À Pirey, près de Besançon, l’entreprise de plasturgie PMB Plast propose une protection faciale conçue en une semaine et vendue 3 € aux entreprises et aux particuliers. Pas de mercantilisme ici car, pour un exemplaire acheté, un exemplaire est offert aux soignants. Et tout cela, grâce à une petite fille, prénommée Julianne. Déroulé en sept jours chrono…

 

Il faudrait en ce moment mieux écouter les enfants que cette « expertocratie  de plateaux de télé », comme le soulignait fort justement Thomas Legrand [ édito politique du 31 mars sur France Inter  ], si friande de bons conseils et de « y a qu'à-faut qu'on ». C’est ce qu’a fait Florent Reymond auprès de Julianne, sa fille de 10 ans, qui le poussait à imaginer quelque chose de simple contre ce virus si dévastateur et meurtrier.

 

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Le co-dirigeant de PMB Plast, concepteur et fabricant de moules d’injection, mais également injecteur de pièces à Pirey, près de Besançon, part du constat que le déconfinement annoncé pour le 11 mai passera logiquement par le port de protections faciales pour tous pendant un temps certain.
Il oublie vite les masques qu’il voulait commander en Chine avec d’autres entreprises (*) pour rester dans sa sphère de compétence et réfléchit à quelque chose de simple, léger et pratique à réaliser. Oui, mais pas tout seul.

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Le prototype et son produit final porté par l'une des collaboratrices de l'entreprise. © PMB Plast

Le samedi 4 avril, il planche avec sa fille Julianne à l’élaboration d’un prototype en papier, carton, calque pour simuler la visière, le tout finalisé en croquis 3D. Elle est de très bon conseil car le résultat est satisfaisant et transmis, en tout début de soirée, au responsable du bureau d’études.

Un millier d'exemplaires déjà fabriqués

Ce dernier achève la conception dès le lundi 6 suivant en CAO 3D, puis prépare les fichiers d’usinage. La protection faciale prend la forme finale d’un serre-tête en polyéthylène haute densité (PEHD) souple qui peut facilement se nettoyer au gel hydro-alcoolique, savon ou eau de javel.
La visière est faite à partir d’un film rhodoïd (**) fourni par l’entreprise dans la limite de ses stocks, mais très facilement trouvable auprès d’un spécialiste de la bureautique.

 

BPBFC 

Le mardi commence la réalisation de l’outillage, c'est-à-dire un moule à injecter de 250 kg qui recevra la matière et livrera une unité toutes les 45 secondes. Cette technique est préférée à l'impression 3D, très utilisée ces temps-ci mais qui prend 45 minutes pour un exemplaire. « J’ai été clair sur le sujet, on fait avec les moyens du bord : anciens moules, éléments standards, composants existants », précise Florent Reymond. L’usinage des empreintes se fait le mercredi 8 avril. C’est grâce à elles que l’on peut injecter la matière plastique à la forme voulue.

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Carcasse du moule avec ses empreintes à injecter. © PMB Plast

Le jeudi, un tiers de l’équipe qui a participé au projet finalise l’usinage et assemble le moule. Vendredi, les régleurs procèdent aux essais matière et tests. Hier 14 avril, pas moins de 1.000 exemplaires avaient été produits. À monter soi-même et c'est fort simple avec une perforatrice de bureau : 4 trous de diamètre 6, un entraxe de 80 mm. L'ensemble est vendu 2,5 € HT - 3 € TTC. Et un exemplaire acheté en voit un offert à des soignants.  Merci à Julianne !

(*) A hauteur de 120.000 unités.
(**) Souvenez-vous de vos chères études lorsque vous aviez à relier vos exposés avec baguette et ce type de film en couverture pour faire propre.

florentreymondQui est Florent Reymond ?

Ingénieur en mécanique, diplômé de l’ENI Belfort, école d’ingénieurs qui fusionnera en 1999 avec l'Institut Polytechnique de Sévenans (IPSé) pour devenir l'Université de Technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), cet homme de 49 ans, Bisontin d’origine, a toujours voulu reprendre une petite entreprise.
Pour en connaître les arcanes, il travaille en conséquence dans les PME spécialisées dans les outils coupants, le décolletage ou encore la galvanoplastie. Puis début 2013, il s’associe à 50-50 avec Dominique Meulet, dont le père Roger a fondé l’entreprise PMB Plast en 1964.
Florent Reymond en deviendra l’unique actionnaire en juillet prochain. PMB Plast, qui co-conçoit l'ensemble de ses productions avec ses clients, emploie 18 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2,4 millions d’€, exercice clos à fin avril.
3 commentaire(s) pour cet article
  1. Fasne PERRINE dit :

    Bonjour, Très séduisant votre masque ! Bravo pour cette idée géniale ! Est-il possible d'en commander ? Pardon de poser cette question qui ramène à soi et à ceux qui nous entourent.

  2. Yannick GUINCHARDdit :

    Belle création Florent et bises à Julianne !

  3. philippe sacepedit :

    Bravo Comment acheter vos masques ? Merci

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