La filière tricolore représente une part marginale des ventes de chaussures. Mais des manufactures renaissent comme la Compagnie Française de la Chaussure à Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), au nord de Nancy. Sous l’impulsion de sa dirigeante depuis trois ans Ingride Muller, épaulée par le suisse Petrus Finance (Le Coq Sportif), la PME vient d’achever la production de la gamme « Made in France » d’un autre fleuron lorrain, l’enseigne Chaussea.


A Champigneulles (Meurthe-et-Moselle), la discrète Compagnie Française de la Chaussure a achevé début octobre la production de la première gamme « made in France » de la chaîne de magasins Chaussea. Au total, dix modèles femmes ont été fabriqués dans les ateliers de cette manufacture emblématique labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant » (chiffre d’affaires de 1,3 million d’€ en 2020). Une belle reconnaissance du travail abattu par Ingride Muller, l’ex directrice des ressources humaines de l’usine devenue il y a trois ans la principale actionnaire de cette pépite lorraine, avec le soutien du suisse Petrus Finance, propriétaire de la marque Le Coq Sportif.

Le courant est bien passé avec les frères Michel et Gaëtan Grieco, fondateurs de Chaussea en 1984 à Valleroy (Meurthe-et-Moselle). La gérante de la manufacture tenait à collaborer avec ces Lorrains « au parcours impressionnant et avec lesquels je partage certaines valeurs.  Nous avons tous les trois des parcours d’autodidactes. Gaëtan Grieco a quitté la Lorraine à 16 ans pour travailler dans une usine de chaussures en Toscane, berceau de sa famille, avant d'y revenir pour écouler les stocks de son patron sur les marchés. Il a associé à l'aventure son frère Michel, alors gendarme. »

 

bpalcseptembre

 
Pour sa part, Ingride Muller n’avait pour tout bagage que son bac littéraire, complété par un bac professionnel en RH-comptabilité. Elle a gravi un à un les échelons des services où elle a exercé, dans la fonction publique hospitalière et le transport routier de marchandises. Tout s’est accéléré en mai 2018, lorsqu’elle a été recrutée comme DRH intérimaire par la manufacture de Champigneulles à l’époque « Compagnie vosgienne de la chaussure » (CVC).
Cette usine est l’héritière du groupe de chaussures André né en 1896 à Nancy, aux fondements du groupe Vivarte (La Halle aux Chaussures, Minelli, Besson, etc.). Vivarte avait cédé la CVC fin 2016 à l’Allemand Hanse Industriekapital (HIK) et revendu la marque André en 2018 au site de vente en ligne Spartoo.

 

cfcmodele
La Compagnie Française de la Chaussure fabrique la gamme « made in France » des enseignes Chaussea. © Philippe Bohlinger

 
Quatre mois après l’embauche d’Ingride Muller, le repreneur allemand plaçait la manufacture en redressement judiciaire. Depuis, la DRH d’alors n’a pas eu une minute à elle. A l’annonce du redressement, le 25 juillet 2018, en une semaine, elle a monté les 131 dossiers indispensables à l’indemnisation des employés par le régime de garantie des salaires dès le mois suivant.  Son premier dossier de reprise a été bouclé en cinq jours chrono avant l’ouverture de la procédure de liquidation, se souvient-elle. Finalement, cette femme persévérante a officiellement racheté les actifs de la manufacture le 11 décembre 2018 à la barre du tribunal. Au total, 30 salariés ont été conservés sur les 131.

« Je me suis battue pour sauver cette entreprise menacée de disparition pure et simple. Petrus Finance, un ancien client de l’entreprise au travers de sa filiale Airesis (Le Coq Sportif) a répondu présent en devenant notre actionnaire minoritaire et en s’engageant à abonder le fonds de roulement pendant trois ans à la demande du tribunal de commerce », expose la dirigeante. Le groupe Vivarte a également assuré des commandes régulières à l’entreprise jusqu’à son démantèlement en juin 2020.

Malgré les nombreux écueils qu’elle a dû surmonter, la dirigeante insiste sur le soutien apporté par les pouvoirs publics :  l’Etat au travers du Commissariat au redressement productif ainsi la Communauté de communes du Bassin de Pompey qui a acquis les 15.000 m² d’ateliers au moment de la liquidation.

 


Des modèles pour enfants de la marque Little Mary

cfctrois
Les 30 salariés maintiennent un savoir-faire reconnu au travers du label « Entreprise du patrimoine vivant ». © Philippe Bohlinger

 

Les commandes de la chaîne de magasins Chaussea ont été suivies d’une autre bonne nouvelle. La Compagnie Française de la Chaussure s’est vue confier cette année la production de modèles « Little Mary », une marque pour enfants rachetée en 2019 par Spartoo (André, GBB, JB Martin, EasyPeasy). Ingride Muller ne tire pas pour autant de plans sur la comète. Elle se concentre sur ses clients et ne se ménage pas afin de livrer dans les temps les enseignes Chaussea, allant jusqu’à emballer de ses mains pas loin de 300 colis en un week-end.

 

ui-investissement-062021

 
A moyen terme, son objectif est de recréer un bureau d’études, instaurer un centre de formation, et réintroduire les métiers de découpe des cuirs et de couture de la « tige » (assemblage des différentes pièces formant le dessus de la chaussure). Elle-même maîtrise d’ailleurs toutes les étapes de fabrication d’une chaussure.

Dans l’atelier, deux des six îlots de production tournent à plein régime. Et les machines de production non utilisées sont maintenues en état de fonctionnement par le service maintenance. Le local de stockage des cuirs est également en cours d’inventaire. En effet, Ingride Muller fourmille d’idées : Elle a déjà imaginé un escarpin et produit 300 modèles d’une basket sur laquelle un brevet est en cours de dépôt.

 

atelierscfc
Les 15.000 m² d’ateliers sont loués à la Communauté de communes du Bassin de Pompey. Pour l’instant, deux des six îlots de production tournent à plein régime. © Philippe Bohlinger

Commentez !

Combien font "9 plus 4" ?