Repreneur en mai 2020 des meubles Ehalt, une saga débutée en 1924 dans l’ébénisterie en banlieue de Strasbourg, Vincent Muller repositionne produits et marchés de l’entreprise rebaptisée La Manufacture 1924.


La tradition centenaire de l’ébénisterie de standing se perpétue à Bischwiller (Bas-Rhin) mais en s’adaptant à son temps. La Manufacture 1924 prolonge sous ce nom la réputation des Meubles Ehalt dont elle est l’héritière, tout en s’efforçant d’en surmonter les faiblesses pour se pérenniser et se développer. Telle est la ligne de crête que s’est fixé le dirigeant Vincent Muller à son arrivée à la tête de l’entreprise en mai 2020. 


Le premier bilan qu’il estime désormais légitime de tirer, après un peu plus d’un an, est positif. La PME « est sur une trajectoire qui rend possible à l’horizon de cinq à sept ans un doublement du chiffre d’affaires par rapport aux 2,5 millions d’€ actuels », expose-t-il. Les effectifs devraient ainsi grimper, en conséquence, au-delà de leur niveau actuel de 32 salariés.

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Venu avec son expérience de 25 ans dans différents univers du meuble, Vincent Muller a repris l’entreprise à son propriétaire allemand qui avait évité la disparition d’un long savoir-faire. Ehalt, c’est en effet une saga débutée en 1924 dans l’artisanat de l’ébénisterie en banlieue de Strasbourg. Jean-Pierre Ehalt, le fils du fondateur Charles, avait ensuite fait prospérer l’affaire qui a connu son âge d’or dans les années 1980 en comptant jusqu’à plus de 500 salariés à Fegersheim (Bas-Rhin).

Patrick, le neveu de Jean-Pierre, poursuit alors l’internationalisation. Mais le marché évolue, vers sa démocratisation et son passage dans l’ère de l’achat de court terme et de la grande distribution. Ces vagues ont déferlé sur la PME. En 2006 à son déménagement à Bischwiller (Bas-Rhin), elle comptait encore environ 150 salariés et avait perdu depuis plusieurs années son statut d’entreprise familiale. Le déclin persistant a conduit à son dépôt de bilan en 2013, puis donc à son sauvetage par l’un de ses clients allemands qui a maintenu Patrick Ehalt à la direction opérationnelle. Celui-ci est toujours présent aujourd’hui pour donner des coups de main.
 

 

La PME vise à devenir de plus en plus agenceuse d’intérieur

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L'agencement représente déjà les 2/3 de l'activité de La Manufacture 1924 . © La Manufacture 1924

 
En rejoignant cette histoire qui n’a pas été un long fleuve tranquille, Vincent Muller a pris le temps d’analyser en détail les forces et faiblesses. Ces dernières revêtaient plusieurs aspects, matériels et organisationnels. « La modernisation de certains équipements était nécessaire. Nous avons investi 200.000 € dans l’acquisition d’une plaqueuse de champ, une scie à panneaux et une scie à format. La prochaine étape consistera à remplacer la machine à commande numérique », décrit le président.

Les ateliers de production ont été compactés sur la moitié de la surface précédente et leur agencement a été repensé  afin de suivre un parcours logique par rapport au process. « Ce chantier est toujours en cours », souligne Vincent Muller en faisant découvrir les différentes étapes : le débit des bois massifs (merisier, tilleul, hêtre, chêne…) collectés « à 90 % à proximité », le rabotage, le plaquage, la finition avec l’application du coloris. En parallèle, le management est devenu moins pyramidal de façon à répartir la prise de responsabilités au quotidien entre trois chefs d’atelier.

Toutes ces mutations se mettent au service de la principale : le repositionnement de marché de La Manufacture 1924, devenu indispensable selon Vincent Muller. Le show-room montre en effet des productions représentatives de la tradition maison : des tables, des secrétaires, des chaises et autres meubles de rangement, superbes, pareils à des œuvres d’art « dont nos grands-parents et parents rêvaient en faisant l’achat d’une vie, mais plus notre génération et a fortiori les suivantes »,  analyse le dirigeant.  Le créneau demeure, mais à l’échelle d’une niche de clientèle nostalgique et/ou fortunée, souvent située à l’étranger, comme Roman Abramovich le milliardaire russe propriétaire du club de foot anglais de Chelsea, qui s’est offert un secrétaire sur-mesure.

 

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Les volumes, eux, seront de plus en plus générés par des produits toujours beaux d’aspect grâce à leurs façades en bois massif, mais intégrant dans leur « ventre » des composants moins premium comme des panneaux mélaminés, afin de pouvoir proposer des tarifs compétitifs sur les principaux marchés visés en dehors de particuliers : l’hôtellerie pour des espaces communs (accueil, salons, coin lecture aux étages…), la restauration, le tertiaire, les boutiques…


La stratégie de la PME vise à devenir de plus en plus agenceuse d’intérieur : un bel appartement, une brasserie parisienne, des étages de direction dont il s’agit d’assurer l’aménagement, grâce aux structures en bois fabriquées à  Bischwiller et aux produits de prestataires partenaires, tels que métallier pour les habillages en laiton, carreleur pour le revêtement de sol, monteur de plan de travail, etc.
Cette offre globale représente d’ores et déjà quelque deux-tiers de l’activité et elle forme le vecteur premier de cette croissance de chiffre d’affaires qui devrait coïncider avec l’entrée réussie dans son second siècle du témoin de l’art de l’ébénisterie à l’alsacienne… et à la française.  
 

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Les ateliers de production sont en cours de réaménagement pour fluidifier le flux. © Mathieu Noyer

 

Qui est Vincent Muller ?


mullerIngénieur en génie productique formé à l’Insa Lyon puis en Autriche dans le cadre d’Erasmus, il a mené pendant 25 ans une carrière en Allemagne chez plusieurs acteurs du meuble, de nature différente : le groupe Steelcase également présent en Alsace-Lorraine, et un cuisiniste haut de gamme.
Puis il a été rattrapé par les questions existentielles de la seconde partie de carrière, en 2019 à 46 ans : « Je voulais retrouver un nouvel équilibre de vie et l’idée de passer du côté de l’entrepreneuriat me tentait, dans un contexte où j’avais acquis un bagage à la fois au niveau industriel et en marketing. »
La CCI Alsace Eurométropole a permis sa rencontre avec Ehalt et par conséquent la concrétisation de ces intentions. Vincent Muller souligne l’attitude très constructive des banques, dans l’écoute de son projet et la réponse en terme d’accompagnement financier.
Photo © Mathieu Noyer
1 commentaire(s) pour cet article
  1. Di Primadit :

    Bonjour Mes parents avaient une salle à manger Louis 16 avec la vitrine en parfait état de votre fabrication Ils l’avaient acquise dans les années 80 J’en ai hérité et désirerais la vendre Pourriez-vous me donner une estimation approximative car je vois des prix complètement différents Je trouve que c’est un travail merveilleux et serais désolée de la brader Je me rends compte que le marché américain est beaucoup plus intéressant Au départ elle coûtait 600000 francs belges ( 15000 euros ) Merci de votre attention Miriam Sangiacomo

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