AGROALIMENTAIRE/ALSACE. Les Pâtes Grand’Mère partagent un privilège avec les biscuits Saint-Michel : celui d’être approvisionné par les œufs de Loué. Les célèbres fermes de l’Ouest ont accepté d’associer leur nom à la marque alsacienne de pâtes.

Avec ce produit à plus grande valeur ajoutée, la PME familiale Heimburger, dans le Bas-Rhin, espère renforcer sa présence nationale. Aujourd'hui, 60% de ses ventes sont réalisées dans l'Est.

 

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Rideau de pâtes. ©Christian Robischon.

 

Depuis quelques semaines, la PME familiale Heimberger a lancé une gamme de huit pâtes « à l’ancienne » où la combinaison entre les œufs IGP (indication géographique protégée) de Loué, une semoule de blé dur de haute qualité et le propre savoir-faire du fabricant alsacien, connu sous la marque Grand'Mère, engendre un produit aux couleurs plus claires comme les pâtes d’autrefois, à la texture renforcée pour mieux retenir la sauce, fermes et au goût renforcé.

 

Bref, de quoi justifier leur prix supérieur de 20 à 25 % au standard de la marque, soit entre 1,40 et 1,50 € le paquet standard de 250 gammes.

 

Pour cette prestigieuse association avec la coopérative Fermiers de Loué - ce cobranding pour parler branché et franglais - Grand’Mère avait la légitimité de décennies de production naturelle : ses recettes aux 7 œufs frais, héritées de plusieurs siècles de tradition alsacienne,  sont sa marque de fabrique.

 

Philippe Heimburger, le PDG,  escompte un effet booster de 6 % sur l’activité. La nouveauté devrait en effet représenter 10 % des ventes sous la marque Grand’Mère vendues dans l’Est qui elles-mêmes pèsent 60 % dans la production, complétée par les marques de distributeurs écoulées dans toute la France.

 

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L’entreprise de 90 salariés revendique 1,7 % du marché national. Elle fabrique chaque année 12 000 tonnes à l’entrée de Marlenheim (Bas-Rhin), là même où tout a commencé avec le grand’père boulanger dans les années 1930. L’atelier d’origine abrite aujourd’hui la cuve de réception des œufs. Le chiffre d’affaires lui, fluctue avec le cours des matières. L’an dernier, il s’est situé à 21 millions d’€.

 

La pérennité dans le temps est une vraie performance. « Des usines de pâtes, la France en comptait 400 dans l’immédiate après-guerre. Aujourd’hui, nous sommes encore six, dont trois en Alsace », rappelle Philippe Heimburger. Elle reste un défi. « Nous la devons à nos innovations et à nos stratégies de niche », juge l’actuel dirigeant.

 

Grande distribution et IGP Pâtes d'Alsace

 

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La cuve de réception des œufs dans l’atelier d’origine de fabrication de pâtes, créé par le grand’père de l’actuel dirigeant. ©Christian Robischon.

 

Grand’Mère a pris le virage de la grande distribution dans les années 1970 et même temps, bataillé pendant 11 ans pour obtenir en 2005 l’IGP Pâtes d’Alsace gage de qualité. Elle investit à intervalles réguliers : 1,5 million d’€ viennent d'être injectés dans deux emballeuses ultra-rapides.

 

L'entreprise doit continuer à composer avec des conditions économiques compliquées. Depuis 2008, les crises successives du blé ont provoqué plus d’un exercice en perte. La nouveauté « premium » avec son prix, donc ses marges, plus élevées, ferait le plus grand bien en cas de réussite.

 

Cette nouvelle gamme avec Loué, c’est aussi un peu un nouveau baptême du feu pour Philippe Heimburger, circonstances obligent. Il s’est retrouvé bien malgré lui seul au gouvernail du navire familial : son frère Robert est décédé d’un cancer fin mars 2014.

 

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Philippe Heimburger, PDG. ©Christian Robischon.

 Vers le marché national et l'export

 

« Il était l’âme commerciale alors que moi, mon univers, c’est la production, j’ai la fascination des machines. Où qu’il y ait une nouveauté technologique, ça m’intéresse. Il m’a donc fallu endosser l’autre casquette. C’est à ce moment que je me suis dit : maintenant, ça va être toi », indique celui qui se rêvait un temps pilote d’avion de chasse.

 

Entouré de quelques conseils internes et externes, Philippe Heimburger opère sa mue avec talent. Et se sent pousser des ailes.

 

Il compte emmener la marque vers le marché national où elle fut présente un temps, et il vise une montée de l’export de 20 % aujourd’hui  à 35 % dans quelques années.

 

Grand’Mère cherche aussi une nouvelle jeunesse en Malaisie, en Thaïlande ou plus encore au Japon où elle compte profiter de la réputation des produits alimentaires de France.

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