Passée tout près de la faillite puis rachetée, l’entreprise Prieur Sports à Genlis a repris sa marche en avant après une refonte totale de son organisation et de son fonctionnement. Histoire de la renaissance d'une vieille dame de plus de deux siècles.


C’est un contrat qui incarne le retour au premier plan d’une marque : en mars dernier, Prieur Sports signait une convention de partenariat avec l’équipe de France d’escrime pour lui fournir son équipement au moins jusqu’en 2024. « Depuis les JO d’été de Londres en 2012, elle était équipée par l’un de nos concurrents anglais. La reconquérir faisait partie de mes objectifs prioritaires, c’est donc désormais chose faite », se félicite Didier Contrepois, dirigeant de la société de 10 salariés basée à Genlis (Côte-d’Or), qu’il a rachetée en 2014.

Cette maison historique, fondée en 1788, avait, en effet, besoin de retrouver une visibilité perdue au fil du temps. Dans cette optique, Prieur Sports a ouvert, le 1er septembre dernier, une boutique showroom dans le 14ème arrondissement de Paris, entièrement dessinée par JPM Archi, l’agence d’aménagement d’intérieur dijonnaise conduite par David Buffard.

 

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« Nous avions un magasin au Kremlin-Bicêtre, qui coûtait plus cher en loyer qu’il ne rapportait de chiffre d’affaires. Nous l’avons fermé pour ouvrir une boutique magnifique, symbolisant notre identité et le savoir-faire français que nous représentons », détaille l’entrepreneur. L’identité visuelle de la marque a également été revue, avec un nouveau logo plus épuré, et le site de vente en ligne a été repensé.

Sur ce seul canal, Prieur Sports a réalisé un chiffre d'affaires de 200.000 €, montant qu’il espère doubler d’ici à l’an prochain, pour devenir le premier vendeur de matériel d’escrime en ligne au monde.

 

Production externalisée à 70 %

Au-delà de ce travail sur l’image et la visibilité, Didier Contrepois a également repensé de A à Z l’organisation de la production afin de redonner vie à une société tombée à 350.000 € de chiffre d’affaires en 2014, lors de son rachat. « Mon prédécesseur, Frédéric Pabiou, aujourd’hui décédé, avait fait un choix stratégique erroné en se concentrant sur le marché européen. Il ne voyait pas monter la concurrence, notamment allemande et chinoise. Quand j’ai repris Prieur, l’entreprise perdait près de 100.000 € à l’année », analyse le dirigeant.

L’outil de production, en outre, s’est avéré hors d’âge. En conséquence, Didier Contrepois a fait le pari de l’externalisation de près de 70 % de l'activité. Il a fermé les locaux historiques de Prieur à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), et rapatrié à Genlis les quelques machines conservées.

 

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« Découper des mousses ou des pièces en aluminium n’est plus justifié, lorsque d’autres savent le faire mieux que nous. J’ai trouvé une vingtaine de sous-traitants, pour 80 % en Côte-d’Or et en Bourgogne–Franche-Comté pour le reste », explique-t-il. Ainsi, l’atelier MCD à Montceau-les-Mines fabrique les tenues textiles, tandis que CPMD à Chalon-sur-Saône peint les masques de la marque.

 

Les promesses de la Chine

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L'entreprise souhaite développer en priorité ses ventes aux Etats-Unis et en Chine. © Arnaud Morel


Au sein de ses propres locaux, l’entreprise ne garde que ce qu’elle considère comme son cœur de métier : l’assemblage de ses masques d’escrime et le montage des armes.
Cette rationalisation a rapidement porté ses fruits. Prieur Sports est passé d’un chiffre d’affaires de 350.000 € en 2014 à près de 2 millions d’€ en 2022, et il vise pour cette année le seuil des 3 millions d’, qui lui ferait renouer avec les meilleurs exercices de son histoire, dans les années 1990.  

L’export représente désormais 25 % du chiffre d'affaires et il devrait continuer à progresser. « Nous cherchons un master distributeur pour les États-Unis, et pour la Chine que nous considérons comme le marché d’avenir. Les Chinois étaient 50.000 à pratiquer l’escrime il y a 5 ans, ils sont 250.000 aujourd’hui, sans doute 1 million d’ici peu. Nous ne visons que le segment premium de ce marché, autour de 150.000 pratiquants », précise Didier Contrepois. Dans l’année, le dirigeant compte recruter deux nouveaux salariés, plutôt au niveau du back-office pour soutenir sa croissance.

 

Didier Contrepois, l’industriel escrimeur prépare le passage de relais

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Didier Contrepois (à gauche), actuel dirigeant de Prieur Sports, a trouvé son successeur en Ludovic Lesne, ancien champion d'escrime. © Arnaud Morel

À 63 ans, Didier Contrepois a déjà connu plusieurs vies d’entrepreneur : d’abord dirigeant du spécialiste régional des pièces détachées automobiles Autodistribution Jullien, il reprend à l’âge de 40 ans STI Genlis, leader du câblage électrique et de l’intégration électrique pour l’industrie. Puis, il passe la main en 2014 pour se concentrer sur Prieur Sports. L'entrepirse étant redressée, l’heure est désormais à la transmission du témoin. « J’ai ouvert, en novembre dernier, les deux-tiers du capital de Prieur à dix actionnaires passionnés d’escrime qui sont aussi d’anciens responsables d’entreprises de haut niveau. J’ai aussi fait entrer, le 2 janvier, Ludovic Lesne, un ancien champion d'escrime disposant d’une expérience de directeur général au sein d’un petit groupe industriel. Il va me succéder dans un an, au terme d’une phase de tuilage », détaille Didier Contrepois.

 

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