Alors que leurs carnets de commandes sont pleins, les entreprises du BTP sont freinées dans leur développement par le manque de personnel. Pour y faire face, la fédération du Haut-Rhin cherche à valoriser son image auprès des jeunes et des femmes et elle multiplie les actions de promotion des métiers du bâtiment et des travaux publics.


En plus de la pénurie et de la flambée des prix des matériaux de construction, les entreprises haut-rhinoises du BTP sont confrontées à une pénurie de main-d’œuvre. « On estime à 1.500 le nombre de postes à pourvoir dans nos entreprises dans le département, à tous les niveaux : ouvriers, techniciens supérieurs, ingénieurs… », indique Etienne Barilley, président de la Fédération du bâtiment et des travaux publics du Haut-Rhin.

Cette estimation qui date d’il y a trois ans, est toujours d’actualité. D’autant que le département dont les effectifs dans le BTP représentent 8.500 personnes est en concurrence avec l’Allemagne et la Suisse, où les salaires proposés sont bien plus élevés. La situation s’est même aggravée.

« Depuis deux ans, les entreprises nous signalent que de nombreux collaborateurs se mettent en arrêt maladie. Même les métiers de second-œuvre comme les peintres ou les plâtriers se retrouvent face à un manque de personnel », précise Nicolas Schwartz, chargé de mission à la Fédération du BTP du Haut-Rhin.

Une situation tendue pour les entreprises, alors que leurs carnets de commandes sont pleins et qu’elles sont prêtes à embaucher des personnes non qualifiées pour les former en interne. « Face aux difficultés de recrutement, les entreprises ont un peu baissé les bras. Elles sont contraintes de refuser certains marchés », poursuit le chargé de mission.

 

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Une carreleuse star de TikTok à la rescousse

Il y a pourtant une bonne nouvelle : les CFA (centres de formation d'apprentis) dans le domaine du BTP affichent complet. Les aides exceptionnelles à l’apprentissage, mises en place par le gouvernement en 2020, ont fonctionné.

Mais cela ne suffit toujours pas à combler les déficits de main-d’œuvre. « Nos métiers souffrent d’une mauvaise image auprès des jeunes qui les considèrent comme des métiers durs et dévalorisants. Alors qu’ils ont beaucoup évolué depuis 20 ans. Les matériaux, les équipements de manutention ne sont plus les mêmes. On ne porte plus des charges lourdes aujourd’hui et le confort sur les chantiers s’est nettement amélioré », plaide Nicolas Schwartz.

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Nicolas Schwartz, chargé de mission à la Fédération du BTP du Haut-Rhin, orchestre les actions de promotion des métiers de la filière. © Julie Giorgi


La profession s’attèle donc à redorer son image en communiquant sur les réseaux sociaux et sur les radios locales. Au niveau national, la FFB (Fédération française du bâtiment) a lancé une campagne « Le bâtiment, des métiers qui vous construisent » avec des spots télé. La fédération nationale a également signé un partenariat avec Kelly Cruz, une carreleuse installée à Strasbourg, qui possède plus d’un million d’abonnés sur TikTok. Un moyen d’attirer un public jeune et plus féminin. « Nos métiers se féminisent, même si ce n'est pas encore flagrant », admet Nicolas Schwartz. Les entreprises doivent aussi s’adapter à ce public en proposant des sanitaires adaptés, des vestiaires séparés, etc.

 

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Miser sur la RSE pour attirer

Pour promouvoir les métiers du BTP, la fédération haut-rhinoise participe chaque année au Salon Formation Emploi à Colmar (sauf cette année, où la participation était faible en raison du Covid), ou encore aux « 68 heures chrono » lancées en 2021 par les agences Pôle Emploi du Haut-Rhin pour promouvoir les métiers qui offrent des opportunités sur le territoire.

Le partenariat avec Pôle Emploi se manifeste aussi par l’organisation de formations en préparation opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI). Il s’agit d’une formation à un métier du BTP pouvant aller jusqu’à 400 heures et donnant lieu à un poste en CDD ou en CDI. « Nous avions prévu des POEI sur quatre métiers cette année, mais faute de candidats, nous n’avons pu en lancer que deux », déplore le chargé de mission.

La fédération départementale participe aussi chaque année à l’événement national « Les coulisses du BTP ». Cette opération de portes ouvertes permet aux visiteurs, surtout un public scolaire, de découvrir pendant deux jours des chantiers et des ateliers en activité. Pour la première fois cette année, elle a également organisé un événement au Parc des Coteaux à Mulhouse, le 21 juin dernier afin de faire découvrir les métiers et les formations de sa filière.

Des animations permettaient de simuler la conduite d’engins de chantier, de conduire des mini-pelles, de brancher un coffret électrique, de s’initier à la maçonnerie, au placo, etc. 25 acteurs étaient présents et 250 visiteurs ont fait le déplacement. L’événement sera reconduit en 2023, toujours au Parc des Coteaux à Mulhouse.

La fédération incite aussi les entreprises à entrer dans une démarche RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). « En s’engageant sur le bien-être au travail, sur l’égalité hommes-femmes, sur le respect de l’environnement, et en le faisant savoir, les entreprises pourront plus facilement attirer des candidats », espère Nicolas Schwartz. L’objectif est de créer d’ici deux ans une marque employeur, sur la base de cette démarche RSE.

 

La marque Team BTP s'imprime dans les Vosges

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La marque a été lancée peu avant cet été. © Fédération du BTP des Vosges

Le département voisin des Vosges est confronté au même problème : 1.420 postes à pourvoir, sur un effectif total de 7.500 salariés dans le BTP. Sa fédération professionnelle s'est également emparé du sujet, à partir d'un sondage approfondi sur les attentes des jeunes qui a reçu environ 300 réponses. Elle a décidé de jouer la carte de la marque employeur collective, par la création avant l'été de « Team BTP 88 » (par référence au numéro de département des Vosges). Elle pourra être utilisée par les entreprises adhérentes de la fédération et s'accompagne de slogans conçus pour « parler » aux jeunes, comme : « Team BTP plus fort que la Team Strat » ou (grâce à l'apprentissage) : « à 16 ans, on ne gratte plus de thunes à ses parents ». 

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