L’activité coutelière nogentaise, en Haute-Marne, ne subsiste pas uniquement par le couteau d’art fermant, mais également par de la production industrielle que représente seule l’entreprise Nogent***. Née en 1923 et devenue en 2013 Entreprise du Patrimoine Vivant, elle tient bon la barre d’une fabrication 100% française qui tire son épingle du jeu grâce à la qualité et l’innovation.

 

L’un des berceaux de la coutellerie, mais aussi de cisellerie française, existe toujours même s’il s’est réduit à peau de chagrin depuis la fin du 19ème siècle. En témoignent les quelques artisans créateurs de couteaux fermants qui livrent, chacun selon son inspiration, un véritable travail d’orfèvre. En témoigne aussi pour le couteau de table comme d’office (cuisine), et quelques autres ustensiles, l’entreprise Nogent Trois Étoiles, qui s'écrit communément Nogent***, implantée à Biesles, commune distante de 9 km de Nogent (Haute-Marne).

 

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Face aux bureaux où l’on accède par une toute petite rue, qui peut soupçonner l’existence d’une usine de 5.000 m2, répartis sur deux niveaux, et plantée sur un terrain de deux hectares ? Les bureaux étaient jadis l’atelier de Louis André, le fondateur en 1923, devenu une année plus tard l’un des meilleurs ouvriers de France (MOF) de la première promotion du genre.
Très intégrée, l'entreprise Nogent*** ne délègue en sous-traitance qu’un type de petit ressort et cela se voit en découvrant les innombrables équipements du siècle dernier, couleur vert réséda, ou d’aujourd’hui qui occupent les deux étages.

Garantie à vie de ce « made in France »

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Affilage de la lame d'un couteau. © Traces Ecrites

Ici, toutes les tâches de la métallurgie, comme celles de la tournerie, s’opèrent avec 30 salariés, dont deux septuagénaires qui, pour tout l’or du monde, disent-ils, ne quitteraient pas leur poste.
En conséquence, les métiers sont multiples : on découpe, emboutit, décollette, frappe à froid, trempe, usine, crante, tamponne, émoudre (aiguiser), monte et surtout affile – et non aiguise – ou affûte une lame. « Nous tournons aussi et planons nos manches en bois de charme, vieilli sur parc, ou les plastifions », complète Eric Sirvin, le président de Nogent***.

 

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Labellisé Entreprise du Patrimoine vivant depuis 2013, l’industriel ne joue pas que sur son côté vintage, il innove beaucoup. Les manches en couleur et translucides, « une exclusivité mondiale », c’est lui au début des années 90. Les couteaux avec quatre dents au millimètre invisibles à l’œil nu, c’est toujours lui. Et le couteau à poisson à usages multiples de coupe, découpe et écaillage, c’est encore lui.
« Nous fabriquons également des ouvre-boites avec un vrai couteau intégré et des ouvre-boîtes à anneaux qui évitent blessures et crises de nerf si l’anneau casse », indique amusé le dirigeant.

Un peu d’histoire

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Finition d'un éplucheur que Nogent*** vend par dizaines de milliers à son concurrent suisse Victoria (Victorinox). © Traces Ecrites
Créée en 1923 sous le nom de Louis André et Compagnie, le fabricant de couteaux est repris, en 1972, à la retraite du fondateur, par Pierre Minel, commercial de génie qui exportait à tour de bras sans connaître la moindre langue étrangère.
Un an plus tard, il étend l’atelier pour en faire une véritable usine et rebaptise sa société, Victoria Nogent, en référence au Suisse Victoria, qui commercialise ses couteaux sous la marque mondialement connue de Victorinox, et à qui aujourd’hui encore l’entreprise haut-marnaise vend des dizaines de milliers d’éplucheurs.
  Après la transmission à son fils Dominique, ce dernier est contraint de déposer le bilan au milieu des années 1980. C’est alors qu’un industriel nantais, Jean-François Sirvin, le père de l’actuel dirigeant, rachète l'entreprise.
Propriétaire de Guillouard (2,7 millions d’€ de chiffre d’affaires et dernier galvaniseur à chaud), cet autre spécialiste du métal produit une multitude d’articles métalliques : arrosoirs, lampes tempête, stérilisateurs, seaux, trémies, composteurs… Il  relance les fabrications, élargit les gammes et rationnalise les flux. Son fils lui emboîte le pas ensuite et va même en 2008, racheter l'atelier de cisellerie de Daniel Henry.

Au total, 1,5 million d’unités sortent chaque année des ateliers en pas moins de 200 références. Il y en aura sans doute une supplémentaire, bientôt, dotée d’une nouvelle lame et d’un nouveau type de manche (20.000 € d’investissement), mais pas question d’en dire plus. Le couteau peut aussi vivre comme objet publicitaire grâce à une toute récente machine de marquage laser.

Le chiffre d’affaires de Nogent*** atteint 2,8 millions d’€ avec un tiers d’exportation. En France, l’activité est répartie assez équitablement entre grande distribution, grossistes traditionnels et forains sur les marchés, très friands de produits de qualité. « Nous avons aussi une boutique de vente en ligne et un magasin d’usine », précise Eric Sirvin, un rien remonté contre la marchandise à bas coût venue d'Asie qui consitue une grosse concurrence.


Qui est Éric Sirvin ?

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© Traces Ecrites

 Il faut savoir suivre ce grand gaillard de 45 ans arpenter à pas de géant les vastes ateliers de Nogent ***. Pas une des multiples tâches pour fabriquer un couteau, un éplucheur ou un ouvre-boîte, ne lui échappe et il prend un réel plaisir à les expliquer par le menu.
Diplômé de l’Ecole Supérieure de Gestion (Paris), il prolonge ses études supérieures par une maîtrise en administration des affaires (MBA), obtenue aux Etats-Unis. Éric Sirvin intègre ensuite l’entreprise familiale en 2001 comme contrôleur de gestion, puis en devient le président huit ans plus tard.

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Préparation des lames pour la trempe, opération qui consiste à chauffer le métal, puis à le refroidir, afin d'augmenter sa résistance. © Traces Ecrites
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L'entreprise équipe ses ouvre-boîtes d'un couteau pour faciliter l'ouverture. © Traces Ecrites
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Nogent*** fabrique également des ciseaux depuis le rachat en 2008 de l'atelier local de cisellerie de Daniel Henry. © Traces Ecrites
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1,5 million d’unités sortent chaque année des ateliers en 200 références.© Traces Ecrites

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