Le secteur de l’événementiel, empêché de travailler presque sans discontinuer depuis le 5 mars dernier, fait partie des plus mal lotis de cette crise sanitaire avec les bars, restaurants, discothèques et salles de sport. Pourra-t-il y survivre avec 80% de son chiffre d’affaires amputé en 2020 ? Les professionnels sont plus que pessimistes. Sylvain Camos, fondateur et dirigeant d’EMA Events à Dijon, l’est aussi mais sa capacité à rebondir mérite d’être racontée. Sachant qu’il fait sienne cette phrase de Sir Winston Churchill : « Si tu traverses l’enfer, ne t’arrêtes pas. »

 

Cet homme de 50 ans, au physique d’éternel jeune premier, ne s’arrête jamais. Surtout quand il s’agit de sauver sa boîte des affres d’un virus plus que tenace. Il faut dire que Sylvain Camos a du vécu en la matière. EMA Events, société d’événementiel fondée par ses soins en 1993 à Dijon, a failli disparaître en 2001. Les attentats du 11 septembre avaient déjà laminé le secteur et fait beaucoup de victimes économiques. Mais pas son entreprise qui a toutefois subi sur une dizaine d’années, les conséquences d’un redressement judiciaire.

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« Cela vous vaccine, vous forme et vous en tirez des leçons pour l’avenir », confesse-t-il. Ces leçons, Sylvain Camos les égrène sans réfléchir : œuvrer dans tous les secteurs d’activité, multiplier les clients, raisonner à l’échelon d’un territoire très vaste et si possible international, surveiller la gestion financière au quotidien, réinvestir les bénéfices dans l’entreprise afin d’avoir un matelas de fonds propres. Et puis, être généraliste dans son métier.

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Exemple d'un travail de conception d'un stand en 3D. © EMA Events

 

Un secteur en perdition

A la fin octobre 2020, avant le deuxième confinement, la chute d’activité de l’événementiel en France s’élevait à 1,2 milliard d’€. Un tiers des entreprises rencontrait des difficultés de trésorerie à moins d’un mois. 70% d’entre elles ont obtenu un PGE (dont EMA Events pour un million d’€). Un quart des salariés du secteur, qui emploie 40.000 personnes et en fait travailler 455.000 en équivalent temps plein, risque le licenciement ou l’inactivité. L’événementiel procure en moyenne 40 milliards de retombées économiques et ce, pour l’ensemble des territoires.

 

Le logo d'EMA Events : Une panthère ailée pourrait se transformer aujourd’hui en une araignée.  « Elle accroche sa toile en différents endroits puis la tisse par cercles concentriques, c’est ce que je fais en ce moment », explique le dirigeant.

 

Devenir son propre producteur

La résilience avec la crise sanitaire, Sylvain Camos l’exprime en multipliant les initiatives, sauvant sur l’exercice 2020, 650.000 € de chiffre d’affaires – il était de 3,7 millions d’€ en 2019 – , et préservant un effectif de 15 personnes sur 18 précédemment. La première fut la création d’une « poubelle Covid » pour  recycler les masques usagés. Moins anecdotique, l’entreprise a informé tous ses clients, via une newsletter hebdomadaire, sur ce qui était autorisé de faire dans son secteur. Entre autres, des événements privés comme les « baby shower », ou fêtes prénatales, les anniversaires, les fiançailles…, voire encore des réunions professionnelles privées.

 

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poubelletricovidTrès dans l’air du temps, Sylvain Camos a mobilisé ses équipes en créant un véritable studio de télévision pour réaliser des événements digitaux tels le meeting digital d’Audrey Pulvar, ancienne journaliste TV, conseillère municipale de Paris et candidate aux prochaines élections municipales d’Ile-de-France.

La même opération a été conduite pour la candidature de Dijon Capitale Verte Européenne, concours qui a vu la victoire, le 8 octobre dernier, de Grenoble.

En analysant tous ses savoir-faire, le chef d’entreprise s’est aussi lancé dans l’aménagement de magasins et de vitrines, comme, à Courchevel le premier barber shop  estampillé Peaky Blinders, du nom de la série télévisée.

A force de créer des décors avec un atelier de menuiserie et de tapisserie intégré, comme d’utiliser différents objets de décoration, Sylvain a également créé une nouvelle  société, Loc’Ambiance, pour louer chaises, tables, fauteuils, lampes, réfrigérateurs, congélateurs, objets de décoration… La liste est un inventaire à la Prévert.

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Loc'Ambiance propose à la location pas moins de 370 références : meubles, tables, chaises, lampes, éléments aussi divers que variés de décoration. © EMA Events

 

Une fois la situation sanitaire passée, EMA Events reprendra – stratégie toute récente –, la (co)production de ses propres événements, à hauteur d’une dizaine par an. Comme ce fut le cas naguère avec un meeting aérien sur Dijon et un festival à Courchevel. « Le ressort actuellement se tend, il ne va pas rompre et tout repartira ; quand ?, nous ne savons pas ; mais nous seront prêts. » Plus résilient que lui…

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Trois vues du premier baber Shop Peaky Blinders de Courchevel. © EMA Events

 

camosQui est Sylvain Camos ?

Sa barbe, tendance hipster « modern chic », et son regard charmeur campent un personnage franc du collier qui n’a pas peur de recadrer ses interlocuteurs, fussent-ils clients. Anecdocte personnelle, l’auteur de ces lignes se souvient, lors de l’inauguration naguère du nouveau site d’un spécialiste national des produits frais et surgelés de l’agglomération dijonnaise, avoir été vertement éconduit pour une interview, alors qu’il était convié à évoquer ce développement...

Sylvain Camos est allé le voir en lui demandant pourquoi il le payait pour réussir cet événement si c’était pour recevoir ainsi un représentant de la presse. L’homme est comme cela, il ne s’en laisse pas conter, mais il respecte les gens et s’implique pour eux, ayant été longtemps un président très apprécié de la branche services de la CPME 21.

Avant de créer son entreprise, « sans aucun diplôme du tout », il a appris la photographie par passion. Et exercé avec beaucoup de talent ! (*) au point de devenir plusieurs années l’assistant de Bettina Rheims, photographe et portraitiste française de renommée internationale.

EMA Events a été reconnue en 2019 parmi les 60 meilleurs agences du genre en France, année où son activité s’élevait à 3,7 millions d’€, en progression de 41%. Elle totalise depuis 1993 pas moins de 7.000 événements, possède un bureau à Paris et exploitait jusqu’à l’an dernier une co-entreprise à Marrackech, aujourd’hui fermée.

(*) De nouveau l'auteur de cet article se rappelle l'avoir vu photographier en argentique, pellicule noir et blanc, de magnifiques mannequins femmes devant une décharge de poubelles à Tbilissi, capitale de la Géorgie, pays à l'époque en ruine totale. C'était en septembre 1996 lors d'un voyage de découverte du pays, hôte d'honneur de la 66ème Foire international et gastronomique de Dijon.

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