EMBALLAGE. Le jeu de mot était facile, reconnaissons-le, mais il est justifié. Dans le secteur fort sinistré du carton, la PME alsacienne Fellmann Cartonnages de Soultz (Haut-Rhin) se distingue par sa croissance continue.

On avait connu Pascal Fellmann dans une pièce d’arrière-cour d’une rue discrète de centre-ville à Guebwiller, on le retrouve 10 ans plus tard dans un vaste bureau surplombant les machines flambant neuves d’une usine qui s’affiche en grand dans la zone industrielle de Soultz (Haut-Rhin), quelques kilomètres plus loin.

Entre temps, sa société de cartons d’emballage a survécu à la vague de fond qui a divisé par quatre le nombre de fabricants français dans cette branche. Mieux que survécu : Fellmann Cartonnages n’a cessé de grandir en effectifs et en taille pour atteindre 140 salariés et 31 millions d’€ de chiffre d’affaires à la fin 2011, soit 17 % de plus qu’en 2010.

Seule la crise de 2009 a causé un léger recul de 2 %. L’évolution est à la mesure de l’être qui l’incarne : 16 ans après avoir repris l’entreprise de son grand-père, le jeune homme qui faisait un peu figure "d’insensé" en croyant à l’avenir de la profession, s’est mû en un président de 44 ans, dans la force de l’âge.

La recette du succès tient en deux ingrédients de base, selon lui. D’abord une «capacité à réussir la reprise d’entreprises en difficulté». Sur ce point, Pascal Fellmann n’en dira pas plus.

Les faits : Fellmann a d’abord repris 2 sociétés alsaciennes en 1998 et 2001 pour former l’entité actuelle d’une centaine de salariés regroupée à Soultz. Puis à l’automne 2006, il a jeté son dévolu sur l’ex-usine Saint-Germain-Emballages à Villeneuve-Saint-Germain en Picardie. Une belle signature d’antan laissée à l’abandon pendant 5 ans, cédée par le groupe scandinave AR Carton avant de connaître une reprise avortée et d’être liquidée.

«Nous l’avons reprise sans clients, avec 26 personnes et l’ambition de réaliser 3 millions d’€. Aujourd’hui, nous en sommes à 43 salariés, 12 millions d’€ de chiffre d’affaires et, début 2012, une équipe de week-end suscitera 12 embauches». La croissance externe, Fellmann y reste «attentif».

L’autre clé tient à l’effort d’investissement. «Nous y consacrons 10 à 20 % de notre CA annuel, c’est 2 à 10 fois plus que nos concurrents. Si bien que notre parc de presses offset, machines de découpe, plieuses-colleuses… est renouvelé tous les cinq ans».

Les cartons recyclés ont flambé de 30 % en 18 mois

Les 2 sites du groupe produisent au cumul 27 000 tonnes par an, qui s’écoulent en très grande majorité dans l’agro-alimentaire. Pascal Fellmann n’y voit pas un risque de mono-clientèle. «Cette industrie-là est très variée. De nombreux acteurs de notre secteur sont spécialisés. La pharmacie ou la cosmétique, autres débouchés forts de l’emballage, obéissent à des spécifications et des méthodes de travail bien différentes».

L’évolution du portefeuille s’exprime plutôt dans sa géographie : l’export (Allemagne, Benelux, Suisse) progresse régulièrement pour représenter 12 % de l’activité.

Dans ce paysage ensoleillé, les nuages viennent des coûts : les cartons recyclés qui représentent 80 % de sa matière première, ont flambé de 30 % en 18 mois. «Leur cours a atteint cet été des pics que je n’ai jamais connus en 16 ans», témoigne Pascal Fellmann.

La cause est plutôt originale : la demande… chinoise de produits … français. Explication du dirigeant : «On constate une exportation massive de vieux papiers vers la Chine pour fournir les usines de carton que les groupes internationaux ouvrent à tour de bras là-bas. D’où une hausse des prix qui se répercute sur notre propre matière première. La tension va perdurer, car la collecte de papiers en Chine n’est pas suffisamment organisée pour absorber l’énorme demande intérieure».

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