Inaugurée vendredi 25 octobre, l’unité collective de méthanisation agricole de Mutigney réunit huit agriculteurs du Jura et de Côte-d’Or dans une SAS d'investissement et d’exploitation. Opale Énergies Naturelles qui l’a installée et la Communauté de Communes Jura Nord sont actionnaires minoritaires. L’électricité produite alimente 370 foyers, soit 1.500 habitants des villages alentour.


Déjà organisés en Cuma (Coopérative d'Utilisation de Matériel Agricole), huit agriculteurs du Jura et de la Côte-d’Or, limitrophes, se sont réunis en une SAS, Chassey Énergies, pour réaliser une installation de méthanisation collective à Mutigney (Jura). Elle produit de l’électricité pour 370 foyers à partir de sous-produits de l’agriculture (fumiers, lisiers, résidus de cultures). La Communauté de Communes Jura Nord et la société d’ingénierie de Besançon, Opale Énergies Naturelles qui l'a conçue, sont associées comme actionnaires minoritaires.

 

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« Notre participation, toujours minoritaire, dans des projets d’installations de méthanisation n’est pas systématique, mais nous la proposons car c’est un gage d’encouragement à aboutir ; on  prend le risque avec le porteur de projet », explique Florence Molin, directrice de l’activité Méthanisation chez Opale Énergies Naturelles.
L’unité de méthanisation en service depuis mai dernier, et inaugurée vendredi 25 octobre, trouve son intérêt dans la dimension collective. « Chaque exploitant s’engage sur un volume de matière première, cela a permis de bien dimensionner l’installation et de s’assurer d’une régularité d’approvisionnement nécessaire à un bon fonctionnement et à une rentabilité », explique Cyril Jussiaux, éleveur et président de la SAS Chassey Énergie.
L’installation devrait être rentable dès sa seconde année de fonctionnement grâce à la revente de l’électricité à EDF, à un prix fixe négocié pour 20 ans. Le business model prévoit un amortissement de l’investissement de 2,8 millions d’€ au bout de 8 ans. Il a été financé par un emprunt - chaque agriculteur ayant apporté une part du capital -, et de subventions pour près de 600.000 € de l’Ademe, de la Région Bourgogne-Franche-Comté et de l’Europe (fonds Feader).

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Cyril Jussiaux, éleveur et président de la SAS Chaussey Énergie

Au bout de cinq mois d’activité, les exploitants disent avoir trouvé le rythme de croisière, après les ajustements indispensables.  « La méthanisation, ce n’est pas appuyer sur un bouton, on travaille sur du vivant, il faut trouver le bon équilibre entre la nature de la matière et la température extérieure », ajoute un ingénieur de chez Opale Energies Naturelles.
Avant ce projet lancé en 2016, les agriculteurs pour la plupart des éleveurs de bovins stockaient le fumier dans les champs, en attendant le bon moment pour l’épandre, c’est-à-dire essentiellement au printemps, générant au passage des gaz à effet de serre. « Nous stockons maintenant le digestat [résidu de la méthanisation des matières organiques, ndlr] à l’abri, sa meilleure efficacité permet de réduire les engrais chimiques et en sus, nous produisons une énergie locale et décarbonée », développe le président de la SAS Chaussey Énergie.
Longtemps hésitante, la filière de méthanisation agricole semble prendre son envol à l’échelle collective. Opale Énergies Naturelles dit avoir actuellement dans son portefeuille, une vingtaine projets en Bourgogne-Franche-Comté et en Rhône-Alpes.


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Comment ça fonctionne ?

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Le biogaz sert de carburant à un moteur  qui fabrique de l'électricité. © Traces Ecrites
L’unité de méthanisation de Mutigney utilise 11.500 tonnes d’intrants : 9.000 tonnes de fumier des exploitations d’élevage de quatre communes et 1.100 tonnes de maïs. Les intrants sont enfermés dans un premier digesteur de 29 mètres de diamètre. Sous l’effet de l’absence d’oxygène et d’un chauffage à environ 41 degrés, ils se dégradent et produisent du gaz méthane (ou biogaz) pendant 90 jours environ.
Transporté par une canalisation souterraine, le biogaz constitue le carburant d’un moteur de 250 kilowatts qui actionne une génératrice qui produit de l’électricité. Celle-ci est dirigée vers un transformateur qui envoie l'électricité sur le réseau EDF.
Les intrants dégradés dans le digesteur se présentent à 80% sous forme liquide et le reste solide (du compost). Ils sont stockés dans un second digesteur en attendant d'être épandus dans les champs comme fertilisant.

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