Masson-Polyfroid gagne des parts de marché sur un secteur de niche, celui de la cellule-magasin pour camion de tournée ou de marché. Labellisé « Entreprise du patrimoine vivant », le carrossier de Jarny (Meurthe-et-Moselle) s’apprête à dépasser la barre des 2 millions d’€ de chiffre d’affaires, grâce à trois atouts différenciants.

Les utilitaires arrivent chez Masson-Polyfroid dans leur plus simple appareil ; cabine double et plateau arrière. Ils ressortent de l’atelier de Jarny (Meurthe-et-Moselle), une cellule-magasin rutilante sur le dos. Les bouchers, fromagers et autres commerçants de bouche goûteraient particulièrement les véhicules assemblés par le carrossier lorrain. La société labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant » a su décliner trois innovations sur ce marché de niche : l’allègement des véhicules, une cellule démontable/remontable et une conception tout polyester.
L’entreprise de 14 salariés fondée en 1954 était en démonstration au Salon de la restauration et de l’hôtellerie Sirha à Lyon en janvier dernier. A la faveur du recrutement d’un commercial l’an passé, elle anticipe son passage au-dessus des 2 millions d’€ de chiffre d’affaires (+17%) à la clôture de son exercice, en août 2019.


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« Nous sommes systématiquement plus chers que nos concurrents, mais si nous vendions des produits équivalents, cela fait longtemps que Masson-Polyfroid n’existerait plus », remarque Adeline Masson-Thomas, cogérante de l’entreprise et petite-fille du fondateur.

 

Des panneaux sandwich allégés


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Dans l’atelier mécanique, les utilitaires sont en partie désossés, équipés de câbles électriques et leurs plateaux recouverts d’une peinture anticorrosion. De son côté, l’ossature de la cellule-magasin est fabriquée en bois et garnie de panneaux sandwich en polyester et polyuréthane. Les plaques de polyester sont fabriquées « maison » sur un marbre grâce à un savant mélange de résine et de fibres de verre.
Dernièrement, un changement de type de fibre a permis d’alléger les cellules. Ce gain a encore été augmenté grâce à la fabrication en polyester aussi, des accumulateurs de froid en remplacement de leurs équivalents en acier. Ce matériau confère aussi aux panneaux « une plus grande rigidité, par rapport à des pièces découpées puis assemblées avec des cornières en aluminium. »

 

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« Sur une cellule de 1.200 kg, nous avons gagné 20%, ce qui n’est pas négligeable dans un contexte d’augmentation du poids des utilitaires et d’exigence de nos clients en termes de charge utile », pointe Olivier Thomas, cogérant. Pour réaliser toutes formes de pièces, l’entreprise a accumulé une grande variété de moules. La cellule-magasin passe par la cabine peinture avant de rejoindre l’atelier d’assemblage. Les véhicules neufs y côtoient leurs aînés venus s’offrir une cure de jouvence après parfois 40 années de service.
Le duo d’entrepreneur est lucide sur l’évolution de son marché, forcément lié à celle des modes de consommation. « Le nombre de clients diminue. Les véhicules de boulangerie sont de moins en moins demandés. Mais nous sommes surpris de voir revenir des commandes pour des véhicules d’alimentation générale », glisse Adeline Masson-Thomas. Pour soutenir son activité, l’entreprise a développé ces dernières années une branche location avec un parc de 25 véhicules qui génère un chiffre d’affaires de 450.000 €.

Qui est Adeline Masson-Thomas ?

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© Philippe Bohlinger.
Ingénieure aéronautique de formation, Adeline Masson-Thomas comptait dans sa promotion de Supaero à Toulouse un certain Thomas Pesquet, le célèbre spationaute français. Cette quarantenaire a roulé sa première partie de carrière aux services achats chez les géants PSA et Airbus. « C’était génial sur le plan intellectuel, j’ai vu des procédés fournisseurs aux quatre coins du monde », s’enthousiasme-t-elle. 

Mais le gigantisme et l’anonymat propre aux grands groupes ne faisait plus son affaire. Avec son mari et associé, Olivier Thomas, ingénieur mécanicien, elle a saisi l’opportunité de reprendre l’entreprise familiale. Le couple a dû franchir le difficile cap d’une reprise en décembre 2008. Un pari réussi à la faveur d’une meilleure présence sur Internet notamment.

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