Le torchon brûle entre François Rebsamen, maire de Dijon et président de la métropole, et Jean Battault, président de Dijon Congrexpo, l’association gestionnaire par délégation de service public (DSP) du parc des expositions et congrès depuis une trentaine d’années. Il est même incandescent. En cause : les conditions négociées au forceps de la dernière DSP que vient d’adopter le conseil municipal sans les voix de l’opposition qui s’est abstenue.

Pourquoi une situation devenue à ce point délétère entre un délégataire, l’association Dijon Congrexpo, exploitant un équipement municipal (le parc des expositions et congrès), et son délégant, à savoir la ville de Dijon qui est propriétaire des locaux ? Si un jour quelques chercheurs inspirés se penchent sur la question, ils concluront sans doute à deux lectures, économiques et comptables radicalement opposées. Pour bien comprendre ce qui a fait dire à Jean Battault, président de Dijon Congrexpo, lors d’une conférence de presse ce 1er février, qu’il y a : « une volonté de la mairie de nous éliminer », revenons quelque peu en arrière.
L’association (loi de 1901) Dijon Congrexpo (*), gestionnaire par délégation de service public (DSP) depuis une trentaine d’années du parc des expositions et congrès (**) s’est porté candidate à sa propre succession après une période assez longue de huit années d’exploitation. Elle était d’ailleurs la seule en lice et a été logiquement retenue. Les négociations pour finaliser un accord ont ensuite dérapé, même si elles ont abouti, provoquant l’ire et quelques saillies de Jean Battault à déguster plus loin.

 

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Elles concernent en premier lieu le coût des travaux financés par Dijon Congrexpo et leurs amortissements. L’association a fait, il y a quelques années, un emprunt pour financer en partie une nouvelle entrée liée à l’arrivée de la ligne de tramway qui bouleversait totalement les flux de circulation. Ce crédit n’est à ce jour pas totalement amorti. Il reste 1,436 million d’€ HT qui devait l’être encore sur dix ans. En toute logique, la ville propriétaire des lieux aurait dû rembourser cash cette somme à l’association en fin de DSP car, il est acté entre les parties que le délégataire n’assume que l’entretien, la maintenance et le gros entretien-renouvellement des ouvrages (100.000 €/an). Mais en aucun une construction neuve. Or la municipalité a imposé dans la nouvelle DSP, un droit d’entrée d’1,436 million qui provoque un jeu à somme nulle.

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Nadine Bazin, nouveau directeur général de Dijon Congrexpo, et Jean Battault, le président. © Traces Ecrites.

 « Cela pourrait, à l’extrême rigueur, être acceptable si on nous imposait pas d’amortir ce montant sur quatre ans, la durée de l’actuelle DSP, soit 359.000 € par an, alors que nous ne générons que 223.000 € de résultat net », s’offusque Jean Battault. « Ce n’est surtout ni légal ni sincère d’un point de vue comptable que le délégant mette ainsi en péril financier son délégataire, lui provoquant des pertes qu’il faudra ensuite combler à coup de subventions ou en le faisant puiser dans ses fonds propres de 7 millions d’€, soit des réserves qu’il faut à minima avoir comme matelas dans ce secteur de l’événementiel de plus en plus contraignant et risqué en raison des risques d’attentats et d’émeutes urbaines », argumente un proche du dossier, côté municipalité, qui préfère conserver l’anonymat.

 

Reconstruire un parc des expositions digne de ce nom

La seconde pierre d’achoppement, qui aurait pu être « bien pire », concerne une redevance forfaitaire annuelle de 300.000 €, contre 260.000 précédemment à la charge de Dijon Congrexpo. «  Nous réussissons l’exploit, dans des bâtiments à bout de souffle, aux accès difficiles, et avec un déficit de parking pour nos exposants, sans parler des visiteurs, à être le 6ième foire de France, alors que Dijon est la 17ième ville et la 25ième collectivité avec son agglomération, cherchez l’erreur », tacle Jean Battault. L’ancien dirigeant du liquoriste dijonnais Gabriel Boudier ne comprend pas pourquoi le premier magistrat de l’ancienne cité des ducs de Bourgogne marque de tels « buts contre son camp », sachant que la foire apporte à la vie locale pas moins de 6 millions d’€ de retombées économiques grâce aux 600 exposants (2.500 personnes) qui vivent une dizaine de jours sur place.

 

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L’homme aurait voulu faire bâtir un nouveau parc des expositions, sur un terrain disponible le long d’une ligne de tram (à l’est de la ville). « Nous aurions acheté le foncier, ce qui aurait fait notre apport en capital, et nous serions associés avec un gros de notre secteur aux reins solides, pour financer un équipement d’une cinquantaine de millions ce qui n’aurait rien coûté à la ville. » Selon Jean Battault, le nouveau refus de François Rebsamen qui  déclare (ndlr : en conseil municipal) que si la foire subit une légère baisse de fréquentation d’année en année, c’est parce que «  les gens ne veulent pas sentir le graillon ». « Cette réflexion est plus que désobligeante, elle est insultante pour les 160.000 visiteurs qui aiment à se retrouver à la foire et auraient été 185.000 lors de la dernière édition si elle avait eu une durée normale [un jour de moins qu'en 2017, ndlr ]. »

La réponse du berger

Concernant les congrès, activité elle aussi devenue rentable, alors que presque partout ailleurs elle est « structurellement déficitaire » selon Jean Battault, l’impossibilité d’utiliser l’auditorium, du « fait de ses dirigeants », contrairement à ce qui était imaginé au départ, pénalise fortement Dijon. « Nous avons ainsi perdu une dizaine de congrès nationaux et internationaux de 1.600 personnes, soit entre 4 et 5 millions d’€ de chiffre d’affaires, sans compter les retombées pour la ville, sachant qu’un congressiste dépense en moyenne 160 € par jour. » Mais il y a plus grave à ses yeux. Comment prospecter des manifestations qui se discutent en général trois au quatre années à l’avance avec une DSP de seulement quatre exercices ?

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Un exposant italien lors de l'édition 2018 de la foire qui accueille toujours un hôte étranger. © Traces Ecrites

Au sommet de sa forme, Jean Battault règle aussi ses comptes sur la question de son âge, puisque François Rebsamen a évoqué, toujours en conseil municipal (du 28 janvier dernier), « l’âge du capitaine ». « Je suis né la même année, le même mois, la même semaine que le maire - 67 ans - (...), je pense que s’il est capable de gérer notre ville, je dois pouvoir gérer cette association. » En soulignant, visiblement agacé, « qu’ils y a ceux qui créent de la ressource et d’autres qui lèvent l’impôt. » Nous aurions aimé faire réagir François Rebsamen, directement ou par l’intermédiaire de son cabinet pour qu'il réponde à ces critiques. Son service presse nous a indiqué qu’il n’y aurait pas de réactions autres que celles formulées en conférence de presse ou lors du conseil municipal du 28 janvier qui a vu l’adoption de la DSP, sans les voix de l’opposition qui s’est abstenue.
Le maire de Dijon y indique une « divergence d’analyse sur la vision stratégique de l’équipement. » « C’est une chance pour nous d’avoir un parc des expositions en centre-ville et pour le palais des congrès, cela ferait de la peine à mon prédécesseur de voir l’une des plus belles salles d’Europe pour sa qualité acoustique [ ndlr : il parle de l’auditorium ] utilisée à écouter des orateurs. » Enfin, sur la reprise de la valeur nette comptable des biens non amortis (1,436 million) : « il était normal de la faire reprendre par Dijon Congrexpo qui en a largement les moyens », déclare le maire de Dijon.

(*) L’Association du parc des expositions et congrès de Dijon, née en 1949 pour relancer la Foire de Dijon après-guerre, est aujourd’hui plus connue sous le nom commercial de Dijon Congrexpo. Elle emploie 29 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 7 millions d’€, dont 2,8 millions pour la foire, 6ième de France avec160.000 visiteurs.

(**) 31.000 m2, un amphithéâtre de 610 places entièrement équipé et pas moins de 20 salles modulables de 20 à 600 places. 

Qui est Nadine Bazin ?

nadinebazinPas facile en ces circonstances pour Nadine Bazin d’accéder au poste de directeur général - elle tient au masculin - et de succéder à Yves Bruneau, pendant 18 années à la manœuvre et qui a fait valoir ses droits à la retraite. Embauché en 2010 comme directeur financier, elle devient secrétaire général un an plus tard. Âgée de 56 ans, elle est titulaire d’une maîtrise en finances obtenue à l’IAE de Lyon. Nadine Bazin a ensuite été vingt ans directeur financier des Opticiens Visual à Dijon. Élue, elle est adjointe au maire de Varois-et-Chaignot.

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