PHARMACIE. Né au Guatemala et possédant la double nationalité par son mariage avec une Française, Mario Giron exploite depuis trois ans le laboratoire Pharma Développement à Corbigny, dans la Nièvre.

Il y fabrique notamment des médicaments génériques pour le compte de son laboratoire guatémaltèque qu’il peut ensuite, question d’homologation, exporter dans le monde entier.

Bardé de diplômes et très ouvert d’esprit, ce dirigeant de 56 ans peine à s’intégrer en terre nivernaise où il est toujours ressenti comme «l’étranger».

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Mario Giron sait mieux que personne quelle compagnie aérienne choisir et quel itinéraire retenir pour relier dans les meilleures conditions les autres Amériques, et notamment le Guatemala, petit pays d’Amérique Centrale de 13 millions d’habitants et 109 000 km2, qui l’a vu naître il y a 56 ans.

Il passe en effet un tiers de son temps sur sa terre d’origine où il a fondé en 2000, à Guatemala City, la société pharmaceutique Global Farma (12 millions d’€ de chiffre d’affaires, 162 salariés). Les deux tiers restants, il est Nivernais ou plus exactement Corbigeois depuis qu’il a racheté en décembre 2009 le laboratoire Pharma Développement.

Petit, trapu, la barbe et la chevelure poivre et sel, cet homme franchement sympathique explique avec un accent hispanique la raison de cette double vie. «De la France, je peux exporter mes médicaments génériques partout dans le monde, car le Guatemala ne possède pas les agréments pour vendre en dehors de l’Amérique Centrale».

Oui, mais pourquoi s’implanter dans l’Hexagone ? «Ma femme est française et souhaitait revenir dans sa patrie, aussi avons nous cherché une opportunité sur place et, finalement, trouvé ce laboratoire à Corbigny», raconte Mario Giron.

Après trois ans et quelques difficultés à surmonter, l’entreprise se développe. Le chiffre d’affaires atteint les 5 millions d’€ et l’effectif de 17 personnes à la reprise a presque doublé.

À partir de la France, le laboratoire produit à façon pour une clientèle nationale, mais fabrique également 14 médicaments, liquides et pâteux (*), estampillés Global Farma.

«Nous abordons avec succès des marchés en Afrique noire ainsi qu’en Tunisie et sommes en cours de certification en Irak, au Vietnam, au Kowiet et au Cambodge», indique le dirigeant qui ouvrira l’an prochain en Amérique du Sud une représentation commerciale au Venezuela.

Un accueil mitigé

S’il commence à s’intégrer en participant timidement à la vie locale, Mario Giron regrette la méfiance des gens du cru pour tout ce qui est étranger. «La majorité pensait que j’allais juste empocher les homologations pour ensuite fermer le site», confesse t-il.

Au lieu de cela, il investit plus d’un million d’€, recrute, étoffe ses surfaces de production. Actuellement, il consacre 280 000 € à un nouvel atelier dédié aux médicaments liquides et, l’an prochain, une enveloppe de 250 000 € lui permettra d’acheter une ligne pour les pâteux.

«J’ai invité par trois fois le maire de la commune à venir nous visiter, en vain», regrette l’industriel. Seul Christian Paul, le député du cru, a tenu à la rencontrer. Selon lui, le «pays des droits de l’homme» manque dans certaines contrées d’un peu d’ouverture d’esprit.

«Vous vivez sur un passé prestigieux sans avoir adapté votre économie et en attendant bien souvent que cela arrive tout cuit», note ce patron au CV impressionnant.

À la fin de ses études d’ingénieur chimiste, Mario Giron se voit accorder une bourse d’études par le groupe Elf pour se spécialiser en France. Point de chute : Marseille et l'Institut de Pétroléochimie et de Synthèse Organique Industrielle (IPSOI). C’est là qu’il rencontre son épouse françoise, ingénieure chimiste également (**).

Il passe ensuite avec succès une thèse de doctorat en génie des procédés à Nancy, puis rentre au Guatemala et trouve son premier poste chez DuPont de Nemours, où il reste cinq ans au service recherche et au développement.

Le groupe Roussel-Uclaf le recrute ensuite pour s’occuper de toute la logistique de ses activités en Amérique Centrale et dans les Caraïbes. Il le quitte après une décennie suite à la fusion, en 1997, avec l’Allemand Hoechst.

Suite à des pratiques tarifaires qui le révulsent, cet humaniste dans l’âme claque la porte pour voler de ses propres ailes et à vivre dorénavant des deux côtés de l’Atlantique.

(*) Deux des quatre formes galéniques avec les injectables et les formes sèches.

(**) Devenue depuis enseignante en... physique chimie.

Crédit photo: Traces Ecrites

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Nathalie Reyredit :

    Bienvenue à Corbigny, Mario ! Les Nivernais sont lents à apprivoiser mais quand ils vous ouvrent leurs portes, c'est pour la vie !

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