Tracip, spécialise de l’expertise judiciaire numérique basé près de Nancy, met son expertise au service de laboratoires mobiles pour l’identification ADN des victimes de la guerre en Ukraine. La société qui se qualifie de « médecine légale du smartphone » entre cet automne dans le giron du français ChapsVision.
Le premier laboratoire français privé d’expertise judiciaire numérique. Ainsi se présente Tracip, dont les locaux de Messein (Meurthe-et-Moselle) au sud de Nancy, ne manqueraient d’ailleurs pas d’inspirer le réalisateur d’une série policière télévisée. Les services de cette entreprise se répartissent dans plusieurs espaces indépendants posés, à la manière de conteneurs, au sein d’un spacieux entrepôt industriel. Une salle blanche permet d’y analyser des équipements informatiques sans dommages, grâce au contrôle de la concentration de particules en suspension dans l'air.
Parmi ses équipements de pointe, le site héberge un extracteur capable de repêcher des données sur une carte mémoire amovible endommagée, ou encore une cage de Faraday employée pour enregistrer les données d’un smartphone tout en empêchant leur effacement à distance. Un peu plus loin, un lourd serveur mobile est mobilisé lors d’interventions en urgence au chevet d’entreprises victimes d’attaques de rançongiciels. Chez Tracip, la réalité rejoint d’ailleurs la fiction, car les salariés peuvent être appelés à tout moment en vue d’appuyer des enquêtes criminelles…
Experte auprès des tribunaux, l’entreprise de 22 salariés forme également 200 à 250 spécialistes par an : des policiers, des gendarmes, etc. « Nous sommes une sorte de médecine légale du smartphone et de tout ce qui s’apparente à un ordinateur : nous disséquons les disques durs. Mais attention, ce travail d’expertise judiciaire nécessite un solide bagage technique. En effet, une méconnaissance pourrait, dans certains cas, mener à des conclusions incomplètes ou biaisées et entraîner des conséquences lourdes sur le cours d’une affaire », avertit Guillaume Kauffmann, directeur de Tracip.
En outre, si les forces de l’ordre sont de plus en plus aguerries, les escrocs le sont également. Ces évolutions ont conduit la société à mettre au point des solutions pour le traitement de quantités massives de données et à concevoir elle-même du matériel d'enquête. « Les laboratoires mobiles d’investigation numérique que nous définissons puis faisons fabriquer - dans le Grand Est - se révèlent particulièrement utiles lorsqu’il s’agit d’avoir des moyens à disposition lors de perquisitions », détaille le directeur de Tracip.
Exercice de cyberdéfense

La PME réalise un tiers de son chiffre d’affaires annuel de 8,5 millions d’€ dans les services, tandis que les trois-quarts restants sont générés par la distribution de produits et la fabrication d’équipements. La crise du Covid-19 a amené Tracip à mettre son savoir-faire au service de l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN). Deux conteneurs conçus par ses soins ont ainsi été déployés sur l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, en vue de réaliser des tests de contamination.
C’est dans l’analyse ADN que ce spécialiste de l’investigation numérique fait parler de lui aujourd’hui..Tracip planche en effet sur la fabrication d’un second laboratoire mobile d’analyse ADN à destination de l’Ukraine. Consacré à l’identification des victimes dans le cadre de l’invasion russe, ce Lab’ADN développé conjointement avec l’IRCGN devrait être terminé au premier trimestre 2023. La première unité, capable d’analyser génétiquement jusqu’à 200 prélèvements biologiques par jour, avait été fournie en juillet dernier à la Procurature générale d’Ukraine.
De la taille d’un gros laboratoire d’État, la PME réalise la majeure partie de son activité en Ile-de-France. Mais elle ne rencontre aucune difficulté à recruter ses profils localement, grâce au vivier nancéien d’écoles d’ingénieurs. Elle participera d’ailleurs à leur côté à l’exercice de cyberdéfense Cyber Humanum Est du 6 au 10 février prochain à Nancy, un événement organisé dans le cadre de la réserve cyber, mise en place par l’Armée et fédérant entreprises, enseignants et étudiants.

Arrivé il y a quinze ans au sein de Tracip, Guillaume Kauffmann a vécu les différentes transitions de l’entreprise fondée en 1994 par Philippe Joliot. La PME a évolué, dans les années 2000, de la réparation de disques durs vers l’enquête numérique sous l’impulsion de l’un de ses clients, le ministère de la Justice. Entrée en 2019 dans le groupe parisien de sécurité Deveryware (160 personnes, chiffre d’affaires de 41 millions d’€), Tracip vit une nouvelle évolution cet automne suite au rachat de Deveryware par le français ChapsVision. Son nouvel actionnaire, spécialiste du traitement de données (500 personnes, chiffre d’affaires de 100 millions d’€ en 2022) a été créé en 2019 par un serial entrepreneur, l’alsacien Olivier Dellenbach, suite à la revente de sa société eFront (850 salariés) au fonds géant américain BlackRock.









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