Le marché bancaire avec la sécurité électronique des agences reste le pilier de l’activité de Fichet, connu pour ses portes blindées et sas. Mais depuis l’attaque terroriste du Bataclan, l’industriel implanté dans le Bas-Rhin et la Marne, a renforcé le niveau de résistance de ses menuiseries au feu des armes et des explosifs.


Pour Fichet Group à Baldenheim (Bas-Rhin) aussi, il y a eu un avant et un après-Bataclan. Ce spécialiste des produits et solutions de sûreté a vu son offre et ses débouchés se modifier depuis novembre 2015, du fait de la prolifération du risque terroriste. Historiquement très présent dans la protection des banques,  il a adapté ses portes, cloisons et autres gammes de menuiserie de sûreté à l’hypothèse d’attaques armées ou d’attentat-suicides. Protection des façades, renforcement des accès, défense des zones vitales forment le lot désormais quotidien de son activité.


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Dans ce but, le site pratique des tests pour le moins spectaculaires : sur son stand de tir intégré, quatre tireurs, salariés de l’entreprise, passent les nouveautés sous le feu de Kalachnikov.
Et dans des carrières bien à l’abri des regards, les produits se soumettent à l’épreuve d’explosifs selon une charge de 12 kg de TNT rapprochée de quelques mètres, équivalent à celle que pourrait déclencher un colis piégé : « C’est la quantité maximale considérée comme transportable sur soi, dans un sac à dos, ou une malle », compare Arnaud Boulas, business developer. 

 

Augmentation des budgets consacrés aux protections

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Vitrages de la gamme pare-balles qui jouent égalemtn un rôle de protection thermique. © Fichet

Loin de jouer les forteresses imprenables, le site d’aujourd’hui 190 salariés s’est prêté, la semaine dernière, à l’exercice de son ouverture à la presse. Le marché bancaire reste son pilier – il équipe un quart des agences bancaires françaises en solutions de sécurité électronique - mais les bâtiments publics prennent une place croissante, qu’ils soient militaires ou civils. « Les sites dits sensibles ont toujours fait partie de notre clientèle. 
Les événements de 2015 n’ont pas fondamentalement modifié la donne de ce point de vue. Ce qui a changé, c’est l’augmentation des budgets consacrés aux protections », décrit Thierry Guth, chef de produit.
Les fabrications ont donc été renforcées, par exemple le vitrage, pour résister à de telles agressions. « Aux hold-up, s’ajoutent la réponse aux risques de sabotage, d’espionnage, d’intrusions non désirées (d’activistes, NDLR), sachant que dans le même temps, nous avons aussi adapté nos produits aux exigences règlementaires de diminution des consommations d’énergie des bâtiments », ajoute Thierry Guth.

 

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Un programme d’investissement régulier accompagne cette mutation. En 2020, il s’élèvera à 1,5 million d’€ répartis entre Baldenheim (Bas-Rhin) et l’autre site de production de Fichet Group, lui aussi situé dans le Grand Est, à Bazancourt (Marne) où 120 salariés fabriquent des coffres-forts et autres portes et armoires fortes.
Baldenheim, quant à lui, sort six familles de produits : portes de sécurité, cloisons et fenêtres de sécurité, sas, détecteurs, appareils de transferts (passe-colis, passe-documents) et des « enceintes sécurisées mobiles », désignant des postes de garde, des guérites, etc. Le site est aussi un « cerveau », qui conçoit les nouveautés et les adaptations : « Les trois-quarts de nos menuiseries de sûreté sont réalisées sur-mesure. Baldenheim, à lui seul, regroupe 30 des 40 personnes des équipes de R&D du groupe », relève Balthazar Nicolas, directeur industriel du groupe.
« La part de la R&D dans le chiffre d’affaires du groupe vient de passer de 2,5 à 4 % », ajoute-t-il. Les développeurs à Baldenheim collaborent en particulier avec le Banc National d’Épreuve des armes de Saint-Etienne (Loire), le laboratoire français de référence en balistique, et avec l’institut allemand Fraunhofer dans le domaine des explosifs.

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En plus des protections physiques (en photo, un sas), Fichet Group travaille sur la cybersécurité. © Fichet

Aux menuiseries de sûreté pour la protection physique, Baldenheim ajoute une offre de sécurité électronique : vidéosurveillance, contrôles d’accès au moyen de serveurs pour certains ultra-puissants qui lui permettent de gérer cette question sur les sites les plus sensibles (centrales d’énergie, zones militaires…), en France ou plus loin dans le monde, par exemple au Moyen-Orient.
Fichet Group se targue de compter parmi les « quelques rares » entreprises qualifiées par l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pour son SMI server, système de contrôle des accès physiques. Mais sur ces questions aussi, le virtuel gagne du terrain, et se pose en menace : la cyber-sécurité mobilise de plus en plus les équipes de Baldenheim.

Plus d’un siècle de sécurité sous des propriétés diverses

dirigeantsfichetL’origine du site de Baldenheim remonte à 1906, sous le nom de Ritzenthaler. Cette entreprise est passée en 2001 dans le giron du suédois Gunnebo tout comme le français Fichet-Bauche – lui-même produit de la fusion entre deux sociétés nées dans la première moitié du XIXème siècle, Fichet dans la serrurerie de sécurité et Bauche dans les coffres-forts – l’avait fait avant lui en 1999.
Gunnebo cherchant à céder ses cinq sites en France, Belgique et Luxembourg, le fonds Open Gate Capital a opéré le rachat, fin 2018, pour donner naissance à Fichet Group, ensemble de 128 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2019 et 850 collaborateurs : salariés des deux unités de production de Baldenheim et Bazancourt, effectifs de 16 agences.

Photo © Traces Ecrites : De g.à d., Xavier Lechler, directeur de la stratégie et de l’innovation de Fichet Group,  Balthazar Nicolas, directeur des sites de Baldenheim et Bazancourt, Frank Bauer, responsable R&D.

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