Les fauteuils de luxe fabriqués à Liffol-le-Grand (Vosges) par la manufacture de sièges Henryot & Cie équipent de prestigieux hôtels et palaces à travers le monde. Après avoir réussi le passage de la production en grande série à l’ébénisterie d’art, la PME de 50 salariés doit maintenant négocier le renouvellement de ses compétences.


ARTICLE DÉJÀ PUBIÉ LE 20 MARS 2020

Laura exerce ses talents de tapissière d’ameublement au sein de la manufacture Henryot & Cie à Liffol-le-Grand, dans la plaine ouest des Vosges. Elle explique avoir quitté Montélimar, aux portes nord de la Provence « par passion », pour rejoindre la prestigieuse maison lorraine.
Les 50 salariés de cette PME perpétuent un savoir-faire artisanal, héritage de plus d’un siècle-et-demi d’histoire et désormais orienté vers la fabrication de sièges de luxe. Il y a trois ans, leur maîtrise tout comme celle de leurs confrères sur le territoire vosgien, a été saluée par l'indication géographique « Siège de Liffol ». [ Lire aussi l’article Le Vosgien Néo Sièges s'adosse à la nouvelle identification géographique protégée ]
Les réalisations d’Henryot demeurent de facture plutôt « traditionnelle », allant du mobilier Louis XIII à l'Art déco, tout en comptant quelques pépites contemporaines. Parmi ces dernières, le fauteuil « Cerf » dont la blanche fourrure de l’assise répond à l’aspect brut et sauvage des bois laqués noirs du dossier.

 

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L’entreprise qui a totalisé jusqu’à 450 personnes dans les années 1970, peut se targuer d’avoir réussi son passage de la grande série à l'édition haut de gamme. Son chiffre d’affaires de 4,2 millions d’€ en 2019 a progressé de 47% en deux ans. Mais la manufacture pilotée par Dominique Roitel, représentant la 5e génération de dirigeants, doit relever un nouveau défi…
La problématique ne vient pas tant de sa matière première, le hêtre blanc, une essence abondante dans les forêts environnantes. Le principal écueil réside dans le renouvellement d’une main d’œuvre hautement qualifiée, « une difficulté préoccupante pour l’avenir de la manufacture », concède Thomas Gayraud, responsable marketing d’Henryot & Cie. Les artisans y sont de véritables artistes à l’image d’Arnaud, tourneur sur bois qui travaille avec ses outils personnels.



Apprentis des métiers de l’ameublement

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La toupie permet de creuser les profils des sections de bois. © Philippe Bohlinger

Le terme de « perfection » n’est pas un vain mot pour une manufacture qui conçoit les assises d’hôtels, de palaces (Ritz, Crillon, etc.) ou encore d’institutions (Elysée, Opéra Garnier, etc.). Le processus de fabrication démarre dans le bureau d’études par d’intenses discussions avec les décorateurs, architectes d’intérieur ou designers comme Jean-Michel Wilmotte, Jacques Garcia, Jean-Philippe Nuel, etc.
À partir des plans 3D, un prototype est réalisé. Sa validation engage la fabrication dans les ateliers qui associent machines à commande numérique et savoir-faire manuels. La maison lorraine ne compte plus qu’un seul menuisier de style. Or, le coup d’œil de ce professionnel est essentiel à l’assemblage final des montants d’un siège et à leur ajustement parfait. Son plan de recrutement compte deux menuisiers de style, un tapissier d’ameublement, un vernisseur et un doreur.


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L’entreprise parie sur l’apprentissage, desservi à Liffol-le-Grand, par un centre de formation des apprentis aux métiers de l’ameublement, de l’agencement et de la décoration, l’AFPIA Est-nord. « Ces dernières années Henryot a eu tendance à recruter directement en CDI, sans prendre le temps de former des apprentis, car la plupart ne s’attardent pas ensuite dans la région. Le territoire manque d’attractivité pour retenir ces jeunes. Sans compter que certains profils, comme les tapissiers d’ameublement, ont l’opportunité d’être embauchés directement par Hermès ! », poursuit Thomas Gayraud.
Reste à ceux qui demeurent au pays, la satisfaction de valoriser ses compétences dans la réalisation de modèles éblouissants, commercialisés de 1.000 € pour les plus accessibles et jusqu’à 300.000 € pour un canapé unique destiné à un client asiatique.

La marque Louis Roitel pour développer la commercialisation en ligne 

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© Henryot et Cie
Outre la manufacture de Liffol-le-Grand (société Style et confort),  le groupe Henryot compte trois autres entreprises. Dominique Roitel a repris l’ébénisterie d’art Dissidi à Paris et lancé Monaco Homme Collection, afin d’être présent sur « le rocher ».
En 2018, il a lancé la marque « Louis Roitel » du nom de son père (société Collection Louise). Cette dernière activité a été créée dans l’esprit « start-up » afin de développer la commercialisation en ligne auprès des particuliers.
Un configurateur 3D permet personnaliser dix-neuf modèles. Parmi ces fauteuils, chaises et autres chauffeuses, des assises traditionnelles Louis XV ou Louis XVI, mais aussi le fauteuil Cerf ou encore la chaise Ballerine dont les pieds évoquent les fameuses pointes des danseuses.

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