L’un des derniers fabricants français de visserie industrielle, Vissal Manufacturing dans le Haut-Rhin vient d’acquérir une presse de 40 tonnes. Un investissement mobilier et immobilier de 600.000 €, conséquent à l’échelle de l’entreprise de 19 salariés, qui augmentera les cadences de vis, boulons et autres éléments de voies ferrées.

 
Elle était très attendue. Chez Vissal Manufacturing, la nouvelle presse de 40 tonnes a pris place dans les ateliers de Linsdorf (Haut-Rhin) en début d’année. Elle devient l’équipement-phare de la PME, l’incarnation de son ambition de moderniser un outil de forgeage à chaud, découpe, ébavurage et traitement à froid de visserie industrielle ferroviaire qui commençait à faire son âge. 
Conséquent à l’échelle de l’entreprise de 19 salariés, l’investissement  mobilier et immobilier de 600.000 € augmentera les cadences de vis, boulons et autres éléments de  voies ferrées, mais jusqu’à une certaine mesure :  « Nous resterons toujours un acteur de petite série, capables de répondre à une commande de 100 pièces. Grâce à cette nouvelle presse,  toutefois, nous pouvons viser des volumes unitaires un peu plus importants que nos capacités précédentes, pour atteindre de l’ordre de la centaine de milliers de pièces », décrit le gérant Michel Ulryck.

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Vissal Manufacturing, c’est en effet un peu l’épicier dans un secteur de gros, de plus en plus mondialisé de surcroît. Comme on peut s’en douter, la production en grande série de telles pièces de quelques millimètres de diamètre et quelques centaines de grammes est devenu le domaine réservé  de sociétés en Europe de l’Est aux coûts salariaux imbattables. La plupart de leurs concurrents français sont tombés les uns après les autres, à force de vouloir tirer sur les prix.
Pour ne pas faire de même, Vissal a décidé d’avancer avec deux pieds. Pour les pièces standard, l’activité s’est concentrée sur le négoce qui procure 8 millions d’€ de chiffre d’affaires, principalement auprès des  grandes surfaces de bricolage (GSB) et de la quincaillerie, à partir de Linsdorf et depuis 2006, d’un site dans le Nord acquis par croissance externe et qui assure la proximité avec les grands noms de la GSB comme Leroy-Merlin.
Pour le sur-mesure en revanche, le choix a été fait de développer la production, au sein d’une entité distincte, filialisée en 2004 sous Vissal Manufacturing,


La SNCF, 60 % des débouchés

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Vissal Manufacturing fabrique vis, boulons et autres éléments de voies ferrées. © Traces Ecrites

A cette époque, l’entreprise devenue depuis quatre ans la propriété de Michel Ulryck, qui l’avait rachetée au groupe métallurgique suisse Von Moss, dans lequel il exerçait comme cadre. Ce changement s’est accompagné de la structuration d’un service commercial.
L’entreprise s’est faite sa réputation d’experte du sur-mesure, en premier lieu auprès de la SNCF qui représente 60 % de ses débouchés, devant l’équipement ferroviaire Vossloh. « Le label SNCF donne une carte de visite de technicité qui nous ouvert les portes d’autres exploitants et opérateurs ferroviaires : Deutsche Bahn, le suisse SBB… » , souligne Michel Ulryck.
Le chiffre d’affaires a progressé régulièrement, dans un contexte de relance des investissements pour la maintenance des réseaux ferroviaires, renforcée malheureusement par des épisodes dramatiques ou le déraillement mortel de Brétigny-sur-Orge en 2013. « Nous sommes en quelque sorte une bibliothèque-mémoire : lorsque la SNCF a recherché les références de pièces pour la réfection d’un vieux pont dans le Sud, c’est chez nous qu’elle est venue les trouver », souligne Michel Ulryck.

 

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Ce contexte plutôt porteur a son exigence : la montée en gamme de l’outil de production. La nouvelle grosse presse vient prolonger un effort sur ce plan déjà traduit par l’installation d’une machine d’électro-érosion en 2016 et d’un tour à commande numérique l’année suivante.
Vissal Manufacturing a également bénéficié du soutien financier de Sodiv et a suivi un diagnostic industrie du futur de la région Grand Est. Ce travail « de grande qualité », salue le dirigeant, a préconisé de pousser la robotisation, mais Michel Ulryck hésite à aller jusqu’au bout de la logique : « Nous sommes dans des métiers dans lesquels le coup de patte de l’opérateur reste fondamental », observe-t-il.
La progression a subi un coup d’arrêt en 2018, non en raison du marché selon le dirigeant, mais du fait d’un souci interne inattendu causé par le jusqu’alors fidèle et fiable directeur technique, qui a finalement quitté l’entreprise. L’exercice 2018 s’est terminé par des pertes, mais celui de 2019 a marqué un retour des comptes dans le vert (un léger bénéfice de 5.000 €), pour un chiffre d’affaires de 2,7 millions d’€, correspondant à ses standards.
De la nouvelle presse, Michel Ulryck attend un surplus d’activité de 500.000 à 1 million d’€, et il prépare l’installation de la GPAO (gestion de production assistée par ordinateur) : à 65 ans passés, le dirigeant regarde plus que jamais vers l’avant.

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De la nouvelle presse, Michel Ulryck attend un surplus d’activité de 500.000 à 1 million d’€
 Linsdorf, presque un hasard

Vissal a débuté son activité à Bâle, en Suisse, sous la propriété d’une petite société locale. Celle-ci l’a transférée quelques kilomètres plus à l’ouest, en France, au milieu des années 1970.
La raison ? « L’entreprise employait presque exclusivement des frontaliers français. Le patron a demandé au chef de production de l’époque de lui trouver un terrain. Et comme celui-ci habitat à Linsdorf »… relate en souriant Michel Ulryck. On a effectivement connu étude d’implantation plus poussée, mais probablement plus onéreuse aussi !

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