Pionnier de l’informatisation dans son secteur des équipements de pasteurisation et stérilisation d’aliments, Steritech ne souffre pas outre mesure de la crise sanitaire, grâce à ses outils informatiques et de réalité virtuelle qui lui permettrent de continuer à faire des installations à l’autre bout du monde. Une nouvelle activité naît, de refonte des équipements usagés pour leur redonner une nouvelle vie.


La qualité paie. Le président de Steritech, Pierre Gavignon, ne le cache pas, cette société d’équipements de pasteurisation et stérilisation d’aliments à Saverne (Bas-Rhin) est « la plus chère au monde » en  terme de prix face à des concurrents répartis aux quatre coins de la planète. Ce positionnement ne l’a cependant pas empêchée de doubler son chiffre d’affaires en trois ans pour approcher les 12 millions d’€ en 2020, dont 93 % à l’export.

L’entreprise de 39 salariés investit en conséquence : après 850.000 € injectés l’an dernier dans une extension d’un tiers des locaux, soit 650 m2 supplémentaires au sol doublés d’une hauteur portée à 10 mètres, elle consacrera 200.000 € au changement de son ERP (progiciel intégré) d’ici à novembre prochain. Bpifrance n’a pas manqué de la repérer, pour l’accompagner au titre son programme « accélérateur de PME ».


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Le dirigeant n’ira pas jusqu’à proclamer que la Covid-19 a été son alliée, mais une caractéristique de Steritech lui a été précieuse dans ce contexte particulier : « Notre capacité à guider depuis nos locaux le client situé à l’autre bout du monde, grâce aux outils informatiques et de réalité virtuelle. » Sur ce plan, la PME perpétue l’avant-gardisme technologique qui la stimule depuis sa fondation en 1988 par Patrice Camu.

Venu de la pasteurisation-stérilisation (*), le toujours propriétaire de Steritech a été un pionnier de l’informatisation de cet univers. « Il a été un peu le Steve Jobs de notre domaine, celui qui a construit son premier autoclave dans son garage », sourit Pierre Gavignon. L’entreprise a poursuivi sur cette voie, jusqu’à développer en 2013 son logiciel de pilotage des équipements, Trilogy, avec le concours financier de Bpifrance, déjà.

Toujours en service avec ses versions augmentées, l’ERP s’est avéré correspondre par anticipation aux codes de l’industrie 4.0. « Nous pouvons ainsi capitaliser sur notre point fort : la mise au point de solutions clé en main reposant sur l’intégration, à savoir la réunion de la conception, de la production et des essais », poursuit le président.


Un univers concurrentiel de groupes multinationaux

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Opération de test et contrôle sur un autoclave. © Steritech

 

Cette caractéristique permet à Steritech de trouver sa place dans un univers concurrentiel de groupes multinationaux ou d’acteurs locaux solides dans leur fief, à l’image de la multitude de fabricants chinois d’autoclaves. Pour cela, la PME mise sur la matière grise : un salarié sur trois, soit 13 personnes, travaille dans l’un des deux bureaux d’études de Saverne, dédiés respectivement à la construction mécanique-chaudronnerie et à l’automatisation – programmation. Ayant multiplié les brevets au fil de son histoire, elle en compte neuf actuellement actifs et travaille en partenariat avec les grandes marques d’équipementiers de son secteur, dont Siemens et Rockwell.


Le reste de l’effectif se répartit entre le laboratoire d’essais, le service après-vente et, entre les deux étapes, l’atelier centré principalement sur l’assemblage des autoclaves. L’usinage, la découpe, le soudage pour ces tunnels en inox d’une dizaine de mètres où passent les aliments et leur conditionnement est sous-traité : Steritech a ainsi suscité un petit écosystème autour de lui, dans un bassin de Saverne riche de la tradition du mécano-soudé et de la chaudronnerie. « 95 % de cette fabrication se situe en France, dont plus de 80 % en local », précise Pierre Gavignon.


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L’activité consiste à garantir in fine la sécurité des produits de la clientèle principalement constituée de l’agro-alimentaire (Fleury-Michon, Mondelez, ….) et de la pharmacie. L’offre de Steritech est conçue en particulier pour maintenir la pression requise, quelle que soit son évolution si le produit est chauffé, par exemple.
« Notre technique est peu consommatrice d’eau, soit une donnée importante dans de nombreuses régions du monde et elle optimise les emballages, en les allégeant pour une qualité gardée intacte. Multipliée par des quantités de volume, elle génère des économies substantielles au client », ajoute le dirigeant.

La PME a ainsi déployé ses solutions sur tous les grands marchés de la planète, grâce à un réseau d’une vingtaine d’agents et des places fortes notamment en Europe en Nouvelle Zélande, aux Etats-Unis et plus récemment au Mexique depuis trois ans. « Nous ne sélectionnons que des composants disponibles dans tous les pays, évitant ainsi toute mauvaise surprise aux clients. Mais nous mettons aussi nos autoclaves à disposition d’entreprises locales, comme des conserveries, pour leurs essais de nouveauté », complète Pierre Gavignon. 

Aux installations neuves, Steritech ajoute de plus en plus une branche de maintenance et de « revamping » (que l’on peut traduire par refonte) plus profond redonnant une nouvelle jeunesse aux équipements plus anciens, pour les faire repartir pour une vingtaine d’années une fois remis à jour et aux normes.

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Steritech développe de nombreux métiers de la métallurgie : usinage, découpe, soudage pour fabriquer des autoclaves, de tunnels en inox. © Elodie Winter



(*) La pasteurisation consiste à porter les aliments jusqu’à une température de 70 à 90 degrés pour en éliminer l’essentiel des bactéries permettant la conservation de courte durée et au frais (à 4 degrés). La stérilisation élimine tous les éléments pathogènes et portant la température au seuil où ils sont tués, pour une conservation longue durée à température ambiante.

Qui est Pierre Gavignon ?

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Pierre Gavignon, directeur de Steritech. © Traces Ecrites

Ingénieur de 58 ans diplômé de l’Ensais (devenu depuis l’Insa Strasbourg), son parcours s’est déroulé majoritairement dans l’agro-alimentaire, après une première étape de cinq ans dans l’emboutissage, au sein de l’entreprise Spiertz Presse à Strasbourg. En 1993, il a rejoint le fabricant alsacien d’installations de boulangerie Mecatherm comme responsable du bureau d’études puis directeur technique.
A la reprise de l’entreprise familiale par des fonds d’investissement, il a choisi de changer de… crèmerie, en reprenant un fabricant d’équipements pour la fromagerie, Chalon-Megard basé à La Cluse dans l’Ain.
Là encore, le passage à un actionnariat financier a suscité un nouveau virage professionnel, celui de Steritech, où un ancien de Mecatherm l’a mis en relation avec le fondateur Patrice Camu en quête de transmettre le volant de l’opérationnel. Il en a pris la direction en novembre 2013.

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Et son équipe. © Elodie Winter

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