NUCLÉAIRE/HAUT-RHIN. Si tout allait dans le meilleur des mondes, Interfluence Energies n’aurait pas de raison d’exister ! Mais toute organisation est perfectible… même, voire surtout, dans une centrale nucléaire.
Optimiser l’enchaînement des opérations de maintenance, éviter les pertes de temps dans les réunions comme sur le terrain, renseigner avec fiabilité sur l’état d’avancement de chantiers disséminés sur le site : ainsi peut se résumer la vocation de la jeune société haut-rhinoise, constituée en février 2014 et qui cherche des partenaires pour se développer.

 

Belleville CENTRALE NUCLÉAIRE
Un arrêt de tranche de centrale nucléaire implique de réaliser 7 500 activités en 70 jours. Ici, la piscine de la centrale de Belleville (Cher), à la lisière de la Bourgogne.©Traces Ecrites.

 

Marcel Lautermann, le président et créateur d'Interfluence Energies, sait de quoi il parle : il a vécu de l’intérieur les défauts de coordination au sein de grands groupes. D’où ce paradoxe qu’il propose, et qui n’est qu’apparent : rajouter une couche supplémentaire d’interlocuteur, mais qui soit là justement pour fluidifier la circulation de l’information.

 

Ceci en toute discrétion et modestie, insiste-t-il : « Nous sommes des acteurs de l’ombre, qui se bornent à assister les exploitants, sans aucune prétention de donner des leçons ».


« Nous possédons bien sûr toutes les habilitations nécessaires d’intervention en milieu nucléaire », ajoute le dirigeant d’origine belge qui a créé Interfluence Energies en février 2014.


Les enjeux sont cruciaux : on a coutume de dire qu’une journée de travail de maintenance perdue dans une centrale représente à un manque à gagner de près d’1 million d’€.

 

« Et comme les sociétés prestataires sont les mêmes d’un site à l’autre, un retard à Fessenheim décale d’autant l’intervention à Gravelines, et ainsi de suite », appuie Marcel Lautermann.


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Interfluences Energies entend donc apporter de la matière grise pour la planification. Pour l’illustrer, son dirigeant rappelle « qu’un arrêt de tranche implique de réaliser 7 500 activités en 70 jours ».

 

Le travail de maintenance est décomposé en sous-étapes clés qui aident l’exploitant à avoir à tout moment une idée précise et fiable de l’état d’avancement : « telle tâche a-t-elle été exécutée ? Où se situent chacun des agents d’intervention ? Que font-ils à l’instant ? »


Pour mettre en place cette assistance, les équipes de Marcel Lautermann se rendent sur un chantier d’arrêt de tranche plusieurs mois à l’avance, afin de décortiquer et d’anticiper les séquences.


On devine les avantages d’un tel état des lieux précis. Le moindre n’étant pas d’écourter les réunions en évitant des pertes de temps à chercher de l’information… ou à la faire reposer sur l’appréciation subjective. « Avec nous, on sait si les choses sont réalisées ou pas », souligne le dirigeant.


Après Sodiv, la société recherche d’autres partenaires

 

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Interfluence Energies intervient en amont des opérateurs de maintenance. ©EDF.

 

Interfluence recourt à la technologie sans fil. Ses « patrouilleurs » arpentent chaque recoin d’un réacteur, munis d’un boîtier accroché à leur avant-bras qui utilise code-barres et autres QR Code pour récolter et transmettre les informations.

 

« Comme les opérations se répètent d’un réacteur à l’autre et même d’une centrale à une autre, notre système garde en mémoire toute une série d’indications précieuses pour le retour d’expérience ».

 

Quelle faille dans la logistique explique qu’on a dû attendre l’arrivée d’un outil à tel endroit ? Peut-on lisser une opération dans la journée pour éviter d’avoir besoin de 10 clés dynamométriques en même temps alors qu’on ne dispose que de cinq ? Et tout à la suite…


Ce positionnement amène les salariés d’Interfluence Energies très souvent loin de leur base haut-rhinoise de Dessenheim. Ils travaillent pour EDF ou Electrabel, les anciens employeurs de Marcel Lautermann, et la prospection va plus loin.

 

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L’activité est prometteuse : exigences de l’après-Fukushima, grand carénage d’EDF qui finira par arriver (ces grands travaux de maintenance pour prolonger la durée de vie des centrales), arrêts de tranches nucléaires successifs….


L’activité n’a toutefois pas encore décollé au niveau que souhaiterait Marcel Lautermann. Elle exige un fort savoir-faire, donc implique les coûts salariaux qui vont avec. Douze ingénieurs et techniciens de haut vol composent l’effectif pour un chiffre d’affaires situé à 1,3 million d’€ l’an dernier, premier exercice complet.

 

L’objectif est de le doubler, si possible dès cette année, en limitant les recrutements supplémentaires à 3 ou 4. « Ainsi, nous aurions atteint l’équilibre financier », estime le fondateur.


En outre, les enjeux sont partagés par d’autres secteurs que vise la société à plus long terme, comme l’aéronautique, la chimie ou la pharmacie.


Bref, les développements impliquent de trouver des partenaires. La société alsacienne Sodiv a été la première, sous la forme d’un prêt participatif de 100 000 €, l’an dernier. Interfluence Energies attend que d’autres emboîtent le pas.

 

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©Traces Ecrites.

Qui est Marcel Lautermann ?


D’origine belge, l’ingénieur neutronicien de 56 ans baigne dans le monde nucléaire depuis une trentaine d’années.

 

Entré chez Electrabel, le groupe électrique de son pays d’origine, il a rejoint EDF en 2004, où il a occupé le poste de chef d’exploitation à la centrale de Gravelines (Nord) puis de responsable de projets à Fessenheim (Haut-Rhin). A ce dernier titre, il a piloté les visites décennales de la centrale en 2009 et 2011.


Ces dernières années lui ont fait prendre conscience d’un risque de déperdition des connaissances dans ce milieu sensible, du fait de vagues de départs en retraite.

 

L’idée de créer un interlocuteur de liaison germe alors en lui. Il bénéficie d’un congé création d’entreprise et du dispositif d’essaimage d’EDF pour fonder et développer Interfluences Energie, qu’il détient à 100 %.

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