C’est par une niche que Schaeffler est devenue un porte-drapeau de l’industrie du futur. Son application à l’énergie des principes de l’usine 4.0 a valu, fin 2018, au fabricant de roulements, guidages, pièces et systèmes de précision de Haguenau (Bas-Rhin), la labellisation « Vitrine industrie du futur » de l’Alliance, le groupement officiel validé par l’État des entreprises pionnières dans ces démarches.

Le choix de l’usine 4.0 résulte d’une réflexion très rationnelle au sein du site de l’équipementier allemand, selon la description qu’en dresse Marc Becker, son directeur. « Considérant que nous nous situons dans la zone géographique au coût du travail le plus cher en Europe, il nous faut savoir faire ce que les autres [ les concurrents et les sites du groupe implantés dans des pays plus low cost, Ndlr ] ne savent pas faire », commence-t-il par énoncer. 

Trois axes de travail ont découlé de ce postulat : la recherche de l’excellence industrielle, l’agilité, comprise au sens de l’innovation, de l’optimisation des process ou encore d'horaires de travail flexibles, et le couple performance – qualité de vie au travail. Lean management, multiplication des collaborations locales avec l’enseignement supérieur et la recherche, montée de la digitalisation, analyse du cycle de vie des produits font partie des thèmes transversaux plus concrets qui s’en sont suivis.
Dans la réflexion de l’entreprise, figure aussi les « utilities », à savoir l’ensemble d’équipements et d’installations nécessaires à la consommation d’énergie pour chauffer, refroidir, éclairer, faire fonctionner les fluides. Dès lors, Schaeffler France a peaufiné son projet très explicitement dénommé « Utilités et énergie 4.0 ». 

 BPALC


Le projet qui fera l'objet d'une restitution avec le Pôle Véhicule du Futur le 5 février prochain, dans le cadre de la Semaine Européenne de l'Industrie 2019, associe des modifications physiques et plus virtuelles. Il comprend l’installation d’un éclairage biodynamique qui s’adapte à la luminosité extérieure – « c’est un facteur de réduction de la pénibilité du travail de nuit, entre autres », relève Marc Becker – l’installation d’un système de récupération des flux de froid, la réorganisation du circuit d’air comprimé, la récupération de l’énergie fatale, celle qui reste en surplus au terme du process de production.

En appui, le cloud a instauré l’interconnexion permanente entre les flux réels et les données de façon à optimiser le pilotage, et à cibler les informations précises qui ont eu lieu d’être exploitées, dans la masse disponible. Pour Schaeffler, les ordinateurs et les algorithmes ne font pas tout, cependant. « L’interconnexion des salariés entre eux et avec notre environnement est tout aussi déterminante », affirme Marc Becker. « Cela implique de sortir de sa zone de confort et pour donner du sens à ce changement, il faut prendre le temps de l’expliquer. »

Des résultats déjà visibles en terme de coûts d’exploitation

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L’Alliance Industrie du Futur salue chez Schaeffler sa démarche de réduction de l’impact environnemental et son aspect collaboratif. Ici, le système de récupération des flux de froid. 

Le déploiement complet d’ « Utilités et énergie 4.0 »  interviendra cette année. Mais d’ores et déjà, l’industriel en retire des économies : les coûts d’exploitation pour l’énergie ont baissé de 20 % et l’électricité consommée en moins équivaut à celle de 950 foyers.
L’impact n’est pas neutre pour la compétitivité du site qui emploie 2.100 salariés, sur les 2.500 de la filiale française de Schaeffler, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 740 millions d’€. « S’engager dans ce projet, et plus encore décrocher la labellisation qui reconnaît sa pertinence, c’est aussi montrer à notre maison-mère que nous sommes prêts à nous adapter à l’environnement mondial en perpétuel mouvement, afin de continuer à capter des affaires », souligne Marc Becker. 




LCRDijon

 

Les fabrications de Schaeffler Haguenau s’installent pour 75 % d’entre elles dans les véhicules : moteurs, châssis, transmissions, liaisons au sol… Le reste de l’activité est principalement capté par l’industrie mécanique et le secteur médical.
 Le site partage ses expériences : il fait partie du club des usines 4.0 d’Alsace du Nord qui s’est constitué, autour de l’exemple référence, la nouvelle usine de SEW-Usocome (systèmes d’entraînement) ouverte il y a 4 ans à Brumath.

Photos fournies par l'entreprise.

schaefflerlabel
Marc Becker, directeur de Schaeffler à Haguenau lors de la remise du trophée « Vitrines Industrie du Futur » des mains d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Économie et des Finances, au Grand Palais, en novembre dernier.
Une approche collective de la performance énergétique en Bourgogne-Franche-Comté,
avec le Pôle Véhicule du futur


La performance énergétique et environnementale que l’équipementier automobile Schaeffler met en œuvre en Alsace se reproduit, dans son esprit, en Bourgogne-Franche-Comté, dans un cadre collectif. Le Pôle Véhicule du futur a lancé un programme d’accompagnement à ces enjeux pour ses adhérents. « L’initiative vient prolonger le travail de longue date que nous entreprenons, avec PerfoEst, sur l’efficacité de l’organisation industrielle. Celle-ci est un peu notre marque de fabrique, mais nous avons estimé qu’il fallait désormais aller plus loin », décrit Jean-Michel Rault, le pilote du programme RSE au sein du Pôle.
L’énergie a été définie comme le « point d’entrée » pertinent pour enclencher une démarche de responsabilité sociétale des entreprises. Le programme se mène avec la CCI et l’Ademe Bourgogne-Franche-Comté. Lancé l’an dernier, il vise 20 adhésions en 3 ans et il a démarré sur un bon rythme : 5 entreprises sont pleinement engagées et 5 autres sont sur le point de les rejoindre.
« Les entreprises se décomposent en deux profils. D’une part, la PME peu au fait des diagnostics énergétiques, ayant besoin de s’y retrouver entre les multiples facettes du sujet (audit, certificats d’économie d’énergie…), qui se trouvent en phase de diagnostic ou qui ont commencé à enclencher des actions même modestes en apparence. D’une part l’ETI – entreprise de taille intermédiaire –, déjà engagée [le diagnostic ayant été rendu obligatoire entre 2015 et 2018 pour les entreprises de plus de 500 salariés, Ndlr] mais qui n’ont plus ou peu bougé depuis », décrit Jean-Michel Rault.
De façon déjà plus ancienne, le Pôle Véhicule du futur anime aussi un groupement d’achat d’énergies constitué actuellement de 20 entreprises.

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