Les start-up nancéiennes Be Player One et Aliae innovent. La première rend les jeux vidéo accessibles aux personnes en situation de handicap, la seconde améliore le suivi des patients via un robot de conversation.
La jeune pousse Be Player One prépare une levée de fonds de 2 millions d’€ ce printemps en vue d’améliorer l’accessibilité des jeux vidéo pour les personnes en situation de handicap. Créée en janvier 2021 à Nancy par Maxime Viry et trois autres associés, Sandrine Viry, Franck Leroy et Olivier Nourry, cette société de 25 salariés (chiffre d’affaires de 350.000 € en 2022) collabore d’ores et déjà avec des grands noms du secteur comme les Français Ubisoft et Ankama.
« La France compte plus de 300 éditeurs et studios de jeux vidéo. Il s'agit d'une industrie gigantesque qui ignore parfois l’existence d’une population de joueurs aux besoins spécifiques. Be Player One apporte aux éditeurs les connaissances et applications techniques indispensables pour adapter leurs jeux aux personnes souffrant de handicaps visuel, auditif, moteur ou cognitif. Afin d’aller plus loin, nous développons actuellement une plateforme en mode SaaS (software as a service) sur laquelle les éditeurs auront la possibilité de télécharger les modules nécessaires à la mise en accessibilité de leurs jeux. D’où notre levée de fonds », détaille Maxime Viry.
Selon Be Player One, 9,6 millions de personnes de tous âges, en situation de handicap, seraient concernées en France par l'accessibilité numérique. Atteint d’une maladie neurodégénérative, l’entrepreneur est parti de son expérience personnelle de « gamer » pour concevoir l’architecture de ce projet.
C’est ainsi que la jeune pousse lance en parallèle sa propre gamme de matériels de jeu vidéo adaptés : joystick hypersensible, bracelets facilitant la préhension, etc. Développée en interne, la dizaine de produits disponibles en ligne est assemblée dans un atelier de l’APF (Association des Paralysés de France) à Ludres (Meurthe-et-Moselle).
La division « jeux vidéo » de Be Player One devrait, à terme, porter la croissance de l’entreprise, dont l’essentiel de l’activité repose pour le moment sur des prestations de mise en accessibilité de sites web et d’applications d’entreprises. Ses équipent travaillent par exemple sur la plateforme de courses en ligne du distributeur E. Leclerc.
Interagir au quotidien avec les patients

En combinant plusieurs intelligences artificielles, Aliae est parvenu, de son côté, à concevoir un robot de conversation écrite - « chatbot » pour les initiés - capable d’interagir au quotidien avec une personne et de suivre ainsi sa pathologie : troubles psychiques, douleurs chroniques, maladies inflammatoires de l’intestin, etc.
Fondée en 2017 à Paris avec des équipes principalement basées à Nancy, cette société innovante s’appuie sur les connaissances acquises dans le traitement automatique des langues pour suivre des patients dans le cadre d’études cliniques. Son président, Philippe Jolivet, un ancien cadre du groupe Sanofi, porte ce projet avec Alexandre Durand-Salmon, président de la société pharmaceutique nancéienne Banook, et Philippe Beaulieu, médecin spécialiste du sommeil.
« L’intelligence artificielle d’Aliae est en mesure, au travers d’échanges ponctuels, de proposer une vision de la qualité de son sommeil d’un patient, de son niveau de stress, de ses interactions sociales, autrement dit, de toute une série de signaux d’autant plus utiles au médecin qu’ils sont captés dans le cadre de vie de la personne », explique Philippe Jolivet.
La start-up de 8 salariés (chiffre d’affaires non communiqué) a développé ses solutions digitales en collaborant avec le laboratoire de recherche en informatique Loria (une unité de l’Université de Lorraine), du CNRS et de l’Institut de recherche en sciences et technologies du numérique Inria. Aliae planche actuellement sur une application visant à suivre une cohorte de 5.000 patients en partenariat avec Institut Analgésia, une fondation française dédiée à l'innovation contre la douleur.
Elle est également associée à la candidature du CHU de Nancy au label Institut hospitalo-universitaire (IHU) dans le domaine des pathologies inflammatoires chroniques de l’intestin, dont la plus connue, la maladie de Crohn, touche 300.000 personnes en France. « Notre solution peut par exemple détecter de manière précoce une poussée inflammatoire », indique Philippe Jolivet.
Actuellement financé dans le cadre de projets ponctuels d’essais cliniques et de recherche-et-développement, Aliae veut se positionner plus tard sur le créneau émergent des thérapies digitales sur ordonnance. « Ce marché est plus mature en Allemagne, où il existe une quarantaine d’applications sur prescriptions remboursées par l’assurance-maladie, principalement pour les pathologies mentales », précise le président de la start-up. Dans le domaine des affections psychiques, l’entreprise collabore par exemple avec le Centre psychothérapique de Nancy sur les troubles bipolaires et la dépression.


















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