Lydia et Claude Bourguignon, fondateurs du LAMS, en train d'inspecter une vigne.
Lydia et Claude Bourguignon, fondateurs du LAMS, en train d'inspecter une vigne.

VIN. Le Laboratoire d’Analyses Microbiologiques des Sols (LAMS) préconise de renouer avec des pratiques culturales de la vigne plus douces.

Claude et Lydia Bourguignon ont parfois l’impression de prêcher dans le désert, alors qu’il y a urgence à agir.

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Depuis près de 25 ans, Claude et Lydia Bourguignon, fondateurs du Laboratoire d'Analyses Microbiologiques des Sols (LAMS), à Marey-sur-Tille (Côte-d’Or), alertent sur le mauvais état sanitaire des vignobles français.

Et celui de Bourgogne n’échappe pas à l’implacable démonstration des deux scientifiques.

« Les sols comme le matériel végétal sont en grand danger de mort», martèle Claude Bourguignon.

L’utilisation à outrance dans les années 70 de pesticides, herbicides et insecticides a, selon eux, tué durablement la faune et la flore qui leur permet de se reconstituer.

« Sans compter que les engins comme les enjambeurs, compactent la terre et accentuent le phénomène », précise Lydia Bourguignon.

En découle une érosion à l’origine de glissements de terrain sur les meilleures vignes cultivées en coteaux. « On va même parfois jusqu’à défoncer complètement jusqu’à la roche pour planter les piquets », regrette Claude Bourguignon.

Les ceps de vigne ne sont pas à leurs yeux en meilleure santé. A force de cloner à l’infini, de greffer sur les greffes, il n’y a plus de fécondation naturelle, avancent-ils. Bilan des courses, certaines vignes meurent au bout de vingt ans.

L'équipe du laboratoire compte cinq personnes, dont Emmanuel Bourguignon (à gauche), le fils de Lydia et Claude.
L'équipe du laboratoire compte cinq personnes, dont Emmanuel Bourguignon (à gauche), le fils de Lydia et Claude.

Redonner de la vie

« La faute en revient aux pépiniéristes qui sont devenus de simples bouturistes », dénoncent les deux scientifiques.

Philippe Pacalet, viticulteur à Beaune, défend la même thèse : celle de revenir à une reproduction sexuée, sous peine de voir se développer de très nombreuses maladies sans remède efficace.

Rien n’est pourtant irrémédiable pour l’équipe des cinq personnes du LAMS (300.000 € de chiffre d’affaires), dont Emmanuel, le fils de Lydia et Claude.

Les solutions consistent à revenir à des pratiques culturales plus respectueuses, manuelles et sans produits de synthèse.

Les deux scientifiques prônent de réduire progressivement les intrants, de cesser de labourer et préconisent l’apport de carbone en surface, une couche de matériau protecteur qui freine l’érosion et nourrit la terre.

Anne-Laure Leflaive, viticultrice à la tête d’un domaine de 20 hectares (10 millions d’€ de chiffre d’affaires) à Puligny-Montrachet, l’a bien compris.

« J’ai redonné vie à mon vignoble et, je vous l’assure, sans perte de rendement ni de rentabilité », se félicite t-elle.

Retrouvez aussi cet article dans l’édition de ce jour des Echos et sur le site internet : http://www.lesechos.fr/

Crédit photos : LAMS et Traces Ecrites.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Irisdit :

    Ayant connu Claude Bourguignon et son LAMS à ses débuts (il a fait les analyses de sol dans notre petit vignoble du Sud, avant la plantation en 1990), je connais son constat qui était déjà le même à l'époque, de là son émerveillement devant nos terres vierges de toutes ces influences et pratiques néfastes. Mais comme montre votre exemple d'Anne-Laure Leflaive, il y en a, et surtout des prestigieux, en Bourgogne comme à Bordeaux, qui l'ont suivi, pour ne pas plus abîmer leur précieux patrimoine : ces sols, qui sont une partie importante du terroir. Surtout dans les vignobles en forte pente, comme sur l'illustration photo, la couverture du sol et des amendements en matière organique à diffusion lente sont indispensables, pour éviter la dégradation des sols et le lessivage par l'érosion, parfois malheureusement renforcée par des labours, même en traction animale. Que cela demande beaucoup de travail et un investissement en main-d’œuvre - ce qui n'est plus à la portée de tout le monde-, et un circuit de commercialisation à forte valeur ajoutée, ne facilite pas le changement, mais reste inévitable, si on veut vraiment sauvegarder ce patrimoine - et pas seulement par des classifications en "patrimoine mondial", mais dans la pratique de tous les jours....

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