Avec son produit à base de gingembre, la jeune marque, créée il y a un an près de Vesoul par Pierre Migard, entend se faire une place sur un marché en pleine expansion : les spiritueux sans alcool. Elle a déjà produit plus de 5.000 bouteilles depuis sa création.


En matière de flacons, le principe des vases communicants fonctionne à merveille. Alors que la consommation d’alcool recule de manière structurelle, les ventes des alternatives au vin, à la bière ou aux spiritueux décollent. C’est donc un marché en croissance (*) que tente d’investir Pierre Migard.

Installé à Noidans-lès-Vesoul, en Haute-Saône, l’ancien promoteur immobilier a lancé en 2022 Shogga, une boisson à base de gingembre, de citron, d’herbes et d’épices présentée comme 100 % naturelle et saine. La formule de la jeune marque - dont le nom signifie gingembre en japonais - a été développée par un cabinet de recherche et développement en agroalimentaire. Peu sucrée, elle contient 36 % de gingembre du Pérou, associé à d’autres « super-aliments » comme le curcuma et le poivre de Kampot, cultivés au Cambodge. « Tous nos ingrédients sont bio et sourcés de la manière la plus éco-responsable possible avec des coopératives de producteurs », précise Pierre Migard.

 

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Malgré la provenance exotique de la plupart de ses matières premières, Shogga a obtenu le label made in France, la fabrication étant réalisée chez un producteur et transformateur de fruits de l’ouest de l’Hexagone. « Il a été très compliqué de trouver une entreprise partenaire qui puisse à la fois travailler la racine de gingembre, puis pasteuriser et embouteiller notre produit dans des flacons de spiritueux, explique l’entrepreneur. Les distillateurs en Bourgogne-Franche-Comté n’étaient pas en mesure de le faire. »

Conformément au positionnement « premium » de sa boisson, Pierre Migard tenait, en effet, à ce que l'emballage évoque une bouteille de gin ou de rhum. Comme celui de Gimber, la start-up belge qui commercialise depuis 2017 un produit assez comparable. « En France, j’ai la chance d’être l’un des premiers », glisse le patron de Shogga, dont la pré-production de 2.500 bouteilles s’est écoulée en quelques mois, entre août et novembre 2022. En conséquence, une nouvelle production de 3.000 flacons a été relancée en urgence en décembre.

 

Prochaines étapes : incubation et levée de fonds

shogga inter
La marque est vendue auprès de distributeurs spécialisés comme les magasins bio et les épiceries fines.


Référencée aujourd’hui chez une cinquantaine de distributeurs (magasins bio, épiceries fines, cavistes, cafés, restaurants…), la jeune pousse de Haute-Saône a réussi son démarrage, en France et à l’export (Canada, Royaume Uni, Allemagne, Suisse…). La polyvalence de son produit – à boire froid ou chaud, dilué avec de l’eau ou en « mocktail » (**) – intéresse même une clientèle plus large que prévue, au-delà des 20-40 ans qu’elle avait ciblés. « Sur des salons, nous avons rencontré beaucoup de personnes plus âgées, de 50 à 80 ans, ayant l’habitude de consommer du gingembre très régulièrement pour ses effets anti-inflammatoires et anti-oxydants », constate le chef d’entreprise.

 

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Pierre Migard, qui a auto-financé le lancement de Shogga à hauteur de 80 000 €, devrait rejoindre un incubateur de start-ups d’ici à la fin de cette année 2023. Ses objectifs : amorcer une deuxième phase de développement et effectuer une première levée de fonds. Le Vésulien a déjà été approché en ce sens par deux acteurs majeurs de la foodtech - le pôle de compétitivité Vitagora à Dijon et l'accélérateur Le Zesteur à Lyon – ainsi que par le « mastodonte » Station F à Paris.

 

Qui est Pierre Migard ?

dirigeant shogga
Pierre Migard a tourné le dos à sa carrière dans l'immobilier.

Son grand-père vendait du vin d’Arbois sur les foires, son père s’était spécialisé dans le vin bio. Et pourtant, Pierre Migard a fait carrière pendant 20 ans dans l’immobilier. Après avoir été agent, il a fondé en 2008 le réseau de mandataires Neodis qu’il a revendu en 2014 au groupe Proprietes-privees.com. Devenu marchand de biens et promoteur, le Vésulien a décidé à 40 ans de changer de vie. Il s’est lancé dans l’agroalimentaire après avoir dû personnellement se tourner vers des boissons sans alcool, en raison de problèmes à l’estomac. « Mes soucis médicaux m’ont aussi fait découvrir les vertus du gingembre. Ainsi, j’ai eu l’idée de créer une boisson à la fois puissante, avec du caractère, et bonne pour la santé », résume le fondateur de Shogga qui a recruté trois étudiants alternants pour l’épauler.


Photos fournies par l'entreprise

(*) Selon une étude du cabinet britannique ISWR menée dans dix pays clés (dont la France), le marché des boissons sans alcool ou à faible teneur en alcool est passé de 8 milliards d’€ en 2018 à 11 milliards d’€ en 2022. Il devrait continuer à croître de 7 % par an d’ici à 2026.

(**) Mocktail est le nom donné aux cocktails sans alcool.

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