Dernière coopérative laitière indépendante de l’Est de la France, Alsace Lait fête ses 40 ans cette année. Les croissances externes et partenariats l’ont fait grandir de manière spectaculaire. Mais aujourd’hui, face à un marché mature et à une consommation de produits laitiers en baisse, l’heure est aux choix. Ceux de ses sociétaires, qui sont à la fois producteurs et administrateurs de l’entreprise, ne correspondent pas toujours aux tendances du marché.

Sur un marché dominé par de grands groupes de dimension mondiale, la coopérative Alsace Lait est un petit acteur mais il figure dans le top 20 de l’industrie laitière en France et le site de Hoerdt, près de Strasbourg, est en 4ème place en France sur le segment des fromages frais. Au gré des diversifications et acquisitions, ces quinze dernières années, l’entreprise qui fête son 40ème anniversaire cette année, a grandi de façon spectaculaire.
De 65 millions d’€, le chiffre d’affaires est passé à 105 millions aujourd’hui, et les effectifs atteignent 250 salariés. Le site bas-rhinois est approvisionné quotidiennement par 230 producteurs, tous basés dans le Bas-Rhin, dans un rayon de 60 km autour de l’usine. En 15 ans, leur nombre a diminué, mais la taille des exploitations grandissant, le volume de litres récolté a augmenté de 122 millions de litres à 143 millions aujourd’hui. Cependant, le marché n’a pas connu la même tendance et c’est là que réside l’équation que doit résoudre l’entreprise pour poursuivre sa croissance.

 

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« En Europe de l’Ouest, le marché des produits laitiers est mature, en France nous faisons face à un recul de la consommation et en Russie, les autorités sont fermées à l’importation de tout produit agroalimentaire », observe Frédéric Madon, le directeur général d’Alsace Lait.
Le groupe réalise 16% de son chiffre d’affaires à l’export, principalement au Bénélux et dans la péninsule ibérique. Difficile cependant de trouver des marges de progression sur ces marchés. Car avec des produits extra frais, dont les dates limites de consommation n’excèdent pas 35 jours, le grand export est exclu. À moins qu’elle n’élargisse à nouveau son panel de produits ou qu’elle duplique le modèle de partenariat conclu au Canada avec une entreprise locale, la Laiterie Chalifoux (voir encadré).
La coopérative laitière étudiera toutefois les opportunités qui se présenteront. « Nous devons avancer et nous développer, mais cela implique de trouver les marchés qui correspondent à notre offre », précise Frédéric Madon.

Le passage au bio, pas dans l’immédiat

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Un poste de conditionnement de fromages blancs. © Julie Giorgi.

Le modèle économique de la coopérative doit trouver son équilibre entre les producteurs de lait qui poussent à produire toujours plus et l’offre de produits qui doit répondre aux attentes des consommateurs. « Les coopérateurs d’Alsace Lait ont deux casquettes : ils sont à la fois producteurs et administrateurs de l’entreprise. Ces deux rôles ne sont pas toujours compatibles car ils suivent parfois des intérêts divergents », avoue le directeur général. Ainsi, les coopérateurs ont fait le choix de produire exclusivement du lait de vache conventionnel, non biologique, alors que les consommateurs ont tendance à plébisciter les produits bio. 

Les autres marques du groupe, Savoie Yaourt (suite au rachat il y a dix ans de la coopérative savoyarde) et Maison Riviera  (produite par son partenaire canadien) ont une gamme bio, une gamme au lait de chèvre et la marque canadienne propose des yaourts à base de lait végétal. Alsace Lait ne s’interdit pas une évolution vers le bio, mais pour l’instant, les producteurs et le site de transformation de Hoerdt ne sont pas prêts. 

En attendant, à l’occasion de ses 40 ans, la coopérative laitière transforme le mode de fabrication de l’un de ses produits phares, le Bibeleskaes sur lit de fruit, dans le sens attendu des consommateurs, en supprimant les additifs et en remplaçant les colorants par du jus de carotte. Ce produit revisité sera disponible à partir de juillet prochain. Et à partir de septembre, la marque lance une nouvelle gamme de desserts sur lit de chocolat baptisés « Les Exquis ».


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40 ans, du Bas-Rhin au Canada en passant par la Savoie

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Les installations de pasteurisation du lait à Hoerdt, prèsde Strasbourg. © Julie Giorgi.
La coopérative Alsace Lait est née en 1979 du rapprochement de la Laiterie Centrale de Strasbourg, une entreprise privée créée en 1915, avec quatre coopératives de la région. L’usine de Hoerdt, près de Strasbourg produit chaque année 55.000 tonnes de fromage frais sur un total de 90.000 tonnes de produits.
La marque Alsace Lait est connue pour ses produits spécifiques comme le fromage blanc Bibeleskaes et sa crème fraîche fluide « Label Rouge », la seule de France à détenir ce label. 

Le groupe possède également une usine à Aix-les-Bains, en Savoie, suite au rachat en 2009 de Savoie Yaourt. Ce site fabrique tous les yaourts brassés et étuvés de la coopérative, soit 7.500 tonnes par an.

A travers ses deux marques propres et les marques de distributeur, le groupe est présent en GMS dans le Grand Est et en région Rhône-Alpes. Ainsi que dans les réseaux de distributeurs destinés aux professionnels de la restauration.

La coopérative alsacienne possède également une usine à Sorel-Tracy entre Québec et Montréal suite à la joint-venture signée en 2015 avec la Laiterie Chalifoux, propriétaire de la marque « Maison Riviera ».

 madonQui est Frédéric Madon ?

 

Après des études comptables et financières, Frédéric Madon a fait toute sa carrière au sein d’Alsace Lait. Il est entré dans la coopérative en 1992 en tant que contrôleur de gestion, puis il devient directeur administratif et financier en 1995, puis directeur général adjoint en 1996 et enfin directeur général en 2003.
Photo © Julie Giorgi.

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