Tombé dans la mécanique auto et moto dès l’âge de huit ans et, dorénavant le demi-siècle dépassé, Raymond Corvasce réalise enfin son rêve de jeunesse : concevoir des motos à partir d’un cadre et d’un moteur existant, puis les personnaliser dans les moindres détails à la demande. Une initiative saluée par le concours Idées Inspirées de Haute-Marne qui en a fait l’un de ses lauréats l’an dernier.

 

Il fait un froid de canard dans son tout nouvel atelier et un café bien chaud aurait été le bienvenu. « Veuillez m’excuser mais je suis en plein aménagement », glisse vraiment désolé Raymond Corvasce. Cet homme de 52 ans vient tout juste de poser ses clés à molette, tournevis, perceuses, visseuses et autres meuleuses à Châteauvillain (Haute-Marne) dans ce local de 100 m2 en zone artisanale.

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L’acronyme traduit de sa société fondée en 2017 révèle parfaitement son activité : EMVEUS pour Etudes et Manufacture de Véhicules Uniques et Spéciaux. « Sur la base d’éléments existants, un cadre et un moteur pour avoir les homologations, je conçois et réalise des véhicules uniques adaptés à l’usage, la morphologie et les caractéristiques techniques souhaitées par les clients », explique Raymond Corvasce.

Pour prouver ses dires, il nous décortique sa moto baptisée Exeset : cadre et moteur Kawasaki, 600 cm3, 100 cv, presque un démonstrateur. « Vous souhaitez les cale-pieds ici ou bien là, un angle de chasse particulier de la fourche, une panoplie de réglages spécifiques du guidon ou encore une démultiplication moteur avec plus de couple ou de vitesse, voire une sonorité particulière, pour ne citer que quelques exemples, je fais du sur-mesure. »

 

Des hybrides et des motorisations électriques à terme

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Détail sur les différents positionnements des cale-pieds. © Traces Ecrites


Pour ce faire, le mécanicien a développé ses propres logiciels et dessine ses modèles en 3D tel un architecte. En outre, il écrit la nomenclature des pièces et la notice d’utilisation permettant ainsi à d’autres mécaniciens d’effectuer réglages et réparations.

Tous les clients ne lui demandent pas de telles créations d’un coût moyen de 16.000 à 17.000 €, aussi EMVEUS propose aussi de restaurer des motos et de fabriquer des café racers.

A ce propos, une plongée dans la contre culture britannique des années 1960 s’impose. Les Rockers souhaitaient alors des motos rapides « personnalisée et originale pour voyager de café en café le long des autoroutes nouvellement construites en Angleterre et autour des villes britanniques », explique Wikipédia.

D’où le nom de ces cylindrées dépouillées, fines et maniables qui mélangeaient deux marques anglaises légendaires : « Norton et les Triumph (aussi appelées « Triton »). »  En deux mois de travail, Raymond Corvasce peut en réaliser une, entre 4.000 et 8.000 €.
Très bien équipé, l’investissement en matériel s’est élevé à 12.000 € et, EMVEUS ambitionne hors exercice pénalisé par la Covid-19 atteindre les 50.000 € annuels de chiffre d’affaires. D’autant que des modèles hybrides et bientôt électriques, très attendus, sont en gestation.




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Parole d’entrepreneur
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« La Haute-Marne est un vrai département industriel et non peuplé uniquement d’agriculteurs. Cette mise en avant est nécessaire pour attirer et il ne manque vraiment pas grande chose ici. »

 

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Exeset, la moto que Raymond Corvasce a conçu pour lui-même et qui lui sert de démonstrateur. © Traces Ecrites
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La conception des motos personnalisées se fait sur ordinateur avec des logiciels maison 3D. Les clients très bientôt pourront suivre l'évolution de leur projet sur leur smartphone, grâce à une application. © Traces Ecrites

 


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Qui est Raymond Corvasce ?

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Raymond Corvasce montre le cadre d'un futur café racer. © Traces Ecrites

Un créateur ! Et il rajoute à mi-chemin entre l’artisan et l’industriel. La découverte de cette passion pour la mécanique auto, comme moto, remonte tout jeune à des visites en compagnie de son père chez un garagiste qui fabriquait pour son plaisir des monoplaces. Un bac F1, spécialité bureau d’études, en poche, ce Lorrain d’origine entre chez PSA Sochaux aux études carrosserie.
Il y reste huit années à imaginer la 306 et 406, dont le coupé signé Pinifarina. Mais pas seulement car le constructeur français l’affecte aussi au étude la caisse automobile. S’en suit une vie professionnelle de chefs de projets dans des sociétés d’ingénierie automobile : chez  un plasturgiste à Morteau (Doubs), dans la mécatronique à Strasbourg.
En 2013, il plante ses gaules en Haute-Marne, se fait embaucher à Chaumont, puis à Langres (Freudenberg), là où il a l’occasion de visiter le site mythique de Ferrari à  Maranello. Un bonheur ! Enfin, il met ses pas dans les siens et tente l’aventure entrepreneuriale à compter de 2017 Le second prix du concours Idées Inspirées qui lui a été attribué l’an dernier, doté de 1.000 €, l’a fait largement connaître.

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