Alors que les vendanges se profilent en Alsace vers les 15-20 septembre, toute une économie reste attentive aux résultats de la récolte qui, ici comme dans les autres vignobles, s’annonce plus maigre. Le fabricant de machines d’embouteillage pour les vins et spiritueux Costral développe un prototype dédié à l’embouteillage gazeux qui doit lui permettre de diversifier ses marchés vers les pétillants élaborés en cuve.



Pour solidifier ses deux piliers que sont l’innovation et l’export, Costral continue d’avancer. En 2020 et 2021, la PME familiale basée à Riquewihr, au cœur du vignoble haut-rhinois, a investi plus d’un million d’€ pour se moderniser et élargir sa gamme d'équipements en développant des technologies innovantes. L’an dernier, le fabricant de machines d’embouteillage pour le vin s’est équipé d’un nouveau centre d’usinage, d’un magasin automatisé pour le stockage des pièces et a renouvelé son ERP.
L’objectif : améliorer la qualité des produits et services, et réduire les délais de livraison. Le nouveau progiciel doit permettre à ses  distributeurs de configurer leur machine depuis l’écran de leur ordinateur et d’obtenir un devis dans la foulée, ou encore de commander directement une pièce détachée.

Si le nouvel ERP a pu être installé comme prévu depuis novembre 2020, de leur côté, les avancées sur la R&D ont pris du retard à cause de la crise sanitaire. Historiquement présent sur l’embouteillage des vins, des spiritueux, des jus de fruits et bières artisanales, Costral vise aujourd’hui un autre marché : celui des liquides déjà pétillants avant la mise en bouteille (sodas, eaux pétillantes, mousseux, etc.). Contrairement aux champagnes, crémants et bières artisanales qui fermentent en bouteille, les mousseux, « prosecco », cidres et bières industrielles fermentent en cuve. Le procédé d’embouteillage doit donc être adapté.

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« Ça n’a l’air de rien mais pour nous c’est une grosse évolution. C’est comme si un constructeur automobile passait de la construction de voitures à celle de camions. Ce sont deux mondes différents », explique Frédéric Kuhlmann, directeur général de l’entreprise. Ces machines de tireuse à contre-pression sont plus lourdes et plus chères que les machines de tirage par gravité. Mais elles permettent d’embouteiller à la fois du pétillant et du non pétillant.

L’enjeu est donc de taille pour le fabricant s’il ne veut pas perdre de parts de marché, eu égard à la forte croissance des effervescents. La concurrence est déjà bien installée. « Comme nous n’arrivons pas les premiers, nous devons proposer des technologies supplémentaires », précise le dirigeant.

 

Une phase de test en octobre

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Costral cherche du foncier pour s'agrandir une nouvelle fois. © Julie Giorgi


Plusieurs prototypes sont déjà sortis des ateliers. En octobre, un client historique basé en Alsace, testera la nouvelle machine en conditions réelles.
Costral veut la commercialiser au plus vite, toutefois sans calendrier précis, préférant maîtriser complètement la technologie. Pour lancer la production industrielle, la PME cherche du foncier disponible. Après trois extensions successives en 2009, 2011 et 2016, ses 5.000 m2 à Riquewihr deviennent exigus. Un terrain serait potentiellement disponible à proximité, mais si le dossier n’aboutit pas, ses recherches se dirigeront vers Colmar ou plus loin.

Stone Industrie, basée à Doissin en Isère que Costral a racheté en 2010, a aussi triplé sa surface de production. Spécialisée dans les lignes d’embouteillage grande cadence de 3.000 à 25.000 bouteilles par heure, cette filiale est complémentaire aux petites et moyennes cadences de Costral (jusqu’à 3.000 bouteilles par heure). Une troisième société a été rachetée par Frédéric Kuhlmann en 2013:  Stentz à Bennwihr, tout près de Riquewhir, spécialisée dans les machines de lavage et séchage de bouteilles.

 

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L’ensemble emploie 70 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 19,5 millions d’€ en 2019 (dont un peu moins de 10 millions pour Costral). 
Entre 60 et 70% du chiffre d’affaires est réalisé à l’export, dans 28 pays. Les Etats-Unis sont devenus le premier marché étranger, derrière l’Allemagne et l’Espagne. L’entreprise nourrit aussi des ambitions en Amérique latine où elle est en train de tisser un réseau de distribution.

En 2020, l’activité a été ralentie par la Covid-19, mais pas seulement : la taxe Trump, le Brexit et les tensions commerciales sino-américaines ont mis un frein aux investissements du secteur viticole. Mais Costral s’en sort mieux que prévu. « On s’attendait à voir reculer notre activité de 20%, mais finalement on a fini à moins 14% », raconte le dirigeant. Pour 2021, il reste optimiste, même s’il avoue un manque de visibilité.

 

Qui est Frédéric Kuhlmann ?

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Frédéric Kuhlmann © Julie Giorgi

Diplômé des écoles de commerce Neoma Business School à Reims et ESB Business School à Reutlingen en Allemagne, Frédéric Kuhlmann a travaillé quatre ans chez l’éditeur de logiciels Mega International, d’abord en Angleterre puis en Allemagne. En 2004, encore sous contrat chez Mega International, il entre à mi-temps chez Costral, l’entreprise fondée et dirigée par son père Willy Kuhlmann, qui emploie alors 30 salariés.
En 2006, il devient directeur général. En 2010, il rachète Stone Industrie en Isère, et en 2013 il acquiert la société Stentz à Bennwihr.

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