Repreneur de Dietrich Carebus à Ingwiller (Bas-Rhin), son distributeur en France, Temsa prend le virage de l’électrique. En ce mois de mars, il lance son premier modèle sur le marché français, un bus pour l'urbain et l’inter-urbain de 69 places. L’atelier alsacien est dédié aux dernières adaptations des bus fabriqués en Turquie, la distribution, le SAV, les pièces de rechange et la formation des chauffeurs.
Voilà un peu plus d’un an que le constructeur turc de bus Temsa a repris la société Dietrich Carebus à Ingwiller (Bas-Rhin). C’était en novembre 2019. Ses plans auraient pu être contrariés par la crise sanitaire qui s’est déclenchée quatre mois après. Mais tel n’a pas été le cas : « Pour ce premier exercice 2020, nous nous étions fixé l’objectif de vendre 170 véhicules neufs, et finalement nous en avons vendu un peu plus de 200 », annonce Serkan Uzunay, le président de la filiale française de Temsa qui a été constituée, TFR. Celle-ci a réalisé un premier chiffre d’affaires annuel d’un peu plus de 33 millions d’€.
La prudence reste de mise mais ce premier bilan est encourageant quant à la pertinence du modèle que le nouveau propriétaire a mis en place : en Turquie la fabrication des véhicules et leur préparation pour le marché français ; en Alsace, les dernières adaptations, la distribution, le service après-vente, la fourniture de pièces de rechange et la formation des chauffeurs.
Lorsque son distributeur Dietrich Carebus s’est retrouvé en difficulté et in fine en redressement judiciaire à l’été 2019, Temsa s’était posé la question de déposer une offre. « Nous avons décidé d’y aller, car c’était l’opportunité pour nous d’entrer directement sur le marché français, l’un de nos trois plus importants hors Turquie, avec les Etats-Unis et l’Allemagne : nous y avons écoulé 5.000 véhicules avec notre distributeur en 20 ans. Intervenir sur le marché sans intermédiaire est un atout important », décrit Serkan Uzunay.
Le site d’Ingwiller, bien que malmené par ses difficultés, gardait des avantages précieux selon Temsa : « avant tout, l’expérience des équipes et un réseau de clientèle particulièrement dense. » Il fournit la RATP, Kéolis, Transdev, etc. en somme tous les acteurs qui comptent dans le transport public en France. La reprise s’est opérée sous la forme de la constitution d’une nouvelle société après liquidation judiciaire.

Temsa avait prévu d'injecter à Ingwiller, 2,6 millions d’€, et cette somme est désormais complètement consommée depuis ce mois de février. Ce sauvetage a préservé 54 emplois sur 120, dont 7 à l’agence de Mitry-Mory en région parisienne. Cet effectif n’avait pratiquement pas bougé depuis, mais à présent il va remonter légèrement : « Nous entamons un programme d’embauches qui nous fera passer à un peu plus de 60 salariés à la fin de l’année », indique Serkan Uzunay.
L’activité d’après-vente, qui avait été mise largement en sommeil depuis la reprise pour donner la priorité aux ventes neuves, devrait augmenter. Selon Serkan Uzunay, « nous avons l’atout de proposer une gamme complète qui occupe les trois grands segments : l’urbain, l’inter-urbain et le grand tourisme », au moyen de bus et autocars de 7 à 13 mètres de long, soit des capacités de 30 à 60 places assises.
Conversion dans les cinq ans aux motorisations non-thermiques

Et surtout, Temsa France / TFR va prendre le virage de l’électrique, qui est identifié comme la voie du futur pour les bus. Les équipes d’Ingwiller achèvent en ce moment la préparation d’un premier modèle : le MD9 Electricity, un véhicule de 9 mètres pour un peu moins de 69 places (26 assises et une trentaine debout) dont la France devient le second marché de lancement, en ce mois de mars, après la Suède en fin d’année dernière.
Ingwiller concrétisera ainsi cette conversion à l’électrique que sa précédente direction familiale avait recherchée, mais sans succès. Le repreneur turc se montre confiant quant au succès que rencontrera ce nouveau modèle pour l’urbain et l’inter-urbain. En tout cas, il en dresse une longue liste d’avantages. Parmi les plus notables, l’autonomie est portée à 230 kilomètres, le placement de la batterie sous le châssis procure une grande stabilité au véhicule, la conduite est aisée permettant de se passer au maximum de la pédale de frein en jouant simplement sur l’accélération et la décélération, et son système de récupération de l’énergie est optimisée. 
« MD Electricity, c’est un couple idéal entre l’environnement et le retour sur investissement », assure Serkan Uzunay. Temsa compte enchaîner rapidement en France avec la commercialisation de deux autres bus, de 12 mètres de long. La France devient ainsi un territoire pilote pour le groupe de la conversion de sa flotte aux motorisations non-thermiques. « Elle doit être bouclée dans les cinq ans, précise le président de la filiale française. Depuis deux ans, nous concentrons toutes nos dépenses de R & D (représentant 5 % du chiffre d’affaires annuel) aux solutions faibles émissions ou zéro émission de CO2. »
Créé en 1968, le constructeur Temsa emploie 1.300 salariés. Depuis 2020, il compte un actionnariat partagé à 50/50. D’un côté Sabanci, un puissant groupe turc multi-activités de 65.000 personnes, présent dans l’énergie, l’industrie, les matériaux de construction, la banque-finances et le commerce.
De l’autre PPF Group, le holding tchèque qui détient Skoda. Ce même opérateur est en passe de racheter l’usine Alstom de Reichshoffen (Bas-Rhin) toute proche d’Ingwiller. Il est entré en négociation exclusive avec le groupe français qui cède le site alsacien dans le cadre de sa fusion avec Bombardier.







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