber ?

Ses trois années passées en début de carrière au sein du groupe IBM ont convaincu le président de Weber Mining de la vertu des petites entreprises. En 1989, ce diplômé d’une école de commerce est venu épauler son père, Adolphe, passionné de chimie, fondateur de l’entreprise en 1960. Franck Weber lui succède en 1993 et choisi, dix ans plus tard, de délocaliser la holding familiale au Luxembourg, afin de bénéficier d’un meilleur accès aux marchés financiers. « Chaque projet d’ouverture d’une filiale à l’étranger représente entre 500.000 € et 1 million d’€ d’investissement. Or la place financière luxembourgeoise est davantage habituée à gérer ce type de projet dit « à risques » que les établissements bancaires locaux en France », explique Franck Weber. Son partenariat avec Epiroc devrait cependant simplifier son développement commercial, l’entreprise fournissant directement le fabricant d’équipements















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