Après la pénurie de masques, la pénurie de verre acrylique plus communément appelé plexiglas ? A Saint-Avold (Moselle), Altuglas international a augmenté d’un quart sa production de plaques de ce thermoplastique transparent. Les transformateurs lorrains Form X.L. et Loraplast témoignent aussi de la tension autour de ce matériau destiné à être transformé en vitre de protection anti-coronavirus.


Qu’on l’appelle plexiglas – une marque déposée – « verre acrylique » ou encore de PMMA, l’acronyme de sa composition chimique (polymétacrylate de méthyle), ce thermoplastique transparent, très résistant, est devenu une denrée rare. Alors que le déconfinement est engagé depuis le 11 mai, des acteurs lorrains témoignent de la tension, à tous les étages de la filière, sur ce matériau indispensable à la fabrication de protections anti-coronavirus : séparateurs de bureaux, écrans de protection pour comptoirs, etc.
« La Ville de Paris nous a commandé 600 vitres de protection en PMMA en nous expliquant que leur livraison conditionnait le calendrier de reprise des personnels administratifs », illustre Jean François, gérant de Form X.L. à Boureuilles, dans la Meuse.

 

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En temps normal, cette PME de 30 salariés qui réalise un chiffre d’affaires de  2,5 millions d’€, découpe et plie de grandes plaques de PMMA de 3 mètres par 2 mètres pour les marchés de l’événementiel et du mobilier. La nécessité de contenir les risques d’exposition au Covid-19 a réorienté la production de ses ateliers.
« Nous avons exhumé l’hygiaphone ! Certes, cette typologie d’écran sanitaire avait été réintroduite à notre catalogue avec la survenue de la grippe H1N1. Mais nous n’avons écoulé que 700 unités en dix ans. Là, en l’espace de sept semaines, 10.000 exemplaires sont partis ! », poursuit le dirigeant.
La moitié est destinée aux administrations et aux établissements de santé. Dans pareille situation, la disponibilité de la matière dicte les délais rappelle la société qui s’appuie sur ses fournisseurs habituels : le fabricant italien Madreperla et le distributeur français Sunclear. Mais, Form X.L. a parfois dû envoyer des poids-lourds aux portes de dépôts voire de l’usine.

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La production d’écrans sanitaires a plus que compensé la perte d’activité dans l’événementiel de la PME meusienne Form X.L. © Form X.L.

Dans l’agglomération de Nancy, le téléphone de la société Loraplast sonne sans discontinuer. Alexandre Mérigot, cogérant de cette entreprise de transformation et distribution de semi-produits plastiques, s’efforce de répondre à la demande. « Certains clients ont appelé des dizaines de fois pour obtenir des protections pour le 11 mai. Globalement, nous invitons les acheteurs à se positionner rapidement, car un fournisseur de plaques PMMA m’indiquait récemment que chaque jour qui passe rallongeait les délais de livraison d’une semaine. La demande est mondiale, les usines sont surchargées. » 
Les gros acheteurs occupent le terrain à l’instar de la société Adoma (ex. Sonacotra) qui, au mois d’avril, a absorbé les trois-quarts des protections sorties des ateliers de l’entreprise de 25 salariés (chiffre d’affaires de 5 millions d’€). Les supermarchés et professionnels de santé sont également sur les rangs, alors que Loraplast travaille habituellement plutôt pour l’industrie, le bâtiment et les supports de communication.

 

Les séparateurs Covid-19 supplantent les baignoires

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Les plaques de PMMA produites sur le site d’Altuglas international en Moselle sont distribuées sur les marchés français et européen. © Altuglas

Hervé Guislain, le directeur commercial du distributeur de produits plastiques semi-finis Sunclear, livre un regard plus global sur la filière. Cette société de 350 personnes implantée dans le Nord compte notamment des dépôts à Metz, Colmar et Dijon. « La demande est mondiale et les clients ont besoin de quantités importantes, dans des délais très courts. Or, une chaine de production de plaques PMMA ne se monte pas d’un claquement de doigt. C’est pourquoi nous réorientons les acheteurs vers des produits alternatifs lorsque leurs demandes portent sur des séparateurs latéraux ou des cloisons qui ne requièrent pas de la transparence. »


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A Saint-Avold, en Moselle, le ballet des semi-remorques n’est pas près de s’arrêter sur le site d’Altuglas international. Cette filiale du chimiste français Arkema est logiquement montée en cadence en vue de couler sur place davantage de plaques de PMMA, sa principale activité. Le site lorrain a poussé son outil industriel à la limite de ses capacités pour fabriquer en continu 1.500 à 2.000 plaques par jour et répondre ainsi à la demande de ses marchés français, mais aussi européens.
L’usine est parvenue à augmenter sa production d’un quart, en s’appuyant sur une baisse de la demande pour les baignoires acryliques, son second débouché commercial. « Nous sommes passés d’une proportion de 60% de PMMA transparent contre 40% de PMMA sanitaire à une proportion 85%-15% », évoque David Mercier, le directeur de l’usine mosellane.
Le responsable qui salue l’engagement de ses 120 salariés, annonce des délais de livraison sous trois semaines. « Nous avons eu la chance que le site Altuglas international de Rho en Lombardie ne stoppe pas la production de résine acrylique indispensable à nos procédés. Il s’agit pourtant d’un des territoires les plus touchés par l’épidémie de coronavirus ». Aux délais de livraison tendus s’ajoute logiquement une tension sur les prix de la matière première.

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