NUCLÉAIRE. Pendant la campagne des présidentielles, les travaux continuent. C’est le message qu’a fait passer en filigrane la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) cette semaine en présentant ses investissements pour améliorer sa sûreté.

Comme si de rien n’était. Alors que nombre de candidats, François Hollande en premier lieu, battent les planches pour promettre la fermeture de la plus ancienne des centrales françaises en activité (elle a été mise en service en 1977) et que, au contraire, Nicolas Sarkozy est venu sur place s’engager à son maintien.

De son côté, EDF procède aux travaux imposés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour permettre la poursuite de l’exploitation.

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Recevant la presse mardi 10 avril, le directeur de la centrale Thierry Rosso s’est évertué à rester dans une posture du technicien, se bornant tout juste à relever que le démantèlement d’une centrale occupe «dix à quinze fois» moins de main d’œuvre que son fonctionnement normal.

Dans le cas de Fessenheim, les effectifs passeraient ainsi de 1 000 salariés à une petite centaine, sachant que François Hollande a promis de trouver des solutions de reconversion débouchant sur un bilan social neutre.

«Le seul calendrier qui nous lie, c’est celui de l’ASN», a déclaré Thierry Rosso, assurant qu’il n’y avait «pas de plan B» en préparation dans les coulisses de Fessenheim pour programmer sa fermeture.

Les échéances sont donc les suivantes : fin 2012, puis mi-2013 pour la réalisation des travaux d’amélioration imposés pour la poursuite de l’exploitation pour dix ans du réacteur 1, objet d’un avis favorable de l’ASN en juillet dernier ; début 2013 pour le rendu de l’avis de la même autorité concernant la poursuite d’exploitation de l’autre réacteur ; 2016 comme terme du plan stratégique de développement interne.

Et si on va plus loin et que l’on se met dans la posture de Thierry Rosso, 2037 pour les 60 ans de la centrale : EDF a désormais pour elle cet objectif de durée de vie.

Areva Chalon-sur-Saône construit trois générateurs de vapeurs

L’entreprise publique ne lésine en tout cas pas sur les investissements qui se cumulent à 400 millions d’€ depuis 2009. Un budget de 380 millions d’€ a concerné la visite décennale de chacun des deux réacteurs.

Celle du second s’est achevée début mars dernier. Elle a principalement consisté à remplacer les trois générateurs de vapeurs pour 150 millions d’€. Les nouveaux ont été construits par l’usine AREVA de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).

Une vingtaine de millions d’€ supplémentaires est actuellement engagée dans le réacteur 1 pour respecter les 40 prescriptions techniques fixées par l’ASN dans son avis de poursuite d’exploitation, dont 13 impliquent des travaux. "Les chiffres n’ont rien d’anormaux pour une centrale nucléaire", relève Thierry Rosso.

Deux opérations dominent la liste : une installation de pompage dans la nappe pour créer un appoint supplémentaire en eau qui pallierait une perte de source de refroidissement ; le renforcement du radier, la dalle de béton qui supporte l’enceinte de confinement du bâtiment réacteur.

Pour la première, le permis a été signé et les travaux seront achevés pour l’échéance de fin 2012 exigée par l’ASN. Pour la seconde qui mobilise 15 millions d’€, le calendrier de mi-2013 sera également respecté.

«Nous procédons actuellement aux tests sur maquette à échelle 1 et désignerons dans les prochaines semaines l’entreprise qui réalisera le chantier durant le premier semestre 2013», annonce le directeur.

Le principe consiste à simultanément épaissir et étaler la surface de récupération du corium, la matière qui se forme en cas de fusion du cœur d’un réacteur.

C’est cette exigence nouvelle de confinement du corium qui viendrait s’écouler au fond du bâtiment réacteur «en cas d’accident très grave et très hypothétique entraînant la percée de la cuve» - dixit EDF - qui motive le renforcement du radier.

«Nous nous alignons sur les standards de sûreté les plus récents, ceux des EPR», souligne Thierry Rosso. L’ASN demandera probablement la même chose pour le réacteur 2.

L’épaisseur même du radier ne sera pas modifiée. Fessenheim a la plus mince du parc français (1,5 mètre quand d’autres atteignent 2,5 mètres ou plus), mais cette dimension suffit à remplir la fonction traditionnelle d’un radier : pouvoir supporter le poids du bâtiment réacteur en fonction du comportement des sols.

"Or, Fessenheim n’a pas les réacteurs les plus gros (900 mégawatts) et son sol gravulo-sablonneux est particulièrement stable, sa composition joue un rôle d’amortisseur", explique Thierry Rosso.

Crédit Photo: EDF pour Fessenheim et Elodie Ferrare pour AREVA

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