Dans les Vosges, Moustache Bikes n’avait pas besoin de la crise sanitaire pour asseoir sa croissance sur le segment du vélo à assistance électrique. Mais le virus a encore fait décoller la demande auprès de cette PME de 140 salariés, leader en France sur son marché. Depuis 2012, année de sa création, les chiffres de production explosent. Eclairage à l'occasion d'E-day, la journée de mobilité électrique ce 15 octobre en Bourgogne-Franche-Comté et en perspective de celle du Grand Est, le 5 novembre.


La crise sanitaire a suscité un engouement tel pour le vélo à assistance électrique que même le leader du secteur en France, Moustache Bikes, n’en revient pas. Si la tendance se poursuit, la PME qui emploie 140 salariés à Capavenir Vosges (Vosges) sera bientôt à l’étroit dans ses 10.000 m² d’ateliers rachetés il y a deux ans et demi à l’usineur franc-comtois Streit Groupe. Elle anticipe 90 millions d’€ de chiffre d’affaires cette année.

« Dès le confinement, nous étions convaincus que le vélo jouerait un rôle majeur dans la nouvelle ère qui s’ouvrirait. Nous étions toutefois loin d’imaginer que la vague serait plus proche d’une déferlante ! », éclaire Grégory Sand, cofondateur de l’entreprise avec Emmanuel Antonot. Moustache Bikes a anticipé du mieux qu’elle a pu, ne stoppant la production que quinze jours pendant le confinement, et en maintenant ses approvisionnements en composants.


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Nouvelle-Zélande, Amérique du nord, Benelux, la demande est mondiale et colossale pour le fabricant qui exporte 40% de ses deux-roues.
Le pilotage d’une telle croissance n’effraie toutefois pas les deux dirigeants qui invoquent un « bon sens paysan » hérité de leurs racines vosgiennes. Cet attachement à la tradition se retrouve dans le design de leurs guidons, une réinterprétation contemporaine du guidon moustache en V qui donne son nom à la société.
« Notre métier, c’est de ne pas prendre trop de risques. Nous avons connu 70% de croissance par an sur nos 7 premières années d’existence », tempère Emmanuel Antonot.

La tendance de fond s’ancre depuis plusieurs années et les dirigeants ont depuis su s’entourer. La société est bien épaulée par son actionnaire à hauteur de 60%, la société de capital investissement LBO France, le reste des parts étant détenues par les deux dirigeants fondateurs.
Elle ne dévie pas de sa trajectoire d’un iota : des produits premium de 2.000 € à 7.600 € l’unité couvrant tous les usages (urbain, tous chemins, route, VTT), un assemblage en grande partie manuel, enfin une conception et un design soignés réalisés par une dizaine de salariés en recherche et développement. Si on ne devait citer qu’une illustration de cette attention, ce serait les batteries ingénieusement intégrées au cadre, afin de ne pas dénaturer l’esthétique générale.


Concurrencer le scooter et la voiture

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Moustache Bikes demeure fidèle à son ADN, un montage en grande partie manuel qui a d’ailleurs facilité la mise en place des mesures barrières.


La mise en service d’un nouvel atelier de production au printemps dernier devrait permettre à Moustache Bikes d’assembler 65.000 exemplaires l’année prochaine, soit une progression de 50%. Une trentaine de salariés devraient être recrutés en parallèle. Le nouvel îlot intègre une première ligne d’assemblage de roues, en attendant la seconde en 2021. Un investissement de 400.000 € synonyme de gain en termes de gestion de la production et de contrôle qualité.


Le site dispose de capacités d’extension. Cela tombe bien, les dirigeants ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin et chassent sur les terres du scooter voire de la voiture. « Le Bénélux demeure la zone la plus avancée, avec 50% des ventes en volume et 70% en valeur captée par le vélo électrique depuis plusieurs années. Peut-on considérer que le seuil de maturité y est atteint ? Je ne le pense pas, car on raisonne uniquement au niveau du marché du cycle », note Grégory Sand. L’entreprise imagine également des développements sur le segment « utilitaire » notamment avec des vélos-cargo (triporteur et biporteur).

 

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Commercialement parlant, l’industriel ne surfe pas sur la vogue du « made in France ». Ses cadres, certes conçus dans les Vosges, sont fabriqués à Taïwan, ses composants (dérailleurs, freins, etc.) sont livrés par le numéro un mondial, le japonais Shimano.
Sur la partie motorisation (moteur électrique et batterie), comme dans toutes les bonnes success-story, le fournisseur allemand Bosch avait décliné la première commande de Moustache Bikes avant d’être convaincu par le modèle urbain iconique de la marque, le Lundi 26, devenu Lundi 27. « Nous sommes aujourd’hui le plus gros acheteur français de Bosch pour les motorisations électriques », s’amuse Emmanuel Antonot.

Qui sont Grégory Sand et Emmanuel Antonot ?

Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire de leur comptable commun. Grégory Sand, 40 ans, ex manager export pour une société d’aménagement de bureaux, guettait une opportunité de reprise d’entreprise. Emmanuel Antonot, 47 ans, ancien responsable développement produits chez Cycles Lapierre à Dijon murissait un projet de vélo à assistance électrique.
« Nos compétences étaient complémentaires et le contact sur le plan humain est bien passé », résume Emmanuel Antonot. Les deux associés ont démarré en 2012 après avoir tiré sur tous les bouts de ficelles pour rassembler 500.000 €. Ils ont assemblé 1.200 vélos la première année, un chiffre qui a atteint 42.000 unités cette saison.

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Emmanuel Antonot (à gauche) et Grégory Sand, co-fondateurs de Moustache Bikes.

 Photos fournies par l'entreprise.

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