Alors que la saison démarre, les producteurs sont à la peine. Les restaurants fermés depuis le 15 mars et les marchés primeurs de plein air, depuis le 24 mars, représentaient 70% des ventes d’asperges d’Alsace. Si la grande distribution a pris des engagements, la concurrence des autres régions productrices tirera les prix vers le bas.


La main-d’œuvre devrait être suffisante pour récolter les asperges. Lancée le 20 mars, l’opération « des bras pour ton assiette » sur la plateforme web de mise en relation des agriculteurs, viticulteurs et éleveurs WiziFarm, et le site agriculture-recrute.org, ont eu un écho très favorable. « Nous avons désormais plus de candidats que d’offres d’emplois ! », s’amuse Pierre Lammert, le président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace. Dans le Haut-Rhin, plus de 400 candidats se sont déclarés.
La récolte a démarré doucement avant Pâques, mais va s’accentuer cette semaine. La plupart des candidats sont des salariés au chômage partiel qui n’ont jamais travaillé dans les champs. « Le travail qu’on propose ce n’est pas juste prendre l’air, la récolte des asperges, c’est un peu physique », rappelle Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace et producteur à Bilwisheim, entre Strasbourg et Haguenau.

 

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Habituellement, la profession faisait appel à des travailleurs saisonniers des pays de l’Est, rodés aux travaux agricoles. « On verra… Je pense qu’il y aura des personnes de bonne volonté, mais il y aura aussi des abandons », pronostique le producteur. Lui et ses pairs s’inquiètent également des risques sanitaires. Pour respecter les distances de sécurité et les mesures barrières à la récolte, au lavage, au triage et au conditionnement, certains dirigeants ont décidé de produire moins.

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Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la Promotion de l’Asperge d’Alsace : « Habituellement, la profession fait appel à des travailleurs saisonniers des pays de l’Est, rodés aux travaux agricoles ; la plupart des gens engagés aujourd’hui sont des salariés au chômage partiel qui n’ont jamais travaillé dans les champs. »

L’inquiétude réside aussi et surtout au niveau des débouchés. En Alsace, les ventes d’asperges sont habituellement écoulées à 70% dans la restauration et les marchés de plein air, la grande distribution ne représentant que les 30% restants. Or, avec la fermeture des restaurants et des marchés primeurs liée à la crise du Covid-19, les grandes surfaces deviennent le seul circuit de vente. « Il faut que la grande distribution joue le jeu. Lors d’un récent conseil d’administration extraordinaire, les grandes enseignes de la distribution membres de notre association, ont pris des engagements pour mettre en avant les asperges d’Alsace », affirme Pierre Lammert.
Les supermarchés avaient l’habitude de se fournir aussi dans les Landes. Et cette région se trouvant également en surproduction, la baisse des prix est inévitable. Avant Pâques, comme l’offre était encore rare, les prix se maintenaient à 10-12 € le kilo pour la catégorie 1, mais dès que les volumes vont augmenter, les prix vont chuter dans la grande distribution et chez les grossistes.

 

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Des intentions de récolte à la baisse

 
En Alsace, la culture des asperges représente environ 500 hectares exploités par enviorn 200 producteurs indépendants et la Coopérative des Fruits et Légumes d’Alsace de Hoerdt. La région reste une petite productrice comparée au Sud-Ouest de la France. Mais cette culture est ancrée dans le patrimoine agricole et gastronomique régional.

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En Alsace, les asperges sont recouvertes d’une bâche noire car, sans photosynthèse, le légume conserve sa blancheur. © Asperges d’Alsace

Beaucoup d’exploitations sont en polyculture mais certaines dépendent en majorité des asperges. « Pour mon exploitation, les asperges représentent 80% de mon chiffre d’affaires », affirme Jean-Charles Jost. Sur ses 40 hectares, il ne pense récolter que la moitié. Au niveau de la profession, il sait que les intentions de récolte se limitent à 60% des surfaces. « Cela peut changer si le marché le permet, mais chacun reste prudent aujourd’hui », assure-t-il.
La prolongation du confinement jusqu’au 11 mai pose beaucoup de questions bien que la saison des asperges s’étale jusqu’à mi-juin. Plusieurs exploitations risquent de se retrouver en grande difficulté « car nous n’avons pas d’autres productions pour rattraper le manque à gagner », déplore Jean-Charles Jost.

Les agriculteurs comptent sur un soutien de l’Etat. Les exploitations agricoles sont éligibles à l’aide de 1.500 € accordée par le gouvernement aux TPE qui ont connu une perte de chiffre d'affaires de plus de 50 % au mois de mars par rapport au mois de mars de l’an passé.
Mais cela reste une somme assez dérisoire pour des entreprises qui engagent de la main d’œuvre et qui ont des charges sociales à payer. « Il existe aussi le report de prêts, mais c’est de l’argent que l’agriculteur devra quand même sortir à un moment ou un autre », rappelle Pierre Lammert.



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