La start-up 45-8 Energy basée à Metz envisage de produire de l’hélium dans les sous-sols du sud de la Nièvre à partir de 2023. La société attend pour la fin de l’année la validation sa première demande de permis exclusif d’explorer, autour de la source Les Fonts-Bouillants à Saint-Parize-le-Châtel, près de Magny-Cours. L’hélium est un gaz très utilisé dans l’industrie du froid, des semi-conducteurs et considéré comme une ressource « critique » par l’Union européenne.


Le captage de l’hélium dans les sous-sols du sud de la Nièvre pourrait devenir une réalité d’ici peu. La start-up 45-8 Energy implantée à quelques 300 km de là, à Metz (Moselle), compte y produire ce gaz à l’horizon 2023 et le gérer en circuit court. Elle présente sa solution comme une alternative à la production de cette ressource essentiellement liée à l’extraction du gaz naturel fossile. De quoi intéresser les industries du refroidissement et de la fibre optique, les principaux débouchés de l’hélium ou encore le secteur émergent du transport par dirigeable.

La société de 7 personnes attend d’ici la fin de l’année la validation par le ministère de l’Economie de sa demande de permis exclusif de recherche pour une durée de cinq ans. La consultation publique est ouverte jusqu’au 21 septembre inclus (Document ici ). Elle porte sur un secteur de 251 km² autour de Saint-Parize-le-Châtel (Nièvre), connue pour ses eaux minérales dont l’exploitation s’est arrêtée dans les années 1970. La source est appelée « Les Fonts-Bouillants » en raison de la grande quantité de gaz qui s’en échappe et lui donne l’aspect d’un liquide en ébullition.



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Nicolas Pélissier et Benoît Hauville, les deux cofondateurs de 45-8 Energy, sont partis d’un constat simple : l’hélium, majoritairement produit aux Etats-Unis, en Algérie et au Qatar, est entré en 2017 dans la liste des matières premières jugées « critiques » par l’Union européenne, c’est-à-dire dont l’approvisionnement est incertain et coûteux .
« L’industrie du vieux continent importe 100% de sa consommation en hélium dans un contexte où le cours de ce gaz a triplé en cinq ans. Par ailleurs, le transport de cette ressource extrêmement volatile représente les deux-tiers de son coût. Sur de longues distances, l’acheminement n’est possible qu’à l’état liquide, ce qui implique des procédés énergivores, des conteneurs très spécifiques, alors que l’essentiel de la consommation est réalisé sous forme gazeuse », analyse Nicolas Pélissier. 





Levée de fonds de 1,3 million d’€

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La jeune société attend la validation de son permis d’exploration exclusive pour la fin de l’année. © 45-8 Energy


La jeune pousse a franchi une première étape en juin dernier en levant 1,3 million d’€ auprès de 13 investisseurs privés et publics. L’enveloppe vise à poursuivre les travaux engagés sur le permis « Les Fonts-Bouillants », mais également à accélérer le développement de trois autres projets d’exploration en France et en Europe centrale. Cette opération financière vise également à initier des projets de recherche-et-développement.

45-8 Energy planche sur un capteur de gaz plus performant avec l’antenne de l’université américaine Georgia Tech à Metz, le nancéien Solexperts, le laboratoire GeoRessources (Université de Lorraine, CNRS). Par ailleurs, une collaboration avec le laboratoire Réactions et génie des procédés (Université de Lorraine, CNRS) et le laboratoire lorrain de métallurgie MetaFensch, vise à développer de nouvelles membranes permettant une séparation plus efficace des différents gaz.



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A Fonts-Bouillants, trois puits pourraient extraire à moins de 200 mètres de profondeur les précieux mètres-cubes de gaz.  « L’unité de production permettra de séparer et de compresser le gaz en vue de le transporter sous forme gazeuse vers ses utilisateurs, des industriels ou réseaux de distribution », poursuit Nicolas Pélissier. Le dirigeant insiste sur le faible impact visuel et environnemental de l’installation. Elle avoisinera la taille d’un hangar agricole, tandis que la tête de puits ne dépasse pas un mètre, indique-t-il.

A terme, l’enjeu pour 45-8 Energy sera de valoriser les autres gaz extraits – dioxyde de carbone ou encore l’hydrogène – afin d’améliorer la profitabilité de l’installation.

 

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L’entreprise planche sur trois autres projets d’exploration d’hélium en France et en Europe centrale. © 45-8 Energy
Qui est Nicolas Pélissier ?

Ingénieur en géosciences pétrolières, Nicolas Pélissier a travaillé pendant une dizaine d’années chez Total, avant de fonder 45-8 Energy en 2017 avec Benoît Hauville, ingénieur en géologie et en géophysique.
Après avoir roulé sa bosse en Libye, en Algérie ou encore en Angola, Nicolas Pélissier a choisi de fonder son entreprise en Lorraine, pas seulement par ce qu’il y est né, mais parce que l’exploitation du minerai de fer et du charbon en ont fait une terre d’exploration minière. « Il n’y a moins d’a priori, la relation avec les pouvoirs-publics est plus simple et nous y bénéficions des compétences de pôles de recherche majeurs », résume l’intéressé.

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Nicolas Pélissier, président de 45-8 Energy. © Philippe Bohlinger

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