L’une des cinq imprimeries du groupe informel Inessens fait bouger les lignes d’un métier séculaire, apparu à la fin du XVIIIe siècle. La technologie d’impression multisupport, alliée à une créativité sans bornes, font de ses étiquettes un vrai travail d’orfèvre. Pour peu que le client final, vignerons, négociants, liquoristes…, lui laisse la bride sur le cou. Ce qui n’est pas toujours évident dans des régions, comme la Bourgogne, ancrée dans une longue tradition vineuse.

Tout rendez-vous avec Éric Groshens se mérite, car le président d’Inessens, groupe informel de cinq imprimeries spécialisées dans les étiquettes de spiritueux, dont Roy, implantée sur la zone d'activité du Pré Fleuri à Chassagne-Montrachet (Côte-d'Or), ne s’appartient jamais. Mais lorsque que cet autodidacte de 52 ans, Alsacien d’origine, se pose devant vous, il n’a de cesse, en prenant son temps, de faire partager un métier. Mieux, une passion qui l’habite.

 BPBFC

 

Pour le commun des mortels, une étiquette apposée sur une bouteille n’est souvent qu’un bout de papier informatif sur l’origine du vin (*). Chez Éric Groshens, elle devient une signature, un sceau, voire une marque symbolique qui doit exprimer le produit et donner envie, par son esthétique, de l’acheter. « Nous les désignons aussi pour qu’elles épousent à merveille un réseau de distribution et les habitudes d’achat de la clientèle, tel un véritable outil marketing », explique l’imprimeur.
Chez Roy, entreprise reprise en 2008 au groupe Picard, comme chez Digit Labels, créé fin 2015, à Cadaujac (Gironde) au cœur des vignobles de Bordeaux, l’étiquette reste souvent sage. « Dans ces régions à la longue culture viticole, il ne faut rien changer de fondamental, mais procéder par petites touches. » Les dorures galbées offrant un relief sur un papier texturé ont ainsi le vent en poupe.

etiquetteoriginale
Éric Groshens, président du groupe Inessens, montre une étiquette qui habille toute la bouteille et raconte une véritable histoire. © Traces Ecrites.

D’anciennes études du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB) le confirment. « Nous avions testé des étiquettes très traditionnelles type parchemin brûlé qui plaisaient beaucoup à l’époque, à notre grande surprise, mais aussi des étiquettes plus épurées, comme on en voit beaucoup aujourd’hui, et qui fonctionnaient encore mieux. Les étiquettes trop fantaisistes, trop colorées, faisaient des flops, car elles conduisaient à d’autres univers, ceux des vins du Nouveau Monde », explique Virginie Valcauda, la directrice du marketing et de la communication de l’interprofession.

4,5 milliards d’unités produites

Certains osent toutefois, comme cette étiquette en bois véritable, évoquant un chardonnay élevé en fût de chêne. Mais la fantaisie, la folie, voire le délire créatif, se trouvent ailleurs, au sein de vignobles plus jeunes. « L’étiquette suit ici la montée en gamme des vins de plus en plus premium », assure Éric Groshens.
Et cela donne des étiquettes multipages en forme de livret qui racontent une histoire, des étiquettes animées, telle celle avec ce papillon qui déploie ses ailes, des étiquettes multicouches ou encore, sous forme de cartes postales visibles sur deux faces pour un rosé ou un blanc.

 

negociants 

 

Au-delà du graphisme, l’imprimeur innove ou réinvente. Il imagine des papiers contenant du quartz pour donner un côté urbain. Il travaille avec des encres contenant des ocres de Puisaye ou du Roussillon, mais également des encres à base de charbon de bois faites à partir de ceps de vigne. Il propose du galbe pour apporter du volume au papier, le foulage pour lui donner du relief ou d’autres matières à imprimer : bois, velours, cuir, soir, daim…. « Nous intégrons trois personnes à la R&D », souligne en ce sens le dirigeant.
L’imprimerie Roy emploie 48 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 11 millions d’€ en produisant environ 300 millions d’étiquettes. En dix ans, l'entreprise a investi 14 millions d’€ pour disposer d’un outil industriel de cinq presses offset. Une sixième ligne hybride va compléter le parc pour près de 2 millions d’€.

etiquettebois
Une étiquette pour un bourgogne chardonnay en bois à droite. © Traces Ecrites.

De son côté, le groupe Inessens, qui comprend aussi les imprimeries Aset à Montréal (Aude), Bidoit à Cognac (Charente) et Roubey à Orange (Vaucluse), sort un total de 4,5 milliards de pièces. Son grand avantage, avec cette répartition géographique, est de couvrir les principaux vignobles et en interne, de croiser les compétences.
Le groupe emploie 180 salariés, atteint les 41 millions d'activité et réinvestit jusqu'à 18% de son chiffre d'affaires chaque année. En vrai « collectivisme de droite », Éric Groshens compte parmi ses associés, tous ses directeurs de site.

(*) Comme mentions obligatoires, l’étiquette ou sa contre-étiquette de vin doit indiquer : le degré d’alcool, le dénomination du vin, la contenance, la provenance, l’embouteilleur et le message sanitaire « femme enceinte » ainsi que les allergènes.

parcmachine
L'imprimerie Roy dispose de cinq presses offset et bientôt d'une sixième hybride. © Traces Ecrites.
imprimerieroy
L'imprimerie Roy installée à Chagny (Saône-et-Loire) fait partie du groupe informel Inessens. © Traces Ecrites.

Commentez !

Combien font "2 plus 7" ?