Les chiffres communiqués ce 20 avril par la préfecture de Région montrent que l’industrie du Grand Est est particulièrement impactée par la pandémie. Près de la moitié des salariés se retrouve en chômage partiel et les capacités de production de l’industrie sont presque divisées par deux. Selon la Banque de France, les chefs d’entreprises interrogés début avril anticipent une baisse d’activité supplémentaire de 30%.


L’épidémie de Covid-19 sera-t-elle synonyme de « double peine » pour le Grand Est, une des régions les plus touchées par le virus avec la région parisienne et les Hauts-de-France ? En recul sur le plan démographique, les territoires qui la composent (Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine) avaient déjà payé un tribut plus élevé à la crise de 2008, par rapport à la moyenne nationale. Au total, 34.900 postes avaient été perdus dans les activités industrielles (-10 %). D’où la forte mobilisation des pouvoirs publics en vue de contrecarrer la crise sanitaire et ses répercussions sur les 2,1 millions d’emplois régionaux.
La combativité affichée par le Conseil régional du Grand Est, en première ligne, se lit dans la dénomination de ses dispositifs. Une « task-force » pilotée avec la préfecture accompagne les entreprises, un fonds régional « Résistance » de 44 millions d’€ soutient la trésorerie des petites entreprises et associations, enfin une société d’économie mixte locale « Dynamise » anticipe le déconfinement avec l’acquisition de tests sanguins Covid-19.

 

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Les données économiques livrées le 20 avril dans une communication de la préfecture du Grand Est, donnent un aperçu de la situation économique de la région. Au 16 avril, les demandes de chômage partiel déposées par les entreprises concernaient 681.000 personnes. « L’État prend ainsi à sa charge la rémunération par les entreprises de près de la moitié des salariés du secteur privé dans le Grand Est », résume la préfecture.
Les chiffres de la Banque de France datés de début avril montrent que l’impact du Covid-19 sur l’activité est quasi similaire à l’ensemble du territoire : La perte économique serait de 33-34% par semaine de confinement dans le Grand Est, pour une moyenne nationale de 32%.

 

Fort impact sur l'industrie qui représente un quart des emplois du privé

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Les entreprises du Grand Est ont demandé la mise en chômage partiel de 681.000 salariés, avec une forte proportion dans  l'industrie. © Philippe Bohlinger

Toutefois, l’impact sur l’industrie y demeure supérieur. Rappelons que le secteur représente près d’un quart des emplois du secteur privé du Grand Est.  Ainsi, les mesures de confinement ont fait chuter le taux d’utilisation des capacités de production de 74 à 46%, contre une baisse de 78 à 56% au niveau national.
Dans le bâtiment, 78% des établissements sont fermés, contre 74% au niveau national. « Les chefs d’entreprises interrogés au début du mois anticipent une baisse d’activité supplémentaire de 30% en avril », pointe Jean-Christophe Ehrhardt, directeur régional de la Banque de France. Parallèlement, la trésorerie des entreprises s’est dégradée avec les déclarations d’échéances impayées à fin mars multipliées par 3 par rapport à un mois habituel. « Nous espérons cependant une normalisation avec la mise en route du Prêt garanti par l’Etat (PGE) », tempère Jean-Christophe Ehrhardt.

 

Le fonds « Résistance » dans le Grand Est

La Région Grand Est a initié le fonds « Résistance » doté de 44 millions d’€ et destiné à soulager la trésorerie des petites entreprises, entrepreneurs, micro entrepreneurs et associations, impactés par la crise, en complément des autres dispositifs existants. Il est abondé à parité par les départements, la Banque des Territoires et les intercommunalités. Le fonds octroie des aides de 5.000 à 10.000 € aux entreprises qui comptent jusqu’à 10 salariés et jusqu’à 30.000€ pour les associations et les acteurs du secteur non-marchand jusqu’à 20 salariés.


Ce PGE constitue le bras armé de l’Etat, afin d’amortir les effets de la crise sur la trésorerie des entreprises. Assez logiquement, celui-ci est davantage sollicité dans le Grand Est comparativement au poids économique de la région, pointe Bernard Nicaise, le directeur de Bpifrance pour le Grand Est. Ainsi, 2,3 milliards d’€ de pré-accords ont été notifiés sur une enveloppe nationale de 29 milliards d’€. Bruno Deletré, président du comité Grand Est de la Fédération bancaire française, insiste sur la rapide mise en place du dispositif : « L’annonce du PGE le 17 mars, le premier PGE a été décaissé le 20 mars dans le Grand Est.»
Les chiffres des reports de charges donneraient presque le vertige. Dans le Grand Est, 252 millions d’€ de contributions sur les salaires n'ont pas été versées à l’Urssaf. Les  reports d’échéances des impôts des entreprises s’élèvent à 110,6 millions d’€. Le remboursement accéléré de l’impôt sur les sociétés atteint 43 millions d’€, celui sur la taxe sur les salaires 1,8 millions d’€.


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Josiane Chevalier, la préfète de région, a tenu à rappeler, les dispositifs accessibles aux entreprises, « un cadre économique évolutif comprenant des mesures spécifiques de l’Etat, d’autres en partenariat avec les collectivités ». Le Fonds national de solidarité illustre cette évolution constante. Cette aide mensuelle plafonnée à 1.500 € et destinée aux petites entreprises a été ouverte dernièrement aux groupements d’agriculteurs, ainsi qu’aux entreprises en procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire. Depuis sa mise en route, 34.381 entreprises en ont bénéficié dans le Grand Est pour un total de 445 millions d’€.

Deux numéros de téléphone et une plateforme en ligne

Un dispositif d’information et d’orientation été ouvert dès le 10 mars dernier dans le Grand Est afin de répondre aux sollicitations des entreprises. L’Etat, la Région, les chambres de commerce et d’industrie, et les chambres de métiers et de l’artisanat renseignent et accompagnent les sociétés dans leurs démarches par téléphone au 09 71 00 96 90 (chambre de commerce et d’industrie) et au 09 86 87 93 70 (chambre des métiers et de l’artisanat). Une plateforme unique a également été mise en place. www.demarchessimplifiees.fr

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