TIC/FRANCHE-COMTÉ. Pour apporter une réponse au fléau de l’illettrisme, qui touche 2,5 millions de personnes en France, Formagraph à Besançon a conçu un jeu vidéo en ligne qui fait progresser l’apprenant à son rythme et permet l’exploitation des traces pour l’aider à contourner ses difficultés.

Une quinzaine de salariés de l’organisme de formation assurent le développement de ce serious game dont la version 2 vient de sortir, plus colorée, ludique et pointue que la précédente. Au total, une trentaine de personnes a planché sur ce projet solidaire.

 

seriousgame

 

Dans le monde fantastique et coloré d’Imagana, Mô vivait heureux, avec son peuple, autour d’un grand cristal symbolisant le savoir, jusqu’à ce que des mauvais esprits viennent détruire le cristal et le réduire en des milliers de fragments. Mô est alors envoyé par son peuple pour le reconstituer et ramener l’harmonie. Pour y parvenir, il doit traverser différentes épreuves et agencer les fragments de manière à former des mots, puis des phrases.

 

La version 2 de ce serious game destiné aux personnes en situation d’illettrisme a été présentée hier 9 juin, à ses clients dans les locaux de Formagraph, l’organisme de formation bisontin qui l’a conçu, développé et le commercialise depuis l’automne 2014. Plus colorée, plus ludique, plus affinée aussi dans sa progression pédagogique selon la méthode Gattegno (phonèmes associés à des graphèmes et à des couleurs), cette deuxième version confirme aussi, en le renforçant, le principe initial, qui en fait le premier de ce type en France.

 

Celui d’un jeu vidéo connecté à une plateforme de formation à distance, Claroline Connect, dont les données peuvent être facilement analysées pour orienter le joueur. « L’apprenant va à son propre rythme et le formateur, via la plateforme, regarde comment il a progressé », explique Philippe de Finance, le PDG de Formagraph (près de 400 000 € de chiffre d'affaires), l’instigateur de cet outil de formation unique en son genre.

 

« On intervient là où l’on a constaté des nœuds, là où ça coince. Le jeu est à destination des organismes de formation s’adressant à un public en situation d’illettrisme mais aussi au public de langue étrangère apprenant le français. » 

 

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Philippe Giffard-Foret, responsable de la commercialisation d’Imagana, assurait hier les démonstrations de la nouvelle version de ce serious game, dont le développement se poursuit. « Un jeu comme ça, ce n’est jamais terminé », explique-t-il. Dans les locaux de Formagraph, sur 25 salariés, une équipe de 15 personnes se consacre exclusivement à cette nouvelle activité.

 

Des pédagogues, des concepteurs graphiques, des game designers, des ergonomes et des développeurs, bien entendu, qui sans cesse améliorent, corrigent et font avancer le jeu. « Aujourd’hui, il y a 26 niveaux d’aventure et 150 niveaux pédagogiques, pour une trentaine d’heures de jeu. A terme, il devrait y avoir une centaine d’heures de jeu à terme. Et nous sommes en train de préparer une version pour les tablettes, qui devrait être disponible avant fin 2015. »

 

Fondateur de Formagraph mais aussi un temps président des organismes de formation de Bourgogne Franche-Comté, Philippe de Finance s’est pris de passion pour le sujet de l’illettrisme. Créé en 1992, son organisme de formation aux arts graphiques s’était diversifié il y a six ans dans les contenus de formation à distance et son dirigeant, il y a un peu plus de quatre ans, s’était posé la question de savoir quels besoins de formations à distance n’étaient pas satisfaits.

 

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Philippe de Finance, P-DG de Formagraph.

Une maladie vécue comme honteuse

 

C’est là qu’il a découvert ce fléau touchant 7% de la population active, soit 2,5 millions de personnes en France, selon une étude réalisée en 2013 par l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. Des personnes en situation d’exclusion sociale ou qui, dans l’entreprise, impactent sa productivité et son développement par des consignes mal comprises, des accidents du travail trop nombreux ou encore des informations mal transmises.

 

Ayant choisi une stratégie indirecte, par le jeu, pour offrir et atteindre une population ayant souvent connu l’échec scolaire, Philippe de Finance voulait aussi concevoir une solution globale, qui soit « une réponse solidaire », et a plongé son entreprise dans l’aventure, tout en s’entourant de nombreux partenaires.

 

Financiers, pour boucler un budget de 2,5 millions d’€, avec un tour de table réunissant partenaires institutionnels et privés. Scientifiques, avec des laboratoires de recherche des universités de Lyon, de Louvain, de Franche-Comté.

 

En interne, il a embauché et constitué son équipe, et peu à peu le jeu s’est dessiné, avec assez rapidement une solution graphique permettant d’industrialiser le dessin, par un système de briques à assembler, comme des Lego. Parallèlement, des organismes de formation ont travaillé sur les contenus pédagogiques et, à chaque niveau de jeu, un ergonome assurait un travail d’adaptation.

 

illustrationformagraph 

 

La réponse numérique visait deux choses : la possibilité de s’adresser au plus grand nombre, et l’anonymat que présente le jeu à distance, l’illettrisme étant souvent vécu comme une maladie honteuse. Deux formules sont en effet proposées par Formagraph : un jeu en ligne, gratuit, ou une version plus complexe et payante pour les organismes de formation qui ont besoin d’un tel support.

 

Un outil qui s’intègre parfaitement dans la nouvelle réforme de la formation professionnelle, estime Philippe de Finance, ravi d’avoir entendu François Rebsamen, le ministre du Travail, de l’Emploi, du Numérique et de la Formation continue, annoncer le 8 septembre 2014, vouloir « réduire encore de deux points la part de la population souffrant d’illettrisme à l’horizon 2018 ».

 

Crédits photos et illustrations Formagraph.

2 commentaire(s) pour cet article
  1. Yvan Sommerdit :

    Bonjour Philippe, "Un jeu toujours assorti de plein de promesses, une version 1 jamais vraiment finie, des retours d'utilisateurs fantomatiques." La version 1 du jeu proposait 21 niveaux de jeu "aventure" et plus de 100 niveaux pédagogiques dédiés à la construction de mots via des graphèmes. La version 2 (que vous pouvez tester immédiatement en allant sur imagana.com) propose le double de contenu et intègre la problématique de la construction de phrases simples. Ce n'est pas si mal vous en conviendrez. Les retours que vous qualifiez de "fantomatiques" nous permettent de faire évoluer le jeu depuis de nombreux mois : - meilleure intégration de la pédagogie Gattegno dans le jeu, - contextualisation des situations de jeu, - variation dans les champs lexicaux utilisés, - nouveau site internet et interface de jeu intégralement repensée, - etc. Ces retours réguliers d'utilisateurs nous parviennent via les réseaux sociaux, par mails ou encore directement à nos services via nos contacts réguliers avec les associations, structures et écoles qui utilisent imagana et soutiennent le projet. Si vous avez des remarques ou des suggestions, n'hésitez pas, nous sommes très disponibles. Philippe, n'hésitez pas à retourner sur imagana.com, nous venons de mettre en ligne quelques niveaux supplémentaires. Et si effectivement, le chemin est pavé d’embûches, cela ne nous empêche pas d'avancer ! Cordialement, Yvan Sommer

  2. Philippe Zaoulidit :

    Quelle nouvelle ? Un jeu toujours assorti de plein de promesses, une version 1 jamais vraiment finie, des retours d'utilisateurs fantomatiques. Que voila une version 2. Il va falloir autre chose que des annonces, des trophées et du bla bla pour lutter efficacement contre l'illettrisme. Passez votre chemin !

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