La présentation du projet a eu lieu hier mardi à Strasbourg : une usine d’équipements qui mettent un smartphone en relation avec le réseau. Cette première unité de production en Europe représente un investissement de 200 millions d’€. L’effectif de départ, en 2023, sera de 300 personnes dans toutes les fonctions : opérateurs qualifiés, techniciens, ingénieurs, services qualité et fonctions support.


Pour l’Alsace et le Grand Est, Huawei France a désormais des visages, certes masqués comme tout le monde : ceux de Jacques Biot et Linda Han. Respectivement président du conseil d’administration et déléguée générale, les deux dirigeants de la filiale tricolore sont venus présenter officiellement, hier mardi à Strasbourg (Bas-Rhin), le projet d’usine du géant chinois des télécommunications qui s’implantera à Brumath, au nord de l’agglomération alsacienne. Ils ont fait montre d’un équilibre entre détails et informations évasives, somme toute pas très éloigné de celui de groupes industriels réputés moins secrets.


Le site qui entrera en service en 2023 sera une usine « de plein exercice », indique Jacques Biot.  Comprendre par là qu’elle remplira toutes les fonctions d’une unité de production intégrée : « stockage, préparation de matière, programmation de logiciels, production de cartes-mères, assemblage, tests et expédition des produits finis », grâce à des emplois de tous types, opérateurs qualifiés, techniciens, ingénieurs, services qualité et fonctions support. Le site alsacien n’étendra pas sa palette jusqu’à la recherche-développement au démarrage, mais les dirigeants de Huawei France n’ont pas fermé la porte à cette éventualité.


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L’effectif initial s’élèvera à 300 personnes, avec la perspective de grimper à 500 « à terme ». L’usine résultera d’un investissement de 200 millions d’€. « Au jour d’aujourd’hui », il ne bénéficie pas d’aide financière du Conseil régional du Grand Est. « C’est une question qui fait partie des négociations encore à venir », a exposé le président de la collectivité Jean Rottner.


Les salariés fabriqueront des « stations de base » pour les réseaux sans fil. « Ce sont les équipements qui permettent à un smartphone d’entrer en relation avec le réseau », explicite Jacques Biot. Ils seront conçus pour se rendre compatibles avec les différentes générations de téléphones, la 5G mais aussi les précédentes. La capacité de production en volume n’a pas été précisée. Brumath dégagera une « valeur de production d’1 milliard d’€ par an », a répondu avec constance Linda Han.

 

Le recours à des fournisseurs français

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Jacques Biot, président du conseil d’administration de Huawei France (2ème sur la droite) et Linda Han, déléguée générale (tout à gauche) assurent que le groupe va travailler avec les 300 fournisseurs qu’il a déjà en France. © Duchili


Cette première unité de production en Europe permet au géant chinois de se rapprocher de ses clients du Vieux Continent. « Il va accélérer et améliorer la fiabilité de notre chaîne d’approvisionnement » en Europe, selon Jacques Biot. Qu’on se le dise, Huawei veut s’afficher comme entreprise européenne et française. La présentation n’a cessé d’insister sur sa présence déjà établie et les liens d’affaires déjà tissés avec la filière des télécommunications, qui ne pourront que se consolider avec cette implantation.

Le groupe met en avant le fait qu’il comptabilise 3.100 fournisseurs en Europe, dont 300 en France « avec lesquels nous allons bien sûr travailler » dans le cadre du nouveau projet, souligne Linda Han. Les équipes de Brumath pourront s’appuyer en particulier sur les six centres de R&D de Huawei existants dans l’Hexagone parmi les 23 européens. Ils emploient plus de 300 chercheurs en région parisienne, à Grenoble et à Sophia-Antipolis, sur un effectif Huawei France direct d’un millier de collaborateurs.


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L’officialisation du projet a donné aussi l’occasion de réexposer les critères du choix du Grand Est en général et de Brumath, qui l’a emporté face à la concurrence d’une cinquantaine de sites en France. La région Grand Est a séduit le groupe chinois du fait qu’elle était « extrêmement placée » dans le barycentre de la clientèle européenne, et qu’elle combine la « force de son tissu industriel » avec sa « capacité d’innovation et de formation » et le « haut niveau » de sa recherche académique, ont indiqué les dirigeants sur place ainsi que la vice-présidente du groupe Catherine Chen par message vidéo. « Le travail étroit et de confiance » avec les services de la région ont également pesé favorablement. « Le projet se concrétise grâce à la rencontre des états d’esprit public et privé », a estimé Jean Rottner.


La candidature du « Business Parc » de Brumath, quant à elle, s’est démarquée par la disponibilité foncière – l’usine s’implantera sur un terrain de 8 hectares, pour une surface bâtie qui devrait se situer à 40.000 m2 environ –, la capacité supplémentaire d’extension, l’accessibilité aux transports et le soutien constant de la collectivité d’implantation, la communauté d’agglomération de Haguenau.

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A ce jour, le projet ne bénéficie pas d’aide financière du Conseil régional du Grand Est. « C’est une question qui fait partie de nos négociations encore à venir », a exposé le président de la collectivité Jean Rottner. © Duchili


Les controverses sur la 5G ont été soigneusement éludées, mais il n’y a guère de doutes sur le fait que les fortes réserves de l’exécutif de l’Eurométropole de Strasbourg ont abouti à écarter l’option d’une implantation dans l’agglomération, sur le parc d’innovation d’Illkirch, alors que celui-ci cochait toutes les cases.

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