L’industrie laitière recrute. En particulier en Franche-Comté, où sont fabriqués deux fromages d’Appellation d’origine protégée (AOP) particulièrement gourmands en main d’œuvre : le comté et le mont d’or. Et où fut créée la première des six écoles nationales d’industrie laitière (les Enil), à Mamirolle. L’établissement forme aussi des spécialistes de la gestion et du traitement de l’eau, dont les besoins en main d’œuvre sont encore plus criants.


Le comté a le vent en poupe  – 23 millions d’€ ont été investis dans les fruitières en 2018, pour une production qui a atteint, la même année, 66.500 tonnes – et le mont d’or est en pleine période de production – élaboré dans le Doubs entre le 15 août et le 15 mars –. Ce qui demande des bras.
« En trois mois, les fruitières du massif jurassien ont fait paraître une quinzaine d’offres de ramasseurs [ramassage du lait, ndlr], seconds et fromagers, et 149 offres d’emploi pour le métier de conducteur d’équipement de production alimentaire sont recensés à ce jour, en Bourgogne-Franche-Comté, sur notre site », indiquait début septembre Pôle Emploi dans un communiqué de presse commun à l’Enil (École nationale d’industrie laitière) de Mamirolle, près de Besançon (Doubs), l’Académie de Besançon et le Greta du haut-Doubs. 



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Pour ces organismes, il s’agissait, à la rentrée, de promouvoir une nouvelle formation : un CAP d’opérateur en industrie alimentaire, spécialité conducteur de machines. Diplômant et professionnalisant, ce nouveau cursus est dispensé par le Greta, à Pontarlier, et à l’Enil, à Mamirolle. Il comprend 800 heures de formation et 12 semaines de stages en entreprise, et le recrutement se poursuit.
L’une des tendances de l’industrie agroalimentaire et plus précisément du métier de fromager, c’est la multiplication des machines à commandes numériques mais aussi des exigences de plus en plus fortes en matière de qualité alimentaire. « C’est une culture à acquérir et, pour le comté encore, une adaptation nécessaire au cahier des charges et à ses évolutions. »
Autre évolution qui se confirme : la féminisation du public. « Pour la filière comté, dont le cahier des charges, très précis, interdit par exemple de tout robotiser, il faut trouver d’autres solutions comme des matériaux plus légers », explique Adeline Cointe, chargée de développement des formations longues.

Dans la gestion et le traitement de l’eau, des besoins qui évoluent encore davantage

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Travaux pratiques d'écoulement de fluides. ©Mirey communication)

Dans le domaine de la gestion et du traitement de l’eau, autre spécialité de l’Enil de Mamirolle, les besoins évoluent encore davantage – pas de cahier des charges restrictif ici –. Les réseaux sont désormais équipés de capteurs, de dispositifs infrarouges ou d’ultrasons, et les métiers ont gagné en technicité mais également en confort. « Avant, le travail était souvent réalisé en confinement, sous terre, désormais il est effectué depuis le sol.»


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Alors, pour adapter son offre aux besoins de la filière, l’Enil (École nationale d’industrie laitière) de Mamirolle, l’un de six sites de cet établissement spécialisé, a fait des entreprises ses partenaires de formation.
C’est ainsi que les considère Nicolas Orieux, directeur adjoint de l’Etablissement. « Nous entretenons un réseau d’entreprises locales mais aussi nationales dans le secteur laitier et dans celui de la gestion de la maîtrise de l’eau, notre deuxième grand domaine de compétences. Là, il s’agit de régies ou de grands groupes comme Suez ou Véolia. » En France, l’Enil compte 150 entreprises partenaires régulières, dont 80% en Bourgogne-Franche-Comté, et une trentaine à l’étranger.

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Recherche de fuite sur plateforme de simulation. © Enil

Cette écoute des besoins du marché paie : dans le domaine laitier, un tiers des diplômés en BTS est recruté par l’industrie et notamment les grands groupes que sont Lactalis, Bel ou Savencia.
Dans le domaine de l’eau, entre les nouvelles réglementations et la loi NOTRé qui a transféré cette compétence aux intercommunalités, les besoins en main d’œuvre sont encore plus criants, avec deux fois plus d’offres de stages que d’élèves.
« La tendance globale, pour nos deux filières principales, est une énorme demande en main d’œuvre », confirme le directeur adjoint de l’école. « Nous avons un taux d’insertion de 97% et atteindrions les 100% si les jeunes diplômés acceptaient davantage de mobilité. »

 
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L’Enil, l’alliée des fromagers depuis 131 ans 

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Moulage de pâtes molles. © Mirey communication
L’Ecole nationale d’industrie laitière de Mamirolle est l’une des six Enil existant sur le territoire hexagonal. Ce fut aussi la première : créée en 1888, elle répondait déjà aux besoins des fromagers locaux en matière de connaissances théoriques.
La deuxième Enil fut celle, voisine, de Poligny (Jura), baptisée Enilbio.  Les deux établissements ont d’ailleurs une direction commune. « Mais l’école de Poligny est davantage spécialisée en biotechnologies, transformation de la bière et qualité des aliments », explique Nicolas Orieux, directeur adjoint de l’Enil de Mamirolle. « Chez nous, la transformation fromagère est au cœur du métier. »
À elles deux, les écoles de Franche-Comté proposent plus de 30 formations, du CAP à la licence pro en passant par des bacs pro et BTS ou BTSA, en formation scolaire, par alternance ou continue. 36 enseignants, dont 8 pour la filière laitière, forment chaque année 320 élèves avec un taux de réussite de 88% en 2019.
Les élèves viennent du plateau jurassien mais aussi de toute la France, d’Europe et même de pays lointains comme, en cette rentrée, du Japon, du Liban, d’Argentine, du Sénégal… Une petite école agricole qui recrute dans le monde entier ? « C’est lié à la réputation de l’établissement et à l’attrait de nos formations, notamment dans le domaine laitier », assure Nicolas Orieux.
1 commentaire(s) pour cet article
  1. Gérard Thibord dit :

    Les Enil sont des écoles publiques relevant du ministère de l’agriculture, comme le lycée Granvelle de Dannemarie /Crête.

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